
Player 1 – Kardi(카디)
Hated – Yungblud
L’objectif principal de cet été, c’était de boucler des trucs. Aller au bout de certains projets, de certaines séries littéraires, histoire de me tranquiliser un peu, de gagner en sérénité, pour arrêter de me mettre la pression.
Et aussi, de me donner une excuse pour simplement me faire plaisir, aussi. Puisque après un premier tome prometteur et une suite explosive, bien que déroutante de prime abord, le troisième volume dont il est question aujourd’hui avait fort à faire pour tenir la ligne qualitative jusqu’ici fort solidement tenue par son autrice.
On va pas trainer outre mesure : le contrat est, à mes yeux, rempli. Et bien rempli. Même si…
Roh, je pinaille, c’est plus fort que moi, c’est presque un running gag qui ne fait rire que moi, à force ; mais avant d’enchaîner les constats assez évidents et les compliments qui le sont un peu moins, je dois quand même admettre que j’ai trouvé à cette révélation de l’oracle un p’tit arrière goût de rush. Si j’apprécie toujours autant la volonté remarquable et intelligente de Myriam Savary de vouloir inscrire son histoire dans le temps long, à force d’ellipses bienvenues et de délais logistiques inspirés, j’ai quand même eu la vague impression, ici, qu’il a fallu faire tenir deux tomes en un. C’est le souci inhérent à une certaine ambition narrative, j’imagine : plus on en met au départ, plus il faut en mettre à l’arrivée pour que les boucles soient bien bouclées. Et là, bon, l’ensemble a beau très bien se tenir et ne rien laisser dans une ombre regrettable, je dois aussi dire que j’ai ressenti une forme de frustration dans la façon dont l’autrice a raconté tout ce qu’elle avait à raconter dans ce tome, ce dernier étant d’ailleurs divisé en deux parties, me laissant subodorer qu’une tétralogie lui aurait permis d’encore plus prendre son temps pour bien approfondir ses personnages, leurs relations, leurs péripéties, et tout ce que cela suggère dans les interstices invisibles. Mais c’est presque pas un reproche, au final, j’ai le sentiment que c’est avant tout un choix éditorial qui a amené à ce relatif resserrement des enjeux, précipitant sans doute quelques bouleversements dans le fil de l’intrigue : ce n’est pas qu’ils arrivent trop vite ou ne sont pas justifiés, c’est juste que j’en aurais pris encore plus pour que tout ça prenne l’ampleur que ça méritait et que l’autrice voulait sans doute y injecter, à l’image de ses deux premiers tomes.
Quoique je dis ça, mais d’une certaine manière, je pense aussi que ce côté très dense profite pas mal au roman et à cette conclusion, parce que ç’a contraint Myriam Savary à un truc qui parfois me manque en littérature : une forme de simplicité. Alors évidemment, on a encore droit à pas mal de scènes d’anthologie, à des péripéties super cools, à des personnages attachants qui font des trucs super, et des enjeux titanesques qui claquent ; mais faute de pouvoir trop verser dans le pyrotechnique, l’autrice a fait le choix ponctuel d’une certaine brutalité frontale assez rafraichissante. Face à certains évènements aux implications essentielles, plutôt que de multiplier des effets de manche et des brouillages de pistes qui auraient sans doute été usants au long des 937 pages – tout de même – de ce dernier volume, Myriam Savary se contente de… nous dire ce qui se passe quand ça se passe, comme ça se passe. Et c’est super, parce que comme elle joue énormément avec les points de vue de ses personnages, instillant une bonne dose d’ironie dramatique au fil de leurs aventures croisées et décroisées, des fois, il se passe un truc dont on avait complètement oublié la possibilité, d’un coup, comme ça, parce que l’instant est propice. Cette autrice est décidemment très forte pour installer un rythme tranquille, nous installer dans un certain confort, où les choses avancent d’une certaine manière, nous habituant à un certain état de fait, nous laissant croire qu’il a toutes les raisons de durer à l’horizon de ce qu’on sait, pour d’un coup nous mettre un taquet et nous rappeler que non, certainement pas, on est pas là pour se prélasser. Alors bon, oui, après La naissance de Caliera, j’ai appris à me méfier un peu, à rester sur mes gardes, mais ça n’a fait que renforcer mon envie d’avancer, ma vigilance nourrissant mon plaisir, avec le double twist pas banal d’être content quand un renversement de situation assez évident ou attendu ne venait finalement pas, chassé par un autre, ou plus simplement encore, par une grosse gifle assenée par le principe de réalité. Ce qui, il faut bien le dire, dans une saga de YA de Space Fantasy, est assez cocasse.
Ce dernier tome réussit donc à très bien à atteindre le sacro-saint équilibre entre renouvèlement des enjeux et des environnements de son histoire tout en maintenant une réelle et solide continuité avec tout ce qu’il a raconté dans ses tomes précédents. Et puis surtout, à livrer tout ce qu’il avait promis et sous-entendu jusque là, sans se trahir ni se dédire, en ménageant çà et là quelques excellentes surprises. Ne serait-ce que parce que je suis allé jusqu’au bout avec grand plaisir et une curiosité sans cesse renouvelée, cette trilogie des Syyrs ne peut pas être à mes yeux considérée autrement que comme une très bonne trilogie. Et ça fait plaisir. Voilà.
Conceptuellement, c’est stylé, narrativement, c’est solide, humainement c’est cool : littérairement, c’est efficace. Pif paf pouf, c’est de la bonne, c’est comme ça qu’on fait. De la personnalité, de l’ambition, et tout ce qu’il faut derrière pour que ça tienne debout. Le genre de bouquins qui fait tellement et sobrement bien le job qu’on pourrait croire que c’est facile d’écrire de bonnes choses comme ça (Alors que non, mdr).
Moi content.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

Encore une belle chronique qui donne envie ! Je vais regarder si je le trouve dans ma médiathèque…
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