
ley lines – Flor (extrait de l’album ley lines)
Après un abandon assez agaçant et particulièrement frustrant, rien de tel qu’un petit John Brunner de derrière les fagots.
Y a des auteurices comme ça, vous savez que vous pouvez y aller à chaque fois en toute sérénité ; même si c’est un bouquin mineur, vous aller au pire passer un chouette moment. Et ce même si le titre en question est publié chez Le Masque, une maison qui jusqu’ici ne m’a donné que de trop rares raisons d’être réjoui de leur travail éditorial.
Disons que j’ai choisi ce titre en particulier parce que je savais qu’il serait court et qu’il ne risquait pas de me prendre autant la tête qu’un Tous à Zanzibar, par exemple. Une sorte de compromis pratique.
Effectivement, sans trop de surprise, À l’écoute des étoiles n’est certainement pas le John Brunner le plus percutant ou captivant que j’ai pu lire. Disons qu’on est plus dans le petit pulp à suspense old school que dans le féroce et renversant thriller d’anticipation. Mais même ça, il le fait d’une façon que je trouve hyper chouette. De fait, le roman, il est sympathique. Pas grandiose, mais sympathique.
Tout tient à la capacité bien Brunnerienne – oui, il mérite son adjectif personnalisé, à ce stade – de toujours inscrire ses récits dans une dimension sociale. En tout cas c’est comme ça que je le perçois. Ce qui est vraiment cool, dans ce récit à l’ancrage pourtant très « âge d’or », avec son macguffin technologique, seul moteur de l’intrigue, c’est bien que ladite intrigue s’inscrit dans une perspective hyper humaine, très pragmatique : là où je pense beaucoup d’auteurs se seraient contenté d’un regard et d’un cadrage très surplombants, John Brunner nous offre un petit casting resserré et des relations interpersonnelles avant tout. Alors certes, on a quand même droit à un peu de technobabble et de passage science-fictionnels un peu trop pointus pour être autre chose qu’abscons, mais on a surtout des réflexions autour de la réaction d’une société à l’invention d’un appareil commun qui permettrait à tout le monde ou presque d’écouter des signaux venus de l’espace dans l’espoir de capter le message, et je trouve que Brunner écrit toujours ces choses là avec une réelle sensibilité et une sorte de conscience du quotidien qui fait toujours du bien dans ce genre de récits.
Alors comme je l’ai dit, on est dans un texte mineur, parce que le rythme est quand même un brin pédestre, pour ne pas dire un peu mou, et qu’on est quand même dans une enquête où notre héros n’a pas vraiment la main sur grand chose en dépit de ses louables efforts, ce qui amène à une conclusion plutôt précipitée qui emballe l’ensemble sans grande élégance mais avec l’efficacité sèche de l’auteur qui sait qu’il a un calibre à respecter.
Et pour autant, tout le long de cette petite histoire sans grande prétention, Brunner déploie quand même des idées et des thèmes franchement cools, qui se suivent bien et amènent toujours à tourner la page dans l’attente de ce qui viendra après. Pas avec fièvre, certes, mais avec intérêt. Parce qu’on a quelques idées bien fichues et bien mises en scène, d’abord, mais aussi et surtout parce qu’on a des personnages bien brossés, des dialogues sympas et un déroulé d’intrigue tout à fait honnête. Et le tout avec un minimum de male gaze – y en a qu’un peu et il est même pas creepy – une amitié adulte/adolescente qui semble tout à fait saine, et quelques réflexions antifascistes. Pour 1972, moi je trouve ça vachement positif. Même la couv’ elle est vraiment chouette ! De fait, si le résultat final n’est certainement pas renversant et qu’il accuse quand même un chouïa son âge, c’est probablement parce que l’ambition de départ n’était pas non plus débordante. Mais comme toujours, j’ai une réelle tendresse pour ces petits textes pas exceptionnels mais bien fichus qui dénotent du talent d’artisan de leurs auteurices. C’est vite lu, mais pas si vite oublié, alors même qu’on ne pourrait pas mettre le doigt sur ce qu’il y avait de particulièrement marquant à relever.
Typiquement le genre de roman dont je pourrai dire dans quelques mois à peine « Ah oui, je l’ai lu celui-là. Je sais plus trop ce qui s’y passe, mais c’était sympa ». Voilà. C’est pas un roman qui se résume avec des formules ou des phrases bien précises, mais c’est une chouette petite histoire qui se résume par le sentiment qu’elle a évoqué à sa lecture.
Bon après, maintenant, Brunner et moi, c’est… Bon hein, je manque d’objectivité. Après Noire est la couleur, je lui dois quelque chose, à cet auteur. Si ça doit être des chroniques positives pour le reste de ma vie, y compris sur ses bouquins les plus insignifiants, qu’il en soit ainsi.
À la prochaine, donc.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
