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U-H-L #58 – Défense d’Extinction, Ray Nayler

Don’t Back Down – Mammoth (extrait de l’album Mammoth)

Ray Nayler est sur mon radar depuis un petit bout de temps sans que j’ai pu trouver l’opportunité idéale de m’y mettre ; et ce en dépit du lobbying de l’excellent Épaule d’Orion, collègue bloggeur de l’Imaginaire qui je crois a beaucoup contribué à son importation en France, y compris avec la – superbe – traduction du présent volume. Je remercie donc évidemment, encore une fois, les éditions du Bélial’, de m’avoir fait confiance en m’envoyant ce SP.
Et maintenant, pour la partie difficile : vous donner un avis exhaustif à l’égard de cette novella.
Difficile, parce que je me retrouve à nouveau à devoir démêler des sentiments un brin contradictoire. Pour le dire en bref, je crois que c’est un très bon texte, mais qui échappe de très peu à réellement être ma came.

Un très bon texte parce qu’à la fois cruellement contemporain et magnifiquement évocateur. Cette histoire de mammouths ressuscités fonctionne sur deux niveaux assez évidents ; on est en même temps dans une fable science-fictive aux tons écologistes rageurs et dans un récit foncièrement humain, profondément mélancolique.
D’un côté, Ray Nayler nous offre à lire une projection précise et documentée de ce à quoi pourrait ressembler cette arlésienne technologique ; la réintroduction de mammouths laineux dans la taïga sibérienne, avec toutes ses implications scientifiques. J’admire sincèrement la capacité de l’auteur à vulgariser l’impact écologique de l’existence des pachydermes dans un environnement moderne, leur influence sur l’écosystème local : ce qu’ils apportent en terme de cycles naturels, leur contribution passive à l’enrichissement des sols, ce genre de choses. Ce n’est pas facile à intégrer à un récit tel que celui-là sans tomber dans une hard-sf indigeste ou lourde, pour ne pas dire pontifiante. De même qu’il est assez admirable, à mes yeux, de parvenir à projeter une finalité réellement positive et crédible à ce que j’ai appris à reconnaître comme des coups marketing ponctuels et irréalistes menés par des compagnies high-tech en quête de financements pour des projets creux, n’ayant en réalité que des vues avides.

De la même manière que je suis assez content d’enfin lire un texte à la chronologie un peu démantibulée parvenir à justifier une structure narrative que je trouve trop régulièrement artificielle, me donnant l’impression d’effets de manche assez vains. D’autant que cette structure, précisément, contribue à l’aspect humain de cette histoire singulière, lui donnant une profondeur indéniable ; nous permettant de mieux comprendre les tenants et aboutissants organiques de son intrigue, tout en lui conférant un aspect tenant presque du thriller, avec une touche de suspense.
Ce texte est indubitablement fort bien tenu, avec un jeu de perspectives riche de complexités, de nuances, qui lui permettent de ne pas bêtement tomber dans un manichéisme contre-productif. Les gens impliqués dans cette histoire sont aussi intéressants que l’histoire elle-même ; on est pas là uniquement pour du sense of wonder vertigineux, on est là aussi pour philosopher un peu, juste ce qu’il faut, réfléchir au monde qui nous entoure, et surtout aux implications pas forcément évidentes de choses qu’on aurait pu prendre pour acquises, à la longue.

Mais de fait, j’ai dû me débattre tout le long de ma lecture avec un étrange sentiment de manque, faute d’un meilleur terme. Ce genre de flottement un peu pénible qui me faisait constater, chapitre après chapitre, que si je n’avais, factuellement, aucun réel reproche à faire au texte, tant dans ses intentions que dans sa réalisation, il n’empêche que je ne parvenais pas à trouver la clé pour réussir à m’y ouvrir complètement. Je pourrais croire que c’est parce que je trouve le texte empoissé d’une puissante mélancolie, un sentiment avec lequel je dois bien admettre ne pas trop aimer composer, mais ce serait injuste et insuffisant. Sans doute parce que cette mélancolie est sous-tendue par une rage familière et trop plaisante pour balayer l’ensemble d’un revers de main ; j’aime que la colère soit un moteur créatif, quand cette colère nait d’un problème de valeurs avec lequel je peux m’identifier. Et oui, ici, je m’identifie très fort. Un cri de rage contre la cruauté gratuite, l’injustice d’un système entier permettant à des salopards de faire ce qu’ils veulent sous prétexte qu’ils ont les moyens de payer pour tenter vainement de remplir le vide de leurs âmes, ça me parle trop pour que je ne fasse pas un effort de compréhension.
Alors c’est quoi ? Je n’en sais trop rien. Peut-être, comme pour d’autres textes du même genre, ce sentiment de résignation, cette idée que nous sommes collectivement foutus et qu’il vaudrait mieux passer la main tant qu’il en est encore temps. Passer la main, à qui, comment ? Aucune idée, juste passer la main, au travers de n’importe quel macguffin technologique.
Et encore, même dit comme ça, je ne suis pas convaincu du tout que ce soit le projet de Ray Nayler dans ce texte ; sa rage et sa mélancolie m’avaient l’air de viser ailleurs, de vouloir dire autre chose.
Au fond, ma frustration nait sans doute plus de mon incompréhension du sens réel, profond, de ce texte. Je ne suis frustré que parce qu’en dépit de mes efforts, je suis sans doute passé un peu à côté.

Pas de la faute du texte ou de son auteur, donc. Un bon concept, bien réalisé, avec une perspective singulière et sincère, je n’ai décemment pas le droit de me plaindre. C’était franchement très bon, juste peut-être un peu trop triste pour ce que j’ai envie de lire en ce moment, à la rigueur. Mais très bon avant tout. Un bon ajout à la collection UHL.
Job done, and well done. Il faudra que je lise d’autres travaux de Ray Nayler pour en avoir le cœur net, mais je suis relativement confiant.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

4 comments on “U-H-L #58 – Défense d’Extinction, Ray Nayler

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