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Des perles pour des truies, Maeve Spiral

weapon – Against The Current

Dans un paysage éditorial parfois un brin monotone ou du moins prévisible, il est particulièrement agréable de voir passer de temps en temps des surprises qui font complètement plaisir. Si ça n’avait été qu’une nouvelle collection de novellas, j’aurais juste dit « chouette ! » et me serais probablement porté acquéreur des premières itérations sous un délai raisonnable, sans en faire des caisses : après tout, le format court, pour ses qualités économiques en temps et en argent, avec la conjecture actuelle, a fort logiquement le vent en poupe.
Sauf que la collection Nagori dont nous parlons ici a su me convaincre d’être un peu plus enthousiaste sur la base de promesses que je trouve particulièrement réjouissantes. La première et la plus évidente, c’est Melchior Ascaride aux couvertures : j’adore son travail, donc ça fait très plaisir de le retrouver. La deuxième et moins prévisible, c’est le fait que les toutes premières sorties de la collection sont signées de primo-auteurices – où du moins, considérant ma culture limitée – d’auteurices pas encore établi·e·s dans le paysage imaginaire ; francophones qui plus est. Je trouve ça super, je trouve qu’on manque clairement de maisons qui donnent leurs chances à des gens qui débutent ou qui galèrent à se faire une place dans un paysage qui parfois donne le triste sentiment d’être saturé.
Donc voilà, je n’ai pas perdu de temps à demander les SP des premières sorties, voulant participer à ma manière à l’essor de la collection et des noms qui vont aider à l’installer. En espérant mesquinement mais sans trop de crainte que les textes soient à la hauteur de mon optimisme.
Trêve de suspense : ça commence bien avec ce Des perles pour des truies.

Comme d’habitude quand une comparaison me saute au visage très tôt, je me dois de l’évacuer aussi tôt que possible pour pouvoir me concentrer sur l’essentiel par la suite : il y a dans ce court récit de crapule fantasy beaucoup de similitudes conceptuelles et thématiques avec Les Chevaliers du Tintamarre. Le trio de pieds nickelés en quête du gros coup qui leur permettra de renverser leur destin, de passer de la ville basse à la ville haute d’une cité portuaire, de quitter la crasse pour les dorures, je ne pouvais pas ne pas y penser. Fort heureusement, comme à chaque fois ou presque qu’une des évocations de ce genre me viennent, je peux la contrebalancer par l’assurance complète que les similitudes s’arrêtent à l’expression des plus petits communs dénominateurs de leurs prémisses ; ces deux histoires ne racontent pas les mêmes choses de la même manière, et certainement pas avec les mêmes ambitions.

Déjà, on a clairement une héroïne et ses deux comparses, et cette héroïne confère à cette histoire une grande partie de son charme et de sa singularité ; elle qui répond au doux nom de Pervenche mais qui nous est basiquement présentée comme une montagne à visage humain aurait pu très facilement tomber dans l’écueil d’une « fille qui n’est pas comme toutes les autres ». Or, Maeve Spiral nous en fait un portrait que je trouve fort bien nuancé et complexe, parvenant à osciller entre les spécificités physiques et plus émotionnelles du personnage d’une manière qui lui confère un vrai souffle, portant beaucoup des meilleures séquences du texte à bout de bras.
Et dans la logique continuité de cette réussite, l’autrice nous livre une chouette tranche de vie dans un contexte qu’on devine plus qu’on ne l’appréhende, mais qui respire quand même assez organiquement, notamment grâce à des dialogues ciselés et des dynamiques interpersonnelles relativement fouillées pour un volume final assez restreint. Si je devais prêter une qualité majeure à ce récit, c’est son efficacité ; on relie les points de l’intrigue avec diligence en ne faisant que les détours nécessaires à étoffer les personnalités des rouages de la mécanique générale, sans aucun temps mort. En des termes plus basiques : ça se lit tout seul.

Alors certes, sur une note un peu plus personnelle, je trouve au final que le récit manque peut-être quand même d’un peu de chair ; j’en aurais volontiers pris un peu plus. Si l’intrigue est bien ficelée, entre foreshadowing de bon aloi et une structure solide, avec suffisamment d’indices et de cohérence d’ensemble pour reboucler le récit sur lui-même d’une façon vraiment cool, je trouve la chute un poil précipitée et manquant un chouïa de subtilité à l’aune du reste du texte. Mais c’est sans doute à mettre en lien avec des préférences morales qui tiennent surtout à moi, et qui ne viennent pas frontalement jurer avec la direction promise et prise par ce qu’a choisi de raconter l’autrice. On retrouve peut-être là dedans ce que j’avais semi reproché à Blood over Bright Haven il y a quelques semaines, sans vouloir trop en dire ; une radicalité à laquelle je ne goûte que peu dans une perspective socio-politique, mais à laquelle je ne peux pas non plus trop faire de procès sans douter de mes propres valeurs. Le fait est qu’au delà de l’aventure aux accents pulps racontée par Maeve Spiral, on trouve quand même un goût de féminisme énervé allié à un constat sur la sempiternelle lutte des classes que je ne peux pas décemment renier.

Le mot qui me vient spontanément pour qualifier cette première entrée dans la collection Nagori, c’est : prometteur.
Primo-texte oblige, en dépit de la maîtrise indubitable dont témoigne cette novella, je dirais quand même que ça manque un poil d’ampleur pour pleinement me convaincre, au delà de me séduire. L’univers dépeint en creux est chouette, mais pas assez développé pour que j’en saisisse suffisamment de ramifications, tout comme l’intrigue et ses implications sur les personnages sont fonctionnelles et réussies, mais ne vont probablement pas assez loin pour saisir toutes les possibilités qu’elles suggèrent. Typiquement le genre de récit dont je ressors pas complètement rassasié mais avec la conviction que le nom sur la couverture n’a besoin que de se remettre à l’ouvrage pour me faire exprimer un total enthousiasme à l’avenir.
Que ce soit donc dans cette même collection où dans un autre bouquin estampillé ActuSF – ou autre – je suis certain de chercher à me porter acquéreur de la prochaine production signée de Maeve Spiral.
Et c’est, quelque part, tout ce que je pouvais raisonnablement demander. Et j’en suis très content.
Rendez-vous est donc pris.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Des perles pour des truies, Maeve Spiral

  1. Avatar de Jean-Yves Jean-Yves dit :

    J’ai abandonné les Chevaliers du tintamarre à la 12e blague à base de « pute » et « ta mère ». J’ai trouvé que Des perles était justement le texte qui lui mettait une droite par sa finesse et justesse. J’ai adoré Pervenche !

    Aimé par 1 personne

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