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Nécropolitains, Rodolphe Casso

Where The Devil Don’t Go – Elle King (Extrait de l’album Love Stuff)

Il y a certains ouvrages dont on sait d’emblée qu’on va vivre une belle histoire avec eux. Une sensation, comme une soudaine certitude, une émotion étrange, sans réel fondement autre qu’un frétillement de l’âme. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai pu passer l’annonce du roman des 10 ans de CRITIC. Et il faut bien dire que les étoiles étaient alignées pour favoriser l’excitation. Outre la foi des éditeurs dans leur nouveau-né, l’idée de voir naître une suite à PariZ avait tout pour me séduire. (chronique pour le prouver : Ici )
Sans compter sur la couverture d’Aurélien Police, toujours une solution sûre pour me donner envie d’avoir un livre entre les mains (chers éditeurs de France, vous savez ce qu’il vous reste à faire).
Enfin voilà, le cadeau de Noël de moi-à-moi étant fait, il restait à le lire pour confirmer l’impression et rassurer mon instinct de lecteur sur le bien-fondé des signaux qu’il m’envoyait. Voilà qui est fait. Autant dire que je n’ai pas été déçu.

Un an après la pandémie décrite dans PariZ, Rodolphe Casso nous convie cette fois ci à suivre le parcours de Franck Masson, militaire désœuvré mais pas encore démoralisé, enfermé dans la base aérienne de Taverny avec certains de ses coéquipiers, survivant tant bien que mal, à l’abri du mal qui a détruit l’extérieur. Seulement voilà, les satellites fonctionnent encore, et ils ont repéré trois communautés de survivants qui ont réussi à s’organiser dans Paris. Le Capitaine Masson est chargé par son général de se rendre sur place pour rencontrer et étudier ces communautés afin d’en apprendre le plus possible sur la vie après l’apocalypse.

Tellement de bien à dire sur ce roman.
Pour commencer, Franck Masson. Un personnage complexe et riche, dont la principale qualité est, paradoxalement, de ne pas être totalement appréciable au premier abord. Bien que ceci puisse s’expliquer par une éventuelle incompatibilité d’humeurs toute personnelle entre lui et moi, il faut bien dire qu’avoir un héros très rugueux mais moderne dans les réflexions qu’il peut susciter, tant par ses pensées que par son rapport au monde, c’est quelque chose de très rafraîchissant. D’autant que dans la galerie de personnages secondaires, tous plus savoureux et colorés les uns que les autres, qu’il est amené à côtoyer, il y a matière à réflexion. L’intérêt principal du roman est là à mes yeux ; le rapport au monde d’un homme dont les repères sont tombés avec la civilisation, et qui doit les reconstruire au contact des autres, et donc se reconstruire par la même occasion. J’en veux pour preuve le fait que notre héros passe la moitié de son temps à souffrir de blessures tant physiques que mentales, repoussant sans cesse ses limites pour mener à bien sa mission.
Nous suivons Franck Masson et ses atermoiements dans son parcours dans un Paris ravagé, symbole d’un monde qui n’existe plus et qui ne peut plus exister, où tout est à réinventer. On retrouve une partie de la réflexion de PariZ, où les marginaux d’hier sont les leaders d’aujourd’hui, où les vieux codes ne sont plus que des obstacles à la survie, où la hiérarchie des compétence est totalement redistribuée.Où, bien que la résilience demeure vitale, l’humanité, la conscience des autres reprennent une place de choix qu’elles n’auraient probablement jamais du perdre.

Par ailleurs, comme dans PariZ, la Ville-Lumière, éteinte par la mort, poisseuse, crade et dangereuse est une merveille d’évocation par les mots. L’auteur avait montré qu’il était doué avec son premier roman, il démontre qu’il a encore progressé dans le deuxième. Il creuse encore l’idée des mécaniques nouvelles d’un environnement nouveau, où les règles ont changé pour tout le monde ; Zombies, chiens, adultes, enfants…
Le rythme est parfaitement soutenu, alternant extrêmement habilement entre le parcours du Capitaine et ses péripéties, ses conflits, intérieurs ou non, et de courts portraits de certains des personnages secondaires dont les trajectoires sont amenés à croiser la sienne. Mention très spéciale aux évocations en filigrane de personnalités très parlantes. Et un clin d’œil tout personnel au beau moment de rire que j’ai eu seul en effectuant une recherche sur un événement qui aurait eu lieu en 1992.
L’intrigue n’est pas en reste, faisant la part belle aux rapports humains, toujours soutenus par une plume précise, surtout au niveau des dialogues, qui font systématiquement mouche, avec une oralité maîtrisée qui ne gâche pas la qualité de la plume dans la narration mais au contraire magnifie les instants les plus lyriques et grave certains très beaux instants et nous donne de très jolies images à graver dans la mémoire. Et d’autres beaucoup moins jolies, qu’on aimerait oublier, parce que ça reste une pandémie zombifiante, mais on sait à quoi on s’attaque, donc on n’a pas vraiment le droit de se plaindre.

A noter tout de même que Nécropolitains fait surtout la part belle aux humains, et que les zombies sont en grande partie relégués à l’arrière-plan, comme un moteur invisible de l’intrigue générale, plutôt que comme un élément de cette dernière. Etant donné que j’ai toujours considéré le thème des zombies comme historiquement politique, cela est tout le contraire d’un problème pour moi, mais si vous vous attendez à de la barbaque et du gore, autant dire que ce n’est pas le cœur du propos. On a le droit à du sang, des larmes et de la sueur, mais jamais gratuitement. Tout cela est au service d’un gigantesque travail de rappel à notre réalité, de construction de ce miroir déformant qui m’est cher. Nécropolitains est au service d’une grande ambition, celle de nous amener à nous demander ce que nous ferions dans des circonstances similaires. Au fond, remplacez les zombies par une autre menace de la même ampleur, et voyez ce qui reste de notre civilisation, de ces damnées valeurs qui semblent nous être si chères. Voyez si lorsque votre survie, même votre simple mode de vie est en jeu, vous serez capable de respecter toutes ces règles qui sont censés faire de vous un être civilisé.

Rodolphe Casso mène très habilement sa barque dans des méandres tortueux et terriblement risqués, à l’instar de son personnage principal, sans cesse au bord d’une chute qui pourrait être fatale, aborde des thèmes complexes et ne frémit pas devant l’enjeu. Et ne frémissant pas, il fait preuve d’une foi admirable en son propos de fonds, suscitant de saines interrogations chez son lecteur, de grandes émotions et toujours, un très grand plaisir de lecture, ce qui malgré tout, il faut bien l’admettre, reste l’essentiel.
Comme je l’ai déjà dit, il me semble que le thème des Zombies n’a pas été creusé autant que d’autres dans le grand genre de l’Imaginaire, mais qu’il a vite souffert que certaines œuvres s’érigent en canons et éclipsent les tentatives de faire autre chose. Personnellement, j’aimerais que Nécropolitains puisse s’élever aux côtés de certaines de ces œuvres dans la culture pop, parce qu’il montre une autre voie nouvelle dans le traitement de ce thème.
Parce que bordel, qu’est ce que c’était bien.

Au plaisir de vous recroiser,
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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