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La Dernière Transhumance T1 – Vitaux, Stéphane Arnier

The Sacrifice – The Warning (extrait de l’album Queen of the Murder Scene)

Il y a quelques temps de cela, mon copain l’ours inculte avait exprimé avec sa conviction habituelle tout le bien qu’il avait pensé de La Brume l’emportera du même Stéphane Arnier qui va nous intéresser aujourd’hui. Mais disons le tout net, j’ai raté le coche, parce que la vie c’est des choix, et que beaucoup se font aux dépens de nos envies. Comme à mon habitude à moi, n’ayant pas lu le bouquin en question, je n’ai pas non plus lu la chronique ; je n’avais guère que les bons et très bons échos à son propos sur lesquels me baser, ainsi que les quelques échanges très chouettes avec l’auteur sur les réseaux, sans pour autant parvenir, dans l’intervalle, à combler mon retard.
Du coup, quand l’occasion s’est présentée de demander un SP de la nouvelle sortie de l’auteur, là, je n’ai pas hésité, je voulais faire partie du chœur des réjouissances.
Et nous voilà aujourd’hui, pour vous dire que euh… c’est compliqué. Nous sommes dans le cas de figure que je déteste clairement le plus quand arrive la rédaction d’une chronique : je ne sais pas. J’ai certes des choses à dire, des choses que j’ai réussi à identifier, des choses, des choses. Mais fondamentalement, si j’ai effectivement un avis sur ce roman, pouvant se résumer à : franchement c’est super bien, c’est juste que je n’ai pas ressenti avec lui la connexion que j’aurais aimé ressentir en le lisant ; je n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui pourrait expliquer cette absence de connexion.
Et donc je vais essayer d’explorer ça avec professionnalisme et objectivité au cours de ce qui va suivre, faute de pouvoir m’extasier sur un super roman qui fait son job avec efficacité et honnêteté.
Allons-y.

Pour le peuple Inar du nord, la Siita du Sorbier, approche la saison de la transhumance, la période difficile où Kaisu, la doyenne et nojd de la tribu, doit mener sa famille et leur troupeau de rennes à travers les terres gelées pour atteindre le printemps et les naissances dans des terres plus hospitalières. C’est d’autant plus compliqué cette année que c’est pour Kaisu la dernière transhumance, après quoi elle devra passer la main.
Or, voilà que surgit de nulle part un homme en fuite, aux motivations et aux origines floues, qui va pour sûr encore complexifier les choses et peut-être même semer la discorde au sein de la famille de Kaisu.

Je ne vais pas tenter de dresser une liste de tout ce qui marche ou ne marche pas à mes yeux dans le roman, là où ça pouvait en avoir pour un roman comme Chlorine, qui m’a profondément déboussolé, je pense que ça n’aurait absolument aucun sens ici. Que ce soit dit clairement dès maintenant : je pense sincèrement n’avoir aucun reproche matériel ou concret à adresser au travail de Stéphane Arnier. Au contraire, j’ai même collectionné les bons points et les bonnes surprises au fil de ma lecture, entre une atmosphère soignée, des personnages complexes et super bien écrits, s’appuyant sur de riches dynamiques interpersonnelles et une écriture senible, et tout un tas de petits détails de worldbuilding sachant être exigeants sans jamais être étouffants. Et si on ajoute à tout ça un rythme ciselé et bien pensé, jouant à la fois de la variance dans les tailles de parties et des chapitres qui les composent, mais aussi de la multiplicité des points de vue pour jouer avec les perspectives et les connaissances de chacun·e face aux différents événements qui viennent bouleverser la vie de la Siita du sorbier : je me répète, c’est objectivement super bien fichu. Très bien réfléchi, très bien pensé, aussi bien exécuté.

