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Seule sur Terre, Charles Yu

Don’t Wait ‘Til Tomorrow – Yonaka (extrait de l’album éponyme)

Charles Yu.
Son seul nom m’aura suffi à spontanément contacter les forges de Vulcain pour demander un SP, ce que je ne fais quasiment jamais. Parce que Charles Yu. Un auteur de mon Panthéon, et sans aucun doute un des novellistes et romanciers les plus talentueux et formellement audacieux que je connaisse. Et voilà. C’est tout. Il est trop fort, alors quand les forges éditent d’autres de ses textes : j’en veux, merci. Aussi simple que ça.
Alors voyons voir ce que ce petit ouvrage contenant trois de ses textes – et une interview – vaut.
(Spoiler : c’est bien.)

Seule sur Terre
Nous commençons donc par la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, et y a pas à dire, il n’y a guère que Charles Yu pour faire du Charles Yu. Sans être mitigé quant à ce texte, il est évidemment très cool, et d’une façon bien propre à l’auteur, je suis quand même un peu… confus ? Parce que sortant d’un Les armées de ceux que j’aime d’un Ken Liu que je n’ai que moyennement apprécié pour son côté déprimant, je suis moi-même surpris d’avoir autant aimé Seule sur Terre ; qui, sans faire dans le même genre de fatalisme, nous livre quand même une vision très mélancolique et un brin pessimiste sur le futur de l’humanité. Ça tient sans doute au fait que malgré ces aspects les plus lourds, ce texte demeure volontairement léger dans le ton, nous offrant une narration souvent humoristique, plus caustique qu’acide, si ça fait sens. Quelque part, on retrouve encore ce côté sublimation de la médiocrité que Charles Yu maîtrise comme personne, où même les trucs un peu minables trouvent une forme d’expression satisfaisante. Certes, on présente une Terre réduite à l’état de boutique souvenir, mais l’essentiel est ailleurs.
Ma relative confusion tient aussi sans doute à la nature un peu gigogne du texte, où un chapitre entier, bien que thématiquement relié au reste du texte, m’a semblé presque faire tâche. Comme si Charles Yu l’avait écrite seule, puis, insatisfait de son volume, avait voulu l’enrober d’un contexte lui servant de prétexte. Et cette nouvelle-dans-la-nouvelle, elle tape tellement fort à mes yeux, qu’elle rend presque le reste de la nouvelle superfétatoire. Heureusement, le mot-clé ici est presque. Comme souvent avec Charles Yu, on est quand même fondamentalement sur un petit bijou d’intrication formelle et conceptuelle, où les audaces narratives sont au service du fonds de l’idée.
Et le résultat final c’est un joli texte sur la nostalgie. Un peu lourd, thématiquement, par moments, peut-être, mais foncièrement sympathique et assez touchant.

Systèmes
Chronique volontairement démantibulée et distanciée de la crise du covid. C’est formellement intéressant bien que pas ma came du tout ; j’ai un peu de mal avec la vision parfois un peu trop désincarnée que peuvent prendre les auteurices, examinant l’humanité comme si iels n’en faisaient pas partie. Et si je ne reprocherais pas à Charles Yu de trop tomber dans cet écueil, c’est précisément parce qu’il prend un peu trop de précautions oratoires, d’une certaine manière, il ne va peut-être pas assez loin dans son audace formelle, pour une fois. Sur le fonds, d’un autre côté, ce n’est rien de bien folichon, mais c’est sans doute parce que les types de regard et de ton que pose Charles Yu sur cette situation extraordinaire m’ont déjà été offerts bien trop souvent pour que je n’y retrouve pas une certaine tiédeur ; ce n’est pas que je trouve le message faux ou mal verbalisé, juste qu’il arrive bien trop tard dans mon parcours pour y trouver le moindre neuf. Pas de chance.

Fable
Et là, ce qui aurait pu être une mauvaise surprise est au contraire une petite bénédiction : ça fait maintenant des années que je rêve d’un jour trouver l’excuse pour pouvoir parler de cette nouvelle sur le blog, sans jamais trouver de solution qui me satisfasse. Fable m’avait été offert par David Meulemans il y a bien des années de cela en même temps qu’une pile de SP – dans son tout petit format illustré par Tom Gauld – lors de notre première rencontre, celle-là même donc qui aura été également ma première rencontre avec le texte dont nous allons parler ici, et dont je vous parle avant même de l’avoir relu, parce que je le considère comme un authentique chef d’œuvre de nouvelle. Et je suis très heureux de me voir offrir l’occasion idéale d’enfin parler de ce petit bijou ici.
Après l’avoir relue, donc.
*Relit*
Raaaah quelle merveille, mon souvenir l’avait sous-estimée. C’est l’histoire d’un homme normal qui se raconte au travers d’une histoire qu’il n’a aucune idée de comment la raconter. C’est à la fois exceptionnel de simplicité et de complexité. Fable, c’est ce genre de texte qui vous expose quelque chose de basique, voire même de convenu, mais qui le fait d’une manière tellement brillante que ça vous cueille avec une puissance unique. Fable, c’est l’exemple parfait de ce que je dis désormais toujours à propos de Charles Yu, ce que j’estime être sa signature ; c’est même sans doute à cause de ce texte précis que je le fait, parce que son ombre est tellement massive qu’elle couvrira toute son œuvre pour le reste de notre vie commune. Fable, c’est la beauté de la médiocrité sublimée, c’est l’acceptation souriante et si foutrement libératrice de l’unicité de notre banalité, et/ou de l’inverse. Fable, c’est la preuve éclatante que l’écriture imaginaire permet de faire les pas de côté nécessaires à l’expression et à la compréhension tortueuse des choses les plus évidentes de la vie qu’on arrive jamais à verbaliser de façon normale. C’est le mélange merveilleux d’éléments qui n’ont intuitivement rien à voir les uns avec les autres – en l’occurrence ici, la crise existentielle et la fantasy – mais qui sont si bien articulés par un auteur d’une sensibilité et d’un génie formel rares qu’une éblouissante synergie s’en dégage.
C’est le genre de texte qui me fait me rendre compte que je ne peux jamais vraiment savoir à l’avance qu’un texte va me plaire ou non ; parce que celui-ci n’aurait instinctivement jamais eu le droit d’être aussi bon à mes yeux si j’avais d’û l’imaginer à partir de ses aspects les plus basiques. C’est ce que fait Charles Yu de ses idées premières qui le rend aussi exceptionnel à mes yeux de lecteur.
Bref, une perle absolue. Un des textes que je compte bien garder dans un coin du cœur de ma tête pour toujours.

Un large 2 sur 3. Facile. Et même celui qui manque n’est pas mauvais ou moyen, juste pas vraiment mon truc ; il fait ce qu’il veut faire et je suis à côté de la cible. Et même s’il avait été mauvais, les deux autres auraient très très largement compensé par leurs charges émotionnelles et techniques, et l’excellence de leurs exécutions respectives. J’oserais même dire, à titre purement personnel, que si ce n’était que pour Fable, ce petit recueil vaut déjà le coup. Mais si vous m’avez déjà lu·e·s parler de Charles Yu, vous saviez déjà qu’il est à mes yeux absolument incontournable, alors je ne vais pas vous faire l’affront de (trop) me répéter. Que ce soit avec ces textes ou d’autres, il est toujours bon de lire Charles Yu.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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