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Ni d’Ève ni des dents – Episode 3

Episode 1 / Episode 2

Jour 8
Début de Soirée

On ne peut pas dire que la situation se soit arrangée. Fanny n’est pas sortie de sa chambre de la journée. Elle n’a pas voulu me parler. Je l’ai prévenue et je suis reparti vers la fac en prenant un autre itinéraire, pour voir si je pouvais trouver d’autres choses. On n’a pas osé rentrer dans les maisons et autres immeubles pour l’instant, sans même en parler je pense qu’il nous reste encore quelques automatismes civilisés. Le plus tard on les brisera, le plus tard on prendra vraiment pleine et entière conscience de la merde dans laquelle on est. J’ai croisé quelques magasins qui pourront nous être utiles, je me suis dressé une ébauche de plan pour plus tard, si jamais.
J’ai bien peur de m’adapter un peu trop vite à cette nouvelle vie. J’anticipe tout, sans vraie angoisse. Moi qui avait des sueurs froides à l’idée de remplir le moindre document administratif, je me mets à réfléchir à la fin du monde (de mon monde, en tout cas) de façon calme et posée. Du coup, je me suis dit que l’eau potable allait devenir une ressource rare, et l’hygiène, bien qu’importante, ne nécessitait probablement pas autant d’attention de ma part qu’au début. Quelques nuages se massent à l’horizon, je me suis mis quelques seaux sur le toit pour récupérer la pluie, ça fera l’affaire au moment de rincer le plus gros de la crasse. Il n’y a que pour les dents où je ne fais pas de concessions.
Toujours le calme plat à l’horizon. L’incendie d’hier semble s’être en partie résorbé, la fumée n’est plus que grise, avec un panache moitié moins grand.
Je retourne essayer de parler à Fanny.

Jour 12
Début de Matinée

Je me suis réveillé très tôt. Il fait à peine jour. J’écris tout ça avant de partir pour notre première grosse expédition.
Fanny va mieux. Elle a eu du mal à encaisser l’impact de notre nouvelle réalité. C’est un peu compliqué à expliquer, mais en gros, elle n’a tellement pas pris le temps de réfléchir à ce qui se passait, concentrée sur ce qu’il fallait faire, qu’elle en a oublier de se poser pour faire un semblant de transition. De ce qu’elle m’a dit, elle a toujours été une gentille fille, un parangon de vertu, jamais un pet de travers, toujours dans les clous, avec une famille tout aussi exemplaire. Alors briser une vitrine de magasin pour y voler à manger, même dans un contexte de fin du monde, en compagnie d’un mec qu’elle ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, ça lui a foutu les boules, modèle XXL.
On en a parlé, ça a eu l’air de lui faire beaucoup de bien. Pas pour me jeter des fleurs, mais je savais pas que j’avais une telle capacité d’écoute. Juste difficile de dire si je fais attention à elle par pur altruisme ou par égoïsme.
Du coup, on a décidé de monter une grosse expédition, jusqu’à la zone industrielle, pour voir l’ampleur et la raison des dégâts là bas, peut être l’occasion d’en apprendre un peu plus. On peut pas dire que ce soit une décision très sage, mais la curiosité nous bouffe tous les deux depuis le début, et pendant les derniers jours on a du faire quelque chose comme une trentaine d’allers et retours entre ici et le Carrefour pour récupérer toute l’eau, les conserves et un maximum de produits non périmés. Le reste du temps a été entièrement consacré à réorganiser tout notre étage de façon plus sûre et optimisée. Nos chambres sont attenantes maintenant, par sécurité, histoire de pouvoir intervenir l’un pour l’autre au plus vite en cas de souci. Le garde-manger a été déplacé à l’étage, premier porte à côté de l’escalier. On s’est dit que la vermine risquait d’attaquer les stocks au plus près du sol, donc on a essayé de sécuriser le tout, on a entièrement vidé la pièce, nettoyé au mieux, tenté de la rendre aussi étanche que possible… On verra.
En tout cas, hier soir, pour fêter ça, on s’est permis de prendre un petit apéro avec le fond d’une bouteille de Jack trouvée dans une chambre ; le moral c’est important. On s’est même servi du réchaud à gaz pour la première fois pour manger chaud. C’était un très bon moment.
Je suis très fébrile. J’ai peur que ce déplacement soit une très mauvaise idée.

