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Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

Barns Courtney – Babylon (Extrait de l’album 404)

Quand des gens qui n’en lisent pas autant que moi me demandent pourquoi j’aime autant l’Imaginaire, c’est souvent sur l’assomption que c’est par besoin d’évasion, ou, pour les plus inspirés, le goût de l’invention. Bien que ces arguments soient parfois valables, ils oublient l’aspect qui pour moi est plus important dans l’Imaginaire, sa capacité à nous faire nous interroger.
J’ai déjà évoqué la qualité de miroir déformant que je prête bien volontiers à ce genre littéraire. En plaçant des enjeux dans un contexte différent du nôtre, l’Imaginaire nous permet de nous interroger depuis un point de vue libéré de certains des préjugés qui nous encombrent en temps normal. Et bien que bien des ouvrages de littérature plus « classique » parviennent tout à fait à explorer des thématiques nouvelles avec brio et participent de leur côté à élargir les consciences, j’ai toujours considéré qu’elles étaient souvent obligé de le faire d’une manière moins élégante, ou moins légère, gênant ainsi mon plaisir de lecteur, et handicapant leur propos dans le processus . Une question de sensibilité, sans aucun doute, ayant tout de même rencontré dans ma vie des textes non issus de l’Imaginaire bouleversants, attaquant de front des idées nouvelles et périlleuses. Mais là n’est pas le propos.

Le propos, ici, est de vous expliquer dans les grandes largeurs, pourquoi Les Seigneurs de Bohen est un de mes plus gros coups de cœur cette année 2019 (désolé, j’étais en retard pour ce hype train là) ; et par la même occasion, une des plus belles illustrations de la puissance évocatrice de la Fantasy.
L’intrigue se déroule au sein d’un gigantesque empire dont il parait assez vite qu’il est plus proche de son crépuscule que de son aube. Nous y suivons les parcours parallèles de divers personnages alors que nous voyons doucement s’écrouler les piliers du régime autour d’eux et se mettre en place les fondations d’une nouvelle ère.
Encore une fois, fidèle à moi même, j’ai avant tout été séduit par le souffle des personnages que nous livre Estelle Faye. Elle prend tout le temps nécessaire pour bien nous les présenter, nous exposer leurs origines, leurs histoires et leurs motivations, avec juste ce qu’il faut de détails pour nous intriguer sur la suite de leurs aventures et les issues de leurs quêtes respectives. Sa plume est juste et rythmée, mettant l’accent sur ce qui est important sans faire l’impasse sur des éléments d’arrière plan qui ajoutent de l’épaisseur à son univers captivant et nous happent en profondeur.
Très vite, des personnages se constituent en duos ou en petits groupes, dont les relations et leurs évolutions constituent le cœur du récit, et surtout son moteur. Et si j’ai tant apprécié le roman, c’est parce que l’autrice réussit un pari assez audacieux, qui démontre précisément cette capacité de projection et de réflexion que l’Imaginaire peut avoir presque mieux qu’aucun autre genre, en tout cas dans mon spectre de réflexion. Sans aller trop loin dans le détail, il faut savoir que tous les personnages principaux, et même certains personnages plus secondaires, dans un contexte différent, auraient pu faire l’objet d’une intrigue seule. Tous, sans exception, portent un fardeau, une quête, un secret, une croix toute personnelle qui les poussent à agir comme ils agissent, à vivre leurs vies à leur façon. Tous auraient pu être le sujet d’un roman unique qui n’auraient pas manqué d’être remarquable.
Mais voilà, Estelle Faye choisit de faire l’impasse sur certaines de ces problématiques, et par cette décision seule, exprime – il me semble – à quel point elles n’en sont justement pas, ou en tout cas ne devraient pas en être. Et ça touche au génie. Sans l’écrire, elle signifie, un exemple frappant du concept simple mais parfois difficile d’application ; show don’t tell. Il aurait été aisé, sans aucun doute, de s’étendre sur ces quelques sujets, qui, n’en doutez pas, gangrènent notre microcosme réaliste, qui justement sont souvent discutés et expliqués, encore et encore à des esprits étriqués. Mais en ne le faisant pas, en se concentrant sur d’autres facettes des conflits qui agitent son univers, les questions et discussions sont habilement déplacées sur des terrains plus propices à une bénéfique remise en perspective.
Je fais partie de ceux qui pensent que toute oeuvre culturelle est politique par essence. En choisissant de porter la lumière sur un aspect ou un autre de l’objet qu’on aborde, on fait des choix qui justement nous illuminent en retour. Et de la même façon, lire une oeuvre avec cette idée en tête permet de prendre conscience de potentielles zones d’ombres dans notre champ de réflexion, dont on avait pas nécessairement conscience jusque là.
Dans la continuité de cette idée, je fais également partie de ceux qui estiment que l’Imaginaire, et la littérature dans son ensemble se doit plutôt de poser des questions que d’apporter des réponses. Un concept puissant dont on tente d’explorer avec le lecteur un maximums d’hypothèses et de possibles fera me semble-t-il avancer les idées du domaine interrogé avec plus de puissance qu’une morale fabriquée en amont.

Et c’est là que j’ai été particulièrement séduit par Les Seigneurs de Bohen. Ce roman grandiose s’interroge – et nous interroge – sur les mécaniques d’un pouvoir vieillissant, croulant sous le poids de ses traditions, de ses préjugés et de ses certitudes, incapable de se remettre en question. Et en s’intéressant principalement à ceux et celles qui en sont victimes, qui en sont complices, volontairement ou non, ou à ceux et celles qui s’en constituent les adversaires ; il ramène les choses à une échelle plus évocatrice que des réflexions théoriques abstraites, il nous ramène à notre propre conscience, à notre capacité d’action. Il nous amène à revoir nos valeurs et notre sens des priorités, à nous demander ce que nous ferions dans des circonstances similaires, à savoir à quels principes nous nous vouons.

Un roman puissant, politique, intelligent, prenant, qui laisse une ouverture magistrale pour une suite que j’ai très hâte de pouvoir tenir entre mes mains et que – si vous ne l’aviez pas compris – je vous recommande très chaudement. Il me semble qu’il a fait l’unanimité, et ce n’est pas volé. Que dire de plus. Rien je crois, il est des fois où il suffit, de saluer avec humilité ceux et celles qui nous rappellent que le talent bien exprimé mérite un infini respect.

Au plaisir de vous recroiser,
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

5 comments on “Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye

  1. OmbreBones dit :

    Gros coup de cœur aussi quand je l’ai lu à sa sortie et la suite est encore meilleure selon moi ! Je partage totalement ton avis sur tout ce que tu as dit dans cette chronique 😊

    J'aime

    1. lairdfumble dit :

      Merci beaucoup ! 😀
      Encore plus hâte de m’attaquer à cette suite alors. Heureuse coïncidence, il me semble qu’une date propice approche. 😉

      Aimé par 1 personne

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