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Ni d’Eve ni des dents – Episode 4

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Fin de Soirée

J’avais prévu d’enchaîner directement et d’expliquer la situation, mais j’ai justement été interrompu par Francis.
Donc. Francis.
Francis a 43 ans, il est chef d’entreprise. (Ses mots, pas les miens.) Francis est quelqu’un d’important, du moins il aime à le répéter. Francis pense que le monde lui appartient. Francis pense qu’un costard fait l’homme. Francis semble porter le sien depuis 17 jours mais ne semble pas considérer ceci comme un problème.
Petite précision. J’ai spécifié que je ne voulais pas indiquer quoi que ce soit dans ce carnet qui puisse me fâcher avec quelqu’un. Je rectifie. Je ne veux rien dire qui puisse me fâcher avec Fanny. Je me bornerais à dire de Fanny qu’elle est une camarade de survie exemplaire, et que si nous nous étions connu avant l’Évacuation, j’aurais sans doute pu devenir ami avec elle.
Francis peut aller se faire cuire le cul avec un réchaud à gaz.
Mais la douleur m’égare.
Quand nous sommes rentrés de notre expédition dans la Z.I, en milieu d’après midi, nous avons remarqué que la porte de notre bâtiment était grande ouverte. Nous avons couru à l’intérieur, impatient de rencontrer la ou les personnes qui avaient suivi le vague balisage que nous avions installé dans les environs du lotissement pour d’éventuels autres oubliés de l’évacuation.
Et donc nous sommes tombés sur Francis, qui avait cassé le cadenas du garde-manger et était en train de se gaver de sa troisième boîte de saucisses lentilles. Lorsqu’il nous a vu arriver, il a braqué sur nous son pied de biche et a commencé à nous menacer de nous péter la gueule si on le laissait pas partir avec tout un stock de nourriture. Il avait l’air complètement terrorisé.
On n’a pas pu s’empêcher d’exploser de rire, Fanny et moi. Pas seulement à cause de sa braguette ouverte, mais parce qu’on a été saisis par la violence de sa bêtise.
On a discuté, vite fait, on lui a pardonné ses excès et on lui a proposé de s’installer avec nous. Il a mis un temps fou à accepter la simple idée qu’on puisse bien vouloir l’accueillir et partager avec lui le fruit de nos pillages dans le coin, comme si il n’y avait aucune autre solution que de tous devenir des Mad Max en puissance. Il a fini par se calmer, on lui a fait comprendre l’intérêt du rationnement, on lui a fait promettre de se calmer un peu et de nous rejoindre dans nos futures expéditions. Sur ces bases là, à ce moment là, pendant… deux petites heures, tout allait bien avec lui. Il nous a même donné quelques infos sur l’évacuation.
Il revenait d’un rendez-vous pro dans une ville voisine quand il a été arrêté par un barrage de l’armée, sur les coups de 20h30 selon lui. Aucune info supplémentaire, tous les accès étaient interdits et aucun renseignement ne pouvait lui être fourni autre que le danger d’une grosse manœuvre en cours et que tout le monde était évacué et que personne ne pouvait rentrer. D’après lui, des colonnes entières de camions faisaient des navettes pendant toute la soirée.
Mais il ne voulait rien savoir, alors il a coupé par la forêt avec son SUV (qui est surpris?) pour rentrer chez lui, pour être sûr de rien se faire faucher par un bougnoule (ses mots, pas les miens)… Dans la panique, il a oublié de faire le plein, il a fini son chemin à quelques kilomètres de sa maison, en panne sèche.
Il a fini par la rejoindre à pied, faire ses petites affaires dont il n’a pas voulu nous parler, et il est resté terré chez lui pendant 15 jours. Avec l’électricité. Et l’eau courante. Puis il a fini par partir parce qu’il n’avait plus rien à manger.
Plusieurs choses à noter ici. Tout d’abord, l’eau courante et l’électricité ne sont pas coupées partout. Ce qui explique la possibilité de l’explosion dans la Z.I à laquelle nous avions totalement oublié de réfléchir. Fanny et moi sommes d’accord pour songer à chercher un endroit de la ville où cela est encore possible pour s’y installer au plus tôt. (Une douche chaude bordel.)
Ensuite, Francis semble être incapable de faire grand chose tout seul. Si jamais vous vous posez la question, avec ce que je viens d’écrire, non, Francis ne s’est pas beaucoup changé pendant 15 jours. Parce que selon lui il faut rester présentable