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Nous Sommes Légion, Dennis E. Taylor

Learn To Lose (feat. Alex Clare) – Bakermat

Il y a des fois, avec certains romans, on sent très vite que la rencontre ne se déroule pas sous les meilleurs auspices. Pas forcément un rejet d’emblée, juste un manque de confiance, une certaine indifférence. C’est terrible à écrire, puisque ce roman m’a été offert en cadeau d’anniversaire il doit y avoir trois ans maintenant et traînait sur ma Pile-à-Lire depuis. Ma situation actuelle m’amenant logiquement à m’atteler avec diligence à l’épuisement de cette dernière, je m’y suis donc mis, espérant trouver dans les lignes ce que l’aura de l’objet n’avait su m’inspirer.

Bob, après avoir touché le pactole en vendant sa start-up informatique, passe un contrat pour être cryogénisé à sa mort et donc être ressuscité lorsque les moyens technologiques le permettront. Manque de bol, il meurt très vite après avoir signé, et se réveille un siècle plus tard, réduit à l’état de tête dans un bocal, au sein d’une dictature théocratique fan d’acronymes capillotractés. Bob, en sa qualité d’ingénieur informaticien, fait partie de ceux et celles qui ont été sélectionnés pour concourir afin devenir le seul et unique pilote de la première sonde de Von Neumann ; vaisseau automatisé conçu pour explorer l’espace et se multiplier en exploitant les ressources à disposition. La véritable aventure commence lorsque Bob crée des clones de lui-même avec qui explorer la galaxie et l’univers.

Un concept alléchant s’il en fût. Mais qui, autant le dire tout de suite, ne m’a absolument pas convaincu, et j’en suis le premier attristé. Je vais tenter de décortiquer précisément pourquoi, mais ce sera sans doute au forceps; puisque le sentiment le plus fort qui m’a habité pendant toute la lecture de l’ouvrage est un ennui d’une puissance rare. C’est ce qui me chagrine le plus. Lorsqu’il m’a fallu évoquer ici La Tour de Babylone, j’avais une certaine quantité de grain à moudre ; ce que je ne n’avais pas aimé m’avait déplu pour des raisons bien précises, en étroit lien avec la personnalité de l’auteur et ses goûts en matière de dramaturgie et de style. En ce qui concerne Nous Sommes Légion, mon constat est bien plus amer, et mon ennui viendrait plutôt d’un manque criant de personnalité, ou du moins d’une absence de marqueurs qui pourraient me faire croire à son existence. Je me rends compte que ce que je dis est dur et presque méprisant, mais je peux vous assurer que ce n’est absolument pas mon intention, j’essaie simplement de mettre des mots sur mon ressenti, ce qui m’est très difficile. Puisque ce roman, je l’ai lu sans presque jamais vraiment rien éprouver d’autre que la frustration et l’envie d’en finir au plus vite, juste pour être sûr de ne rien rater et de pouvoir passer à autre chose.

Le premier aspect qui je crois m’a rendu par trop indifférent aux sorts des personnages qui nous sont présentés, c’est un style extrêmement plat, trop factuel. Je suis plutôt partisan d’un style n’abusant pas des fioritures, direct et simple lorsque les circonstances s’y prêtent, mais étant donné que tout nous est raconté à la première personne, le manque de personnalité de la plume retombe inévitablement sur les protagonistes. Or, à partir du moment où les Bobs commencent à se multiplier à partir de copies du Bob original, nous commençons à suivre leurs diverses aventures, chacune abordant différents aspect de leurs travaux et péripéties à travers les différents systèmes solaires qu’ils traversent. Et si les différents personnages peuvent jurer autant qu’ils veulent qu’ils sont différents les uns des autres, rien dans leurs discours ne permet de vraiment les discerner les uns des autres ou de nous y attacher. Sans compter que les divergences de personnalité ne sont pas vraiment expliquées, autrement que par le fait qu’elles sont inévitables.