Jour 17
Début de Soirée

Par où commencer ?
Bilan de l’expédition d’abord :
Je passe sur les considérations habituelles, la ville semblait toujours aussi vide, de plus en plus sale aux abords de la Z.I. On a mis environ trois heures à pieds pour y arriver, on a trouvé un vieux caddie abandonné, qui nous a été très utile pour stocker au fur et à mesure certaines de nos trouvailles, même si le bruit des roues sur le goudron nous a explosé la tête assez vite.
On a assez vite localisé la source de l’explosion, un entrepôt dont on ignore (forcément) ce qu’il contenait. De ce qu’on a pu en voir, de loin – on ne s’est pas trop approché à cause des fumées et de la chaleur – un incendie a démarré dans l’usine attenante et s’y est propagé, ce qui a causé l’explosion.
On a fait un tour rapide de l’usine, pour voir si on pouvait voir ce qui avait causé le départ de feu, et on a trouvé.
Après avoir tous les deux vomi nos tripes et pris le temps de reprendre nos esprits, on a examiné les restes des deux cadavres. Aucune idée de comment c’est arrivé, mais apparemment, ils se sont carrément lancé dans un panneau électrique et l’ont tellement foutu en l’air qu’ils ont pris feu. Ce que nous avions sous les yeux n’étaient que deux bûches noires, carbonisées, ressemblant vaguement à deux silhouettes humaines. Toujours est il que du panneau, ce qui devaient être des arcs électriques se sont lancés dans les environs, mettant feu à des piles de déchets et autres trucs empilés à proximité. Dans la précipitation du départ (combien de temps a duré cette évacuation bordel!?) les portes de l’entrepôt avaient été laissées ouvertes et des braises ont du aller à l’intérieur, mettre feu à quelque chose et hop, c’était parti. Le foyer couvait toujours, le bâtiment avait l’air d’être au bord de l’effondrement c’était trop risqué d’aller pousser plus loin, on est repartis dans l’autre sens.
On a essayé de garder la face, mais voir ces deux cadavres, c’était un très violent rappel à la réalité de la situation. Ça allait faire presque deux semaines qu’on vivait comme ça, malgré les difficultés, c’était comme si on se faisait un peu à l’idée de juste vivre comme ça, dans l’attente éventuelle des secours. On commençait à se dire qu’on allait peut être passer piller une librairie ou une bibliothèque puis un Jardiland ou un truc comme ça pour commencer à cultiver des légumes, on peut pas dire qu’on manque d’espace ni de temps. C’était presque une perspective joyeuse de se réinventer une vie dans ces circonstances bizarres ; pas tant qu’on croyait à la possibilité de rester suffisamment longtemps ici pour faire pousser des trucs et les consommer, mais ça nous aurait donné quelque chose à faire, un but…
Mais on a gardé cette odeur de mort dans les narines pendant les trois heures du retour, et notre survie est devenue plus urgente. On a commencé à se dire que non, vraiment, cette histoire n’était pas normale. Comment ces deux personnes ont fini dans un panneau électrique, avec une violence suffisante pour le faire exploser ? Ces trucs sont pas censés être sécurisés ?
Comment et pourquoi deux étudiants se sont ils retrouvés à être zappés dans une évacuation menée si vite et efficacement qu’elle a fait disparaître la population quasi entière d’une ville comme la nôtre en l’espace d’une soirée et d’une petite partie de la nuit ? On a tous les deux retracé nos parcours de la soirée d’avant l’évacuation. Tous les deux passés nos soirées le casque sur les oreilles, musique à fond sans rien entendre de l’extérieur, couchés aux alentours de 22h, moi complètement bourré (je blâme la solitude estudiantine), elle parce qu’elle avait un exam’ le lendemain à 8h. Moi réveillé par la dernière alarme vers ce qu’on suppose 3 ou 4 heures du matin, elle pas réveillée du tout à cause d’un sommeil lourd et d’un bâtiment presque vide de toute façon.
On s’est très vite de nouveau heurtés à un mur d’absurdité. Aucune solution viable, trop peu d’éléments d’explication, on a laissé tomber pour se concentrer sur l’essentiel, à savoir survivre. On a assez vite relativisé. En attendant de voir si d’autres personnes ont été oubliées dans la ville, ce qui est probable, on se disait qu’on avait quand même au moins deux quartiers de la ville pour nous tous seuls, avec assez de vivres en conserve et d’eau pour un bon bout de temps, plusieurs épaisseurs de toit sur la tête et éventuellement d’autres bâtiments dans lesquels s’abriter. Et même un caddie.
Seulement voilà.
Quand on est arrivés chez nous, on est tombés sur Francis. Ce qui a un peu changé la donne.
Ou carrément foutu la merde. Question de point de vue, ou de vocabulaire, au choix.

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3 comments on “Ni d’Ève ni des dents – Episode 3

  1. muriellerochebrunet dit :

    Mais qui est ce Francis ? Vivement la suite 🙂

    J'aime

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