Et pourtant, je sais pas pourquoi, c’est pas passé. Aucun sentiment de rejet, même pas un soupçon d’ennui ; juste une sournoise et inexplicable forme d’indifférence. Et croyez bien que je me déteste de seulement utiliser ce mot, qui, si je devais être à la place de l’auteur, me ferait sans doute l’effet d’une dague en plein cœur, parce qu’encore une fois, je ne comprends pas d’où ce manque de passion peut venir. On a là une histoire riche en invention, clairement née d’une passion de l’auteur pour les grandes étendues glacées du nord, pour les traditions nomades et les frictions philosophiques qu’elle peuvent provoquer lorsqu’elles entrent en contact avec le matérialisme plus bassement utilitariste de la vie sédentaire et des réseaux commerciaux : ce roman a des choses à dire et les exprime avec beaucoup d’élégance et de nuance.
J’aurais sans doute détesté ce roman s’il avait prêché un basique et fatigué retour à la nature, une opposition frontale et stérile à la vie moderne mécanisé ; or il propose précisément une mise en situation des différents points de vue sur ces questions, et utilise très intelligemment le médium de la fantasy pour effectuer le salvateur pas de côté qui permet justement aux bons récits d’Imaginaire de mettre en scène les questionnements qui peuvent secouer notre réalité, mais au travers d’un prisme neuf et inédit, à l’aide des différentes perspectives incarnées par nos différents personnages.

Et de la même manière, si Vitaux n’échappe pas à certains tropes de la fantasy classique, avec quelques magouilles, quelques zones de gris dans les allégeances et les motivations de certain·e·s, je trouve que Stéphane Arnier dose tout ça vraiment bien, avec de la profondeur dans lesdites motivations, notamment avec des conflits internes aux personnages qui sonnent très juste. Et même si je ne suis pas toujours partisan de l’idée d’opposer frontalement les notions de rationalité et d’émotion dans la logistique des prises de décision, dans la vie en général et dans la construction des personnages en particulier, il demeure que ça reste souvent une bonne métrique à utiliser pour illustrer schématiquement ma perception de la logique présidant à un récit. Là encore, je trouve que Stéphane Arnier fait un super boulot en terme d’équilibre, avec des chaînes de causalité qui ne m’ont jamais heurté ou fait reprendre le fil du récit dans ma tête pour devoir me réexpliquer ou mieux comprendre pourquoi un·e tel·le avait fait x ou y. Des phrases bien trop longues pour dire que tout se tient de façon variée, et avec une vraie richesse dans la manière dont les différentes perspectives se justifient mutuellement, illustrant fort bien la complexité des relations humaines quand des traumas et autres rancœurs viennent les brouiller.

À ce stade, vous pourriez croire que j’essaie d’en faire des caisses pour sauver un SP que je n’ai pas aimé d’une mauvaise chronique, parce que c’est un SP. Et honnêtement, je ne vous en voudrais que si vous ne nous connaissez pas, moi et ma doctrine de totale franchise sur ce blog ; pièces à conviction S et Y à l’appui.
Non, je vous jure que je ne comprends pas : ce roman a vraiment tout pour me plaire, du style sobre et élégant choisi par son auteur, se permettant même le luxe de s’adapter juste ce qu’il faut d’un point de vue à l’autre pour qu’on sente une différence, à son histoire de voyage sensitive qui pourrait presque convoquer le scrounch scrounch de la neige sous les pas de ses personnages, à une forme d’applicabilité allégorique dans le motif de cette transhumance lourde de symboles, jusqu’à une bonne histoire, pleine de surprises et de rebondissements dans son intrigue.
Et pourtant. Me voilà quand même arrivé là avec ce constat cruel : je ne suis pas certain d’avoir envie de lire la suite et la fin de cette histoire. Je suis curieux, mais pas enthousiaste. Et là où il est d’ordinaire si aisé pour moi de pointer du doigt les raisons de mon absence de joie, ici, je suis juste condamné à avouer mon impuissance. Et ça me fout les boules, vous pouvez pas savoir. Je pense que je vais continuer à y réfléchir. Si je trouve, je vous dis.
En attendant, je pense que je peux quand même vous conseiller de lire du Stéphane Arnier : il a l’air doué.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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