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Un pays de fantômes, Margaret Killjoy

Anarchy Road – Carpenter Brut (extrait de l’album Trilogy)

Je commence doucement à croire que j’ai un réel problème de cohérence confinant à la dissonance cognitive. Y a un truc qui tourne pas rond chez moi dès qu’on parle de mes lectures et de mon rapport à ces dernières. Au point où je viens vous parler de ma lecture du jour en poussant un soupir tous les dix mots écrits ; pas tant par agacement ou énervement que par pure frustration. Une sensation qui je l’avoue, commence à salement me lasser à force d’un peu trop souvent m’assaillir ces derniers temps. Un signe qu’il faudrait peut-être reconsidérer ma façon d’aborder mes lectures, peut-être, de plus simplement lever le pied sur le rythme, éventuellement. Ou encore plus simplement, quoique injustement, une sorte de micro-malédiction, de série de malchances dans certaines de mes sélections récentes.
Peu importe, ça ne concerne que moi, finalement. Ce qui nous concerne mutuellement, c’est pourquoi Un pays de fantômes m’a laissé sur ma faim et me contraint à encore écrire une de ces chroniques que je déteste le plus rédiger : celles où je dois expliquer pourquoi c’était pas mauvais, en soi, mais pourquoi, vraiment, c’était pas ma came.

Journaliste mal vu par sa hiérarchie suite à quelques audaces malvenues, Dimos Horacki est envoyé sur le front, afin d’y écrire le portrait régulier d’un Général de l’Empire extrêmement populaire. Sur place, les ardeurs du jeune homme sont ravivées par la réalité de l’expansion colonialiste dont il est témoin, mettant à mal son professionnalisme concernant la propagande dont on le charge. Ce qui n’est en rien arrangé par la soudaine précipitation des événements l’amenant à rencontrer la population locale, les anarchistes du pays de Hron.

L’autrice comme la maison d’édition portant ce texte n’en faisant aucun mystère, au contraire, il n’y a pas eu besoin pour moi d’analyser l’œuvre comme je le fais d’habitude ou de vous livrer ça comme une découverte : dans Un pays de fantômes, on parle anarchisme. Ce qui constitue d’un côté une force claire du roman, et ce qui m’avait partiellement donné envie de le lire, parce que ce thème, malgré son âge conceptuel relativement avancé, je ne l’ai que trop peu croisé, en tout cas de façon si frontale. De ce côté là, j’ai été servi ; l’exploration faite des principaux concepts anarchistes au travers des yeux de Dimos, pur représentant d’un système impérialiste, ça fonctionne. J’ai appris quelques trucs sur l’anarchie, ses ambitions et ses moyens, au fil d’un récit suffisamment humanisé pour intriquer toutes ces idées au récit sans verser dans l’explication purement didactique. Les arguments venaient en même temps que les exemples.

Ceci étant dit, il demeure que ce roman a trop sonné comme un argumentaire pour moi au fil de sa lecture, une leçon. Que je ne sois personnellement pas spécialement réceptif au modèle anarchiste joue sans doute, mais je n’ai quand même pas pu m’empêcher de ressentir une certaine artificialité dans l’ensemble, la volonté trop marquée d’une démonstration. Et ça peut paraître contradictoire avec ce que j’ai dit juste avant, j’en conviens ; mais le fait est que malgré les efforts évidents et assez réussis de Margaret Killjoy pour inscrire son récit dans un contexte humain et humaniste, ces derniers demeurent insuffisants à mes yeux. Si j’ai beaucoup aimé la première moitié du roman, plus axée sur la rencontre entre les cultures impérialistes et anarchistes au travers des personnages les symbolisant, j’ai eu beaucoup plus de mal avec la seconde, où s’enchaînaient les présentations de systèmes internes à une anarchie prospère, manquant cruellement de liant et surtout de densité.

