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Cycle Jean Kariven T1 – Le pionnier de l’atome, Jimmy Guieu

Que dire, que dire. Ça me manquait trop, d’une certaine manière. J’ai pris la première excuse venue pour retenter l’aventure. En dépit de toutes mes protestations et de mes plaintes, ces explorations ont maintenant une saveur unique, un goût de reviens y que peu d’autres œuvres peuvent se vanter de posséder dans des dimensions similaires. Y a que Jimmy pour faire du Jimmy.
Alors nous revoilà, je ne saurais même plus faire le compte. Mais n’empêche qu’on continue. Sur Bluesky plutôt qu’ailleurs, c’est tout. Et croyez moi, c’était encore une sacrée expérience.

Comme toujours, pour avoir la totalité de mon ressenti avec tout ce qu’il faut de mauvaise foi enjouée, je vous invite à suivre ce lien.

À noter pour commencer, non sans une certaine ironie, que ce premier tome du « cycle Jean Kariven » ne contient que quelques maigres pourcents dudit Jean Kariven, encore un discret personnage secondaire d’une histoire où il ne sert guère que d’intermédiaire. Il n’est ici que l’ami du jeune Pierre Mazières, qui trouve un jour dans sa poche un anneau de clé dont émerge une étrange tige de métal semblant pousser toute seule. Par chance, il croise son vieil ami d’enfance André quelques minutes plus tard, et ce dernier s’avère être chimiste, il va pouvoir l’aider à examiner l’étrange phénomène. Qui ne va vraiment pas tarder à devenir encore plus violemment étrange.

Il devient de plus en plus difficile de parler de Jimmy YOLO Guieu sans me répéter, mais j’ai ici été plus que jamais frappé par la capacité singulière, pour ne pas dire unique, de cet auteur si déterminé à tracer sa propre voie sans considération pour les normes littéraires les plus basiques et établies. Je suis plus que jamais convaincu que personne n’est capable comme lui d’à ce point frôler les bonnes idées, qu’elles soient formelles ou théoriques, en ratant aussi systématiquement et spectaculairement leurs exécutions. Pour tout vous dire, dans ce Pionnier de l’atome, l’ami Jimmy conceptualise ce qui sera bien des années plus tard le cœur du merveilleux Oeuf du dragon de Robert L. Forward, un chef d’œuvre dont je ne me lasserai jamais de chanter les louanges ; à savoir l’exploration des différences de perception entre deux mondes proches, mais n’existant pas à la même échelle.
Si chez Robert Forward, l’usage de la science est précis et matinée d’une passion palpable, soutenu par une réelle sensibilité humaine et une écriture ciselée, chez Jimmy Guieu, tout n’est que raccourcis scénaristiques honteux, personnages creux, et usage pédant d’une science utilisée comme un argument d’autorité ou prétexte à la promotion d’idées hautement contestables, le tout emballé dans un récit construit sur des coïncidences et une écriture paresseuse, pour ne pas dire amatrice, à de nombreuses occasions.

Et comme toujours, c’est absolument fascinant à lire et à observer de façon dépassionnée. Captivant, de lire un auteur aussi arc-bouté sur ses obsessions, incapable de se concentrer efficacement sur une seule idée ou une focalisation sérieuse. C’est simple, ce roman ressemble à un premier jet ; tout y est raconté dans le désordre, sans attention donnée aux détails importants, Jimmy Guieu faisant des allers et retours incessants entre tous ses concepts, semblant ne pas savoir à quoi il veut donner la primauté. Il papillonne d’un chapitre à l’autre, nous offrant des points de vue désarticulés en fonction de ses besoins immédiats, sans aucun souci de la moindre constance thématique ou narrative. Chacune de ses grandes idées, prises séparément, et bien traitées en isolation, auraient pu donner un roman bis pas forcément très crédible, mais hautement divertissant, sauf qu’il ne met la bonne dose d’effort nulle part ; et le résultat est de fait aussi pathétique que grandiose, puisque à défaut de faire les choses sérieusement, Jimmy Guieu se prend par contre très au sérieux. Les concepts mobilisés dénotent d’enjeux majeurs, de conséquences potentielles terribles, mais il s’en fiche ; les choses arrivent, et on passe à autre chose. L’important, c’est qu’elles arrivent et qu’elles soient prétexte à l’étalage des connaissances de l’auteur, quitte à les mobiliser de travers ; une note de bas de page scientifique vaut bien un errement narratif passager, une incohérence majeure, ou l’écornement de l’image d’un personnage.
Peu importe qu’on voit clairement que chaque nouvelle idée ou coïncidence n’est qu’un prétexte à remplir le volume minimal du standard éditorial ou faire avancer l’intrigue vers son prévisible terme, l’idée c’est de surprendre, quitte à faire les choses d’une manière absolument désincarnée et mécanique. Jimmy Guieu crée à intervalles réguliers un sentiment de frustration absolument sublime en piquant notre intérêt avec une idée qui pourrait à elle seule justifier un roman entier d’une volume double à celui qu’on est en train de lire, mais à peine est elle formulée qu’on passe à un autre aspect mineur de l’histoire dont on a absolument rien à faire, sans aucune implication scientifique, narrative ou philosophique tangible, dont on sent pourtant qu’il aimerait par ailleurs pouvoir se targuer, dialogues lourdingues et artificiels à l’appui. Tout ça sans parler du mélange des genre complètement dilettante qui constitue l’ensemble du roman. Sans craindre l’usage superflu des superlatifs, c’est vraiment sensationnel.

Je n’ai encore jamais connu un auteur comme Jimmy Guieu, qui, à ce point, écrivait avant tout des idées de roman. Les ingrédients sont tous là, mais disposés dans le désordre et assemblés de travers, avec la satisfaction arrogante du gamin de 5 ans qui ne sait pas ce qu’il fait, mais qui le fait à fond. Je ne me lasse pas de la sensation de découvrir, encore et encore, ces récits qui empruntent de façon si transparente à la pop culture et aux références les plus établies sans aucun respect ni compétence, et encore moins de soin. On pourrait aussi, tant qu’on y est, presque comparer ça à un ado qui respecte les consignes d’un exercice, mais de la pire façon possible, histoire de montrer qu’il pourrait faire les choses comme on lui demande, mais qu’il n’en a juste absolument pas envie.
C’est ça, finalement, Jimmy Guieu : un éternel enfant frustré de ne pas pouvoir faire les choses comme il le voudrait, mais qui d’une certaine manière, le fait quand même, avec défiance et arrogance. Et au final, à chaque fois, c’est toujours aussi raté, mais indubitablement sincère. Et c’est à la fois nul et génial. Rempli d’idées et complètement vide de sens. Des paradoxes littéraires ambulants. Si j’étais taquin, je parlerais d’OVNI, ou une métaphore douteuse du même acabit.
Heureusement que je ne suis que bienveillance et bon esprit. Imaginez un peu, dans le cas contraire.
Pfiouh.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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