
maybe – mgk & Bring Me The Horizon (extrait de l’album Mainstream Sellout)
Et que voilà déjà la deuxième itération de la collection Nagori, comme le temps file !
Pas besoin de vous refaire le topo que je vous ai fait il y a deux jours avec son comparse Des perles pour des truies ; si j’ai reçu les deux ouvrages en même temps, c’est évidemment pour les exactes mêmes raisons, nul besoin de m’étendre plus que nécessaire.
Alors si c’est pareil pour vous, on va directement se mettre au boulot, pour vous expliquer aussi précisément que possible pourquoi malheureusement, avec ce texte là, je ne peux pas exprimer le même enthousiasme. De fait, si je loue les efforts consentis par Jonathan Brychcy, leurs résultats se rangent dans la catégorie « vraiment pas ma came » de mes chroniques.
Procédons.
Tout part des choix opérés pour faire vivre le concept central de cette novella, qui, sincèrement, a de la gueule. Cet univers de high/dark fantasy, où le choix de læ monarque en cours se fait systématiquement à la suite de ce qu’on appelle la Nuit Souveraine, élu·e directement par la lumière de la Déesse, dernière des Immuables, et dès lors investi·e du pouvoir d’influer sur la vie entière de son royaume au gré de ses simples humeurs : je trouve que ça marche super bien. Allégorie de la toute puissance de la monarchie de Droit Divin incarné jusque dans la capacité injuste de faire pleuvoir sur un territoire entier à cause d’un sentiment de tristesse où de maintenir le beau temps grâce au bonheur, y a un truc indéniable à creuser, symboliquement parlant. Et si on ajoute à ça une romance gay entre le roi fraîchement désigné et son garde royal, qui nous servira de narrateur pour l’essentiel du récit ; je trouve que ça vise un secteur trop rare de la fantasy, avec cette représentation frontale et dénuée de problématique homophobe intra diégétique. C’est important, ça change : c’est chouette.
C’est pour le reste que ça coince, de mon côté.
Le premier point, sans doute le plus personnel et le plus mesquin, c’est du côté de la représentation de l’amour entre le roi et son garde. Ironiquement, je trouve que ça manque de chair. On touche vite à une vision de l’amour que je trouve surannée et trop sacralisante, à base de coup de foudre et de passion transcendantale, presque tragique. Notre couple central est l’image même de la co-dépendance dichotomique, ne pouvant amener qu’à deux conclusions : la destruction mutuelle assurée ou la consumation passionnelle. Et si on ajoute à ça un plus gros problème à mes yeux, à savoir la représentation de cet amour uniquement à travers l’acte sexuel dénué du moindre moment de tendresse ou de simple complicité, ça sonne très vite faux et j’ai du mal à y croire.
De fait, si le récit est – assez intelligemment, je trouve – construit en parallèle, avec deux lignes temporelles se répondant l’une à l’autre, nous livrant d’un côté les premiers temps de la relation et de l’autre un après nébuleux dont on ignore une partie des causes, la première partie du texte consiste basiquement en un enchaînement assez cru de scènes de cul – pardon my french – aux implications simplistes et assez répétitives, pour ne pas dire vulgaires. Ce qui passerait encore, même pour mon côté un brin pudibond considérant la chose en littérature, si lesdits accès de vulgarité ne venaient pas particulièrement jurer avec le style très maniéré et débordant de panache choisi par l’auteur.
Ce qui nous amène au deuxième point, sans nul doute bien plus sérieux à mes yeux : j’ai trop souvent eu le sentiment, au fil de ma lecture, particulièrement dans sa deuxième partie, de lire une histoire qui avait bien trop conscience d’être une histoire. Et tonalement comme thématiquement, ça fait que la novella de Jonathan Brychcy, elle a un peu le cul entre deux chaises, pour moi ; elle m’a donné l’impression de ne pas trop savoir si elle voulait écrire une histoire de fantasy qui était l’allégorie d’une histoire d’amour, ou une histoire d’amour qui était l’allégorie d’une histoire de fantasy. Je ne saurais dire si c’est à cause d’un manque de confiance en son propre récit ou en son lectorat pour comprendre le fonds de l’affaire, toujours est il que l’auteur nous assène de façon assez insistante les mêmes formules, les mêmes images, tout au long du parcours de son héros. Et c’est un brin pénible, il faut bien l’admettre ; surtout quand c’est fait avec un rythme très haché. À base de phrases courtes. Très courtes. Voire de simples mots. Qui s’enchaînent. Encore. Et encore.
Le pire, c’est que je comprends l’idée, hein ! Et j’aurais pu faire abstraction de ce choix stylistique relativement efficace, après tout, puisqu’il rend très bien compte de l’état d’esprit obsessionnel du protagoniste : il tourne en rond sur les mêmes questionnements, les mêmes regrets, déterminé qu’il est à trouver une réponse à son unique problème. Logiquement, le récit qui découle de sa perspective fait la même chose. Mais la nature de ce problème étant extrêmement claire et manquant à mes yeux des nuances et de la complexité nécessaire à un bon dilemme littéraire, ses itérations en deviennent assez vite très stérile, et on a juste envie que ça avance, une bonne fois pour toutes.
Et quand la fin arrive, ayant trop traîné en route sans – paradoxalement – s’accorder les détours nécessaires à l’ampleur qu’aurait dû nécessiter une telle histoire et la morale à laquelle elle prétend, elle fait un peu pétard mouillé.
En bref, c’est dommage. Si je salue sincèrement l’audace de certains partis pris par Jonathan Brychcy, je dois bien admettre que je suis resté bien trop extérieur à son histoire et à ses ambitions. Mon intuition me conduirait à penser que c’est d’abord et avant tout dû au fait que nos conceptions de l’amour et de tout ses satellites conceptuels sont diamétralement opposés ; même dans ce domaine, mon côté analytique, se méfiant par principe d’une passion trop dévorante, fait que je refuse une incarnation aussi mortifère et auto destructrice d’un sentiment merveilleux que je refuse de considérer autrement que comme un cadeau, à partager ou non, parfois immuable et parfois éphémère. À l’image du côté un peu trop meta-malgré-lui de ce texte, qui se regarde parfois un peu écrire au nom de sa conception évanescente du plus vieux sentiment du monde, j’ai été mis à distance de ce qu’il racontait par ma propre expérience. Ayant cru vivre ce que l’auteur a voulu représenter, et en étant d’une certaine manière revenu, j’avoue avoir lu tout ça avec la regrettable mais inévitable touche de cynisme qui peut parfois corrompre le regard qu’un adulte posera sur une amourette adolescente ; toute la passion du monde ne peut pas survivre à la réalité du monde.
J’ai bien conscience que c’est pas très joyeux, mais y a des fois où c’est comme ça, on est juste pas en phase du tout avec ce qu’on lit, en dépit de tous nos efforts. Voilà voilà.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

Faut encore que je rédige mon avis, mais complètement d’accord sur l’amour représenté, qui se résume à « Oh qu’il a de bo zyeux » et « on fait du seske ». C’est léger. Il n’y a pas de vécu, de complicité.Et l’écriture archi-poétique et fleurie en plus, ça m’a perdu
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Sincèrement, je me suis retenu de résumer leur relation à : « ça va, on baise. Ça va pas, on baise plus fort. »
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