search instagram arrow-down

Si vous ne me suivez par sur les réseaux sociaux, où je suis le plus actif, vous pouvez être prévenu.e par mail à chaque article.

Rejoignez les 137 autres abonnés

Infos Utiles

Mes réseaux

Archives

Le Temps des Cendres T3 – Clairvoyants, Rozenn Illiano

Stained & Heavy Is The Crown – Linkin Park (extraits de l’album From Zero)

Je ne fais pas preuve de beaucoup d’orgueil, en général, je crois. Si je suis partisan de l’idée qu’il faut être lucide sur ses qualités et ses défauts sans verser dans la fausse modestie ou l’auto-flagellation, reste que je ne ressens de réelle fierté qu’à propos de peu de choses, quand on en vient à parler de moi.
Et l’aspect de ma personne à propos duquel, sincèrement, j’accepte sans trop d’hésitations de me la péter, c’est ma mémoire ; elle est puissante. Et j’ai même pas besoin de le savoir moi-même, on me connait pour ça. Ma mémoire à une réputation.
Donc autant dire que quand elle me prend en défaut, cette mémoire, habituellement, c’est pas un moment très agréable. C’est à la limite du vexant. Et de fait, si ces instances sont rares, les exceptions à cette vexation le sont encore plus.
Aujourd’hui est une exception de taille.
Par un miracle que je ne m’explique pas autrement que par un tour de passe-passe de mon inconscient, j’avais oublié la majorité des enjeux et des événements de cette réécriture de romans que j’ai pourtant lus il y a moins de cinq ans, et que j’avais déjà beaucoup aimés. J’ai ainsi pu profiter de la formidable conclusion d’une déjà excellente trilogie avec une virginité d’esprit absolument inattendue.
Puisque oui, aucun suspense, encore une fois : c’est du Rozenn Illiano, c’est du très (très) bon. C’est même dans le haut d’un panier qui n’en finit pas de monter, si vous voulez mon avis.

Clairvoyants pose une question de taille : quand on a survécu à une première apocalypse et qu’on en attend une seconde et dernière, comment survivre à son annulation ? Et cette question prend encore une autre dimension quand on s’arrête deux secondes sur la définition de l’apocalypse. On peut certes y voir une « simple » fin du monde, plus subtilement la fin d’un monde, ou encore plus sournoisement, un dévoilement, un changement de paradigme radical. Et ce qui est beau, dans un roman tel que celui-là, c’est que toutes ces définitions sont valables à différentes échelles, tout en se confrontant sans cesse les unes aux autres. Pour notre héros Oxyde comme pour les habitant·e·s de Town ou pour les néphilistes qui constituent leurs principaux antagonistes maintenant que le Ciel a été refermé, l’apocalypse, fût-elle passée, présente ou future, représente autant un objectif qu’une menace ou une promesse, dans des proportions variées.
Et rien que cette présentation des enjeux de ce dernier tome du Temps des Cendres, à mes yeux, représente la phénoménale richesse du travail de Rozenn Illiano, au delà même des toutes les considérations premières qui m’importent usuellement à la lecture d’un roman. On pourra reparler de ses extraordinaires personnages, de leurs dynamiques exceptionnelles et de la profondeur émotionnelle qu’on atteint là-dedans, comme je le fais à chaque fois. Mais ce qui m’a vraiment mis une claque ici, c’est bien la complexité incroyable de l’intrication conceptuelle à laquelle parvient l’autrice. On peut lire ce roman sur tellement de niveaux que ça me file un certain vertige. Tout y est métaphore ou ne l’est pas : c’est au choix du lectorat. On peut autant s’accrocher au concret de la magie qu’y voir une allégorie au long cours de nos luttes intimes, sans que jamais les différents sens ne s’accrochent ou se gênent ; les échos se fusionnent et se répondent en permanence, dans un flux merveilleux.

Alors oui, bon, d’accord, sans doute que je manque d’objectivité et que j’ai un amour immodéré des hyperboles, à ce stade, je ne vous apprends rien. Mais n’empêche que c’est fort, pour ne pas dire immensément balaise de réussir à tenir un tel cast d’une telle densité et d’une telle cohérence humaine et organique sur un tel volume, avec autant de fêlures et de difficultés ; sans jamais sombrer dans le moindre misérabilisme et la moindre chouinerie, surtout quand les circonstances post-post-apocalyptique sont aussi dures et littéralement extraordinaires. C’est sans doute ça aussi qui m’impressionne autant, à force : les persos de Rozenn Illiano en prennent plein la gueule en permanence, mais ils sont tellement vivants et résilients, dans des proportions si bien équilibrées, qu’on ne voit jamais les coutures du récit. Et du coup, qu’ils pleurent, qu’ils rient, qu’ils ragent, on est toujours avec eux, au plus près, et rien ne semble en trop ou insuffisant. Au contraire, on vit – en tout cas JE vis – le truc à fond. Dès lors, il n’est qu’à moitié question de la moindre analyse ou du questionnement des enjeux et de leurs significations profondes : on veut aller au bout, autant pour savoir comment ça va se passer que juste « est-ce que ça va aller pour mes chouchous ? ». Et je peux vous assurer : si c’est votre came, ces bouquins, des chouchous vous allez en avoir un paquet. Parce que je peux tourner autour du pot et faire des phrases autant que je veux pour délayer l’inévitable, la finalité sera toujours la même pour moi quand il s’agit de parler du travail de mon autrice de coeur : ses personnages sont exceptionnels de souffle et de puissance évocatrice. Leurs dialogues sont impeccables, leurs psychologies sont parfaites, et leurs dynamiques interpersonnelles, tout pareil. Et forcément, vous mélangez ça à une bonne histoire : ça fait un putain de banger littéraire.

Je ne sais plus quoi dire qui ne sonne pas comme une évidence un peu bête ou une redite salement redondante. Le Temps des Cendres était déjà une bonne trilogie avant même d’être conclue, elle devient scandaleusement excellente avec sa conclusion. Cette réécriture est une démonstration éclatante de la maturation d’une autrice d’exception au sommet de son art, et je pèse mes mots. Cette histoire aurait pu n’être qu’une très bonne histoire d’urban fantasy post apocalyptique avec des twists génériques suffisamment singuliers pour être originaux, mais au travers de son travail d’écriture et de cisèlement de ses personnages, elle touche au sublime. Rozenn Illiano, par le truchement de son exigence et de sa sincérité, est parvenue à m’attacher au long cours à des gens qui n’existent pas dans des dimensions qui me sont personnellement quasi inédites : les gens qui savent faire ça se comptent sur les doigts d’une main. S’il devait y avoir un panthéon dans mon panthéon, elle en serait, et pas la dernière.
Allez, j’en ai assez fait. C’était absolument formidable, de bout en bout.
Oxyde forever, que ce rêve littéraire n’en finisse jamais.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Le Temps des Cendres T3 – Clairvoyants, Rozenn Illiano

  1. « des chouchous vous allez en avoir un paquet » => Mais ya qu’un Chester

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Laird Fumble Laird Fumble dit :

      Oui mais y a aussi un Glenn, un Oxyde, une Nana, Une Samira…

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire
Your email address will not be published. Required fields are marked *