
Sell my Soul – Midnight Oil (extrait de l’album Diesel and Dust)
Je suis pas toujours obligé de faire de longues intros, en vrai. C’est juste que plus souvent que l’inverse, le contexte du choix de mes lectures éclaire trop mes ressentis de ces dernières pour que je puisse réellement faire l’impasse. J’aime être aussi clair et complet que possible. Bah là vous avez de la chance, c’est une exception : j’ai adoré le premier volume des aventures de John Persons dans le précédent tome signé par Cassandra Khaw et j’avais la suite sous la main, alors j’ai voulu battre le fer tant qu’il était chaud. Voilà.
Bon, pas de bol pour moi, je trouve ce deuxième tome pas au niveau du tout. Pas que c’est mauvais, en soi, je trouve juste qu’à trop vouloir changer de braquet, Cassandra Khaw a un peu déraillé. C’est ballot.
On sait que les suites, c’est compliqué à écrire, autant qu’à penser. Je le dis tout le temps dès qu’il est question de l’exercice, mais l’équilibre à trouver entre renouvellement et familiarité est un insupportable casse-tête à résoudre ; et si j’en parle à chaque fois, c’est bien parce que de la résolution de ce casse-tête dépend souvent la qualité de la réception de la suite dont il est présentement question. Et sincèrement, je pense que le choix opéré par l’auteurice, ici, était plutôt bon, c’est surtout un problème de dosage auquel on est confronté, finalement.
Le cœur de la nouvelle proposition de Chanter le silence par rapport à Briser les os, c’est d’abord et avant tout la prise de distance avec John Persons, assez fort logiquement relégué au second plan de notre histoire. D’abord parce qu’il n’a pas beaucoup d’incidence dessus, et que ç’aurait sans doute été pénible de le lire ne rien faire et poursuivre une piste sur laquelle il n’a quasiment aucune prise, mais surtout parce que le thème de ce texte étant le racisme des Etats Unis dans leur pire période ségrégationniste, forcément, il était bien plus intéressant, thématiquement et narrativement, de suivre une personne concernée, pour nous faire vivre cette réalité de l’intérieur, et non pas de l’extérieur.
Le souci, c’est qu’avec ce changement de cadrage et de narration, qui nous fait passer de la première à la troisième personne, et d’un discours très oralisé et gouailleur à un discours beaucoup plus soutenu et sous-tendu par des courants technico-musicaux, on perd sans doute en organicité, à mes yeux. Si on peut encore une fois saluer l’excellent travail de traduction de Marie Koullen qui parvient à rendre compte à merveille de toutes ces nuances, je pense que le choix premier de Cassandra Khaw de pousser pas mal de ses potards formels beaucoup plus loin que dans son premier volume est assez dommageable.
Parce que si l’évocation indirecte des soucis mentaux de Deacon James, notre protagoniste infecté par une présence ancienne dans son esprit, fonctionne vraiment bien dans les premières séquences du récit, très vite, le lire tout voir et ressentir au travers de son obsession musicale et de son incompréhension des événements qui lui tombent sur le coin de la figure : c’est salement confusant. Figures de style sur figures de style, accélérations subites d’une intrigue dont on ne saisit rien parce que le protagoniste embarqué dedans n’y saisit lui même rien ou presque ; j’avoue que je n’ai pas tout compris non plus, de mon côté, à certaines transitions, notamment l’apparition et l’importance d’un personnage en particulier.
Alors oui, c’est dommage, certes, de juger ce texte surtout à l’aune du précédent, mais celui-ci, justement, avait bâti une grande part de sa force, à mes yeux, sur les promesses qu’il avait formulées. J’étais enthousiaste à sa lecture à l’idée de voir approfondies certaines des idées qu’il se contentait initialement d’esquisser. Or en lisant ce volume, j’ai surtout eu plu de questions, et le sentiment d’une histoire non seulement pas finie, mais à peine commencée. Certes, la part allégorique du récit fonctionne assez bien, dans ce mélange entre symbolisme et matérialisme qui me parle tant, mais c’est compliqué de se sentir embarqué dans une intrigue quand on a aucune réelle idée de ce que l’intrigue est exactement ; puisque le protagoniste lui-même n’en sait rien.
On n’est pas sur une novella trop courte pour être abandonnée que je n’aurais finie qu’à la grâce de la reconnaissance envers sa prédécesseuse ou sur un cas de curiosité morbide poussée trop loin ; le travail rythmique et évocateur des structures musicales présidant à la pensée et aux sensations de Deacon James étaient fort chouettes, et même le travail plus poétique plus purement esthétisant de Cassandra Khaw valait régulièrement le détour pour eux-mêmes. C’est juste qu’effectivement, arrivé à la fin, y avait un goût de trop peu et de « ah tout ça pour ça ? » qui laisse un arrière goût un peu amer dans la bouche.
Je parlerais sans doute de déception si je ne trouvais pas le terme un chouïa trop fort. Après la claque du premier volume, j’aurais volontiers repris plus de la même chose, et j’ai eu moins d’autre chose. Je salue l’audace, je comprends l’ambition, mais de fait, j’y ai beaucoup moins trouvé mon compte. Je ne suis, comme souvent, rien d’autre qu’un peu mesquinement frustré. Mais j’ai quand même envie de retrouver John Persons à l’avenir, alors ça va. On dit que ça compte pour du beurre.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