C’est là le nœud du problème pour moi. Ayant clairement à cœur de défendre l’anarchie et ses bienfaits, l’autrice a à mes yeux oublié de pleinement raconter son histoire. Trop de transitions sèches, de scènes coupées les unes des autres pour à chaque fois y injecter des problématiques propres à l’anarchie avec une subtilité et une efficacité variables. Malgré les beaux moments réguliers et l’humanité évidente de Margaret Killjoy, il a trop subsisté pour moi cette impression de lire un guide de voyage du joli pays de l’anarchie, ne laissant ponctuellement place à ses éventuels défauts que pour donner le change et se prémunir d’un attaque en propagande. Sauf que ça ne fonctionne pas vraiment pour moi. Encore une fois, je veux bien admettre une part de mauvaise foi ou de cynisme de ma part – que j’appellerais plutôt lucidité, ici – mais demeure que j’ai trouvé ce récit un peu trop idéalisé pour son propre bien. Un peu trop lisse, peut-être, en dépit de la volonté assez claire et louable de l’autrice de faire se dérouler son histoire dans un monde réaliste. Mais les catastrophes et tragédies, les blessures et les histoires tristes au milieu des séquences pédagogiques n’ont eu qu’une incidence limitée sur moi, sans doute parce qu’elles demeurent trop superficielles à l’échelle du roman entier. Ça manquait de chair, en somme ; j’aurais sans doute bien mieux accueilli le côté promotionnel de l’anarchie si j’avais eu plus de matière autour pour l’emballer, je crois.

Donc voilà. Frustration, encore, toujours. Je me trouve moi-même pénible, à vrai dire, à ce stade. Encore un texte prometteur à côté duquel je passe à cause de biais personnels que je trouve difficiles à valider de mon propre point de vue. Peut-être bien que je n’ai simplement pas aimé me lire partiellement dans Dimos Horacki, malgré mes convictions penchant plus clairement du côté de l’anarchie que de l’impérialisme, ne fut-ce que par un rejet plus clair encore du second que du premier. J’ai beau ne souscrire fondamentalement à aucun des deux modèles, le premier a au moins clairement ma pleine et entière sympathie ; ne pas y croire ne signifie pas que je le rejette. Peut-être aussi que lire un texte si profondément triste et mélancolique que celui-ci n’était juste pas du tout la meilleure idée pour moi, garantissant une mauvaise réception à cause du contexte seulement. Peut-être que je deviens trop difficile pour pas grand chose, sans trop m’en rendre compte. Peut-être un peu des trois, le tout en même temps, aucun des trois, allez savoir.
Demeure que je suis passé à côté, c’est comme ça. Sans doute un beau texte, en soi, juste pas pour moi, comme tant d’autres et au contraires d’encore d’autres. Je ne voudrais pas que mon avis vous influence négativement ; il y a de belles choses et de belles idées là-dedans, quoiqu’elles m’inspirent.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

6 comments on “Un pays de fantômes, Margaret Killjoy

  1. Elwyn dit :

    Jolie chronique et exercice tout de même, réussi, pour un bouquin qui n’était pas ta came. 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. L'ours inculte dit :

    Pas sur que ce soit pour moi non plus, si ça passe plus du côté argumentation politique que narration d’une histoire. C’est ce qui m’avait empêché de rentrer complètement dans la Zone du dehors de Walain

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      J’ai eu des retours croisés disant s’être attachés aux personnages, donc va savoir, je suis peut-être difficile sur ce coup-là ; je trouve juste qu’on passe pas assez de temps avec iels pour vraiment les connaître et pouvoir s’y attacher pleinement, c’est un peu trop « voici les gentils, ils sont gentils ».
      Après, j’en parle pas dans la chronique parce que c’est injuste, mais l’argument imaginaire est hyper faible dans le roman, aussi, ce qui participe sans doute à un manque de dépaysement pour moi. Tu changes les noms des pays et tu suggères l’Europe de l’Est du XVIIe/XVIIIe Siècle, ça passerait pareil.
      J’oserais m’avancer et dire que tu trouverais ça un peu trop léger toi aussi. Mais va savoir, je demeurerais curieux de savoir ce que t’en penses, si jamais.

      J’aime

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