Le récit souffre en permanence de dichotomies, d’une absence de choix de la part de l’auteur, faisant sans cesse osciller son récit d’un côté ou de l’autre des possibilités qui s’offrent à lui. Ce roman aurait pu être consacré à l’exploration de la psychologie d’un homme séparé de son corps, devenant un esprit projeté dans une machine, mais il lui fait par certaines facilités d’écriture retrouver un corps et des habitudes corporelles. Il aurait pu être consacré à l’exploration spatiale mais il n’évoque que partiellement les problématiques de ressources et de déplacement pour préférer se concentrer sur des aspects plus superficiels d’autres problèmes rencontrés en cours de route.
Je crois que c’est là le cœur du problème pour moi : à vouloir être trop de choses à la fois, le roman finit par n’être vraiment rien. Tout est trop caressé, pas assez creusé. On croise énormément de problématiques passionnantes dont un roman entier n’aurait probablement pas su faire le tour, mais à peine sont ils abordés qu’on passe à autre chose. Le roman ne prend jamais le temps de prendre son temps, et c’est très dommage. Il ne fait nul doute à mes yeux que Dennis E. Taylor porte une sinon plusieurs réflexions intéressantes, mais il semble se refuser à vouloir les développer.
Une volonté qui est loin d’être condamnable, et semble même découler d’une volonté de l’auteur, en témoigne son obsession pour les références à la pop-culture, geek (sic), en particulier et les petites blagues que se font ses personnages entre eux. Certaines répliques et échanges, quelques clins d’œil font mouche, et prêtent à sourire, mais l’ouvrage semble presque être intimidé par la moindre profondeur, se servant de l’humour ou d’ellipses pour éviter de trop creuser. Ce qui suggère un rythme extrêmement bâtard entre les chapitres, parfois très courts ou plus longs, se contentant d’évoquer certaines situations pour les évacuer aussitôt, ou en s’étalant au contraire sur d’autres pendant de très longues pages.
De la même façon, les questions scientifiques oscillent sans cesse entre une volonté de précision louable mais parfois zélé ou des écarts de facilité également louables mais qu’on pourrait aussi parfois qualifier de « deus ex machinesque« . Un équilibre très précaire qui plusieurs fois m’a fait basculer dans le vide, me ramenant à ma condition de lecteur, jugeant ce qui m’était présenté avec une moue désapprobatrice ou désabusée.

Finalement, si je devais vraiment évaluer ce roman, ce serait surtout à l’aune de la frustration qu’il a créée chez moi. Je suis bien conscient que je n’en ai dit que du mal ou presque, mais ces défauts me sont totalement relatifs ; à l’aune d’une autre expérience de lecture, pour des yeux demandant exactement ce qu’il offre, il pourrait tout à fait être un roman délicieux. Je n’oublie pas que j’aime mon Imaginaire farci de questionnements et d’intrigues, de personnages riches, qui font appel à mon sens critique. Ce roman est plutôt dans le camp de ceux qui veulent une histoire sympathique, un récit chouette, où tous les éléments sont à la disposition du lecteur, où il n’a qu’à se laisser porter par ce qui lui est présenté, c’est simplement une autre ambition. J’ai plus été déçu par ce que ce roman aurait pu être et qu’il n’est pas, que par ce qu’il est réellement. Par conséquent, je ne me précipiterais pas sur la suite, mais je ne la bouderais sans doute pas si elle devait me tomber entre les mains un jour.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

4 comments on “Nous Sommes Légion, Dennis E. Taylor

  1. Sabine C. dit :

    C’est toujours dur d’écrire un retour négatif donc je compatis ^^ (je me retrouve également dans cette position et c’est franchement inconfortable). Ce roman me fait de l’oeil depuis un moment et il fait partie de mon challenge ABC donc je vais le lire. Très curieuse du coup de ce que ça va donner ^^’.

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    1. lairdfumble dit :

      Très curieux du retour que tu pourras en faire alors. 😉
      Merci pour ta compassion. 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Anouchka dit :

    Et oui, pas facile d’écrire une note de blog négative. Je dois aussi en écrire une. D’un côté, tu n’as pas envie de blesser. D’un autre, il faut être honnête envers les gens qui te lisent, essayer d’être précis, d’expliquer le pourquoi du comment parce que peut-être les raisons qui font qu’on n’aime pas quelque chose pousseront une autre personne à les aimer (ça a déjà été vrai pour moi, en lisant des critiques négatives de certaines œuvres j’ai compris que j’allais sans doute les aimer).
    Là par contre ça ne faisait déjà pas partie de mes envies d’achat, et maintenant encore moins.

    Aimé par 1 personne

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