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RéciFs #4 – Danielle Cain T2 – Les morts posséderont la Terre, Margaret Killjoy

Pretty Devil – Alessandra

Vous me connaissez, si j’essaie d’être aussi honnête et clair que possible dans mes recensions, je préfère toujours une lecture plaisante à chroniquer plutôt qu’une déplaisante, et ce même si la déplaisante aura peut-être plus de choses intéressantes à me faire dire. Et donc, si j’étais bien embêté de devoir expliquer pourquoi ma dernière tentative chez Argyll, j’avais après coup encore plus hâte de revenir vers le travail de Margaret Killjoy, histoire de rectifier le tir. J’ai beau dire « une chance sur deux » avec le sourire, c’est un sourire un poil jaune, quand même.
Alors voilà, le premier tome des aventures de Danielle Cain m’avait bien plu sans me renverser de joie ; il y avait des petites choses à redresser pour que je sois complètement embarqué, quand bien même j’étais déjà convaincu que ce serait le cas, à terme. Et effectivement : si ça continue sur cette lancée, on va être sur une série littéraire chouchoute. Et je n’ai aucune raison de douter.

Par contre, petit erratum de rien du tout avant de commencer : je parlais dans ma première chronique, d’un récit génériquement situé entre fantasy et anticipation poisseuse, et c’était incorrect. Si la fantasy est bien là, on devrait plutôt parler d’une ambiance contemporaine et contre-culturelle. Une sorte de marginal-punk, si j’osais faire dans le néologisme terminologique. Mais le fait que je n’ai pas correctement identifié la diégèse du texte est partiellement imputable à Margaret Killjoy elle-même, et je crois qu’elle le savait, puisque c’est grâce à un ajustement qu’elle a elle-même opéré dans ce deuxième tome que j’ai compris ma bévue ; un petit truc tout bête mais extrêmement efficace, elle ancre son récit dans notre réalité à coup de référence pop-culture. Et si j’apprécie doublement cette petite astuce technique, c’est qu’elle m’a permis d’également constater que l’autrice a, je crois, changé son fusil d’épaule, en terme de démarche politique.

Comprenons nous bien, on est toujours dans de la propagande anarchiste, ce qui est bien. Mais il me semble que l’angle d’attaque choisi est le complet opposé de celui choisi dans Un pays de fantômes, et qui m’avait moyennement convaincu. Dans son roman, Margaret Killjoy invitait un regard étranger dans un paradigme anarchiste, expliquant par le menu en quoi le mouvement consistait, à tous les niveaux, ce que je trouvais personnellement un peu artificiel et indigeste. Or, dans cette série de novellas, elle nous invite au contraire à poser un regard anarchiste sur notre réalité, avec en plus le soutien métaphorique de – spoiler mineur du premier tome – la magie et des esprits sans fins. Et de fait, pas besoin de dérouler de longues valeurs théoriques, il suffit de confronter nos protagonistes et leurs valeurs aux problèmes auxquels iels sont confronté·e·s, pour voir comment iels s’en dépètrent. Et ça marche infiniment mieux à mes yeux, parce que ces valeurs sont dès lors incarnées et beaucoup moins essentialisées. C’est tout bête, mais avoir à lire des anarchistes plutôt que l’anarchisme, ça rend toute la démarche plus fluide et facile d’accès.

D’autant plus quand, et je crois que c’est pour le moment le gros point fort de ces textes, lesdits anarchistes sont absolument adorables. Là aussi, un petit erratum s’impose : j’avais parlé d’un texte queer, la première fois. Ça reste absolument vrai, puisque toutes les couleurs de l’arc en ciel ou presque sont là, mais c’était aussi assez incomplet. Au delà de l’évident plaisir de l’inclusivité, il faut aussi ajouter celui de la réelle bienveillance qui découle des dialogues et des interactions au sein de notre petit groupe de chasseurs de démons, qui n’est pas sans rappeler – parce que je sais que cette évocation seule peut convaincre beaucoup de gens – une certaine Becky Chambers. C’est vraiment tout bête, hein, mais lire une relation se développer au long cours à grands renforts de consentement partagé et de timidité mutuelle, plutôt que dans l’optique de remplir un cahier des charges, lire des personnages souffrir d’anxiété, se comprendre et se soutenir : un récit qui prend autant son temps d’un tome à un autre… Il y a quelque chose de reposant.
Alors qu’ironiquement, je trouve que ça va parfois un peu vite dans la résolution des péripéties. Sans pour autant trouver ça simpliste ou trop rapide ; c’est juste que j’en voudrais vraiment plus, tellement c’est bien. Pour citer une autre autrice que j’aime d’amour, je trouve qu’on se rapproche un peu de la même qualité de simplicité d’action que chez Rozenn Illiano, où à l’instar de la vie, les choses arrivent, et on fait avec. Pas de science de la narration ou de la dramaturgie trop artificielle à l’œuvre ici, ce qui se passe doit se passer, et Margaret Killjoy nous le raconte au travers de Danielle Cain. Et c’est cool. C’est cool parce que ça fait vrai, ce truc un peu tourbillonnant, ce déroulement foutraque des évènements, où tout se passe en même temps, et où il faut réussir à saisir les instants de grâce et de calme au milieu du boxon. Et il va sans dire que l’autrice les saisit extrêmement bien, sinon je ne serais pas là avec mon sourire niais.

Ouais ouais ouais, c’est très très chouette, cette histoire. Extrêmement prometteur. J’en veux plus, beaucoup plus. J’ai envie de suivre les aventures de ces personnages, j’ai envie de suivre leurs progressions, j’ai envie de lire les valeurs anarchistes de Margaret Killjoy se déployer autour de plus de problématiques, qu’elles soient purement matérialistes ou non ; elle m’a eu, c’est bon, on est parti. J’ai envie de faire des phrases pour expliquer à quel point j’aime sa démarche et une bonne partie de ses opinions.
C’est quand la suite ? Dites. C’est quand, hein ?

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “RéciFs #4 – Danielle Cain T2 – Les morts posséderont la Terre, Margaret Killjoy

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 dit :

    J’avais dû lire ton premier article trop vite, car je ne me rappelais pas que c’était une saga. Ton engouement plus grand pour cette suite me donne envie de le sortir d’autant plus vite de ma PAL. J’ai trop tendance à faire traîner les novella au profit des romans ^^!

    Aimé par 1 personne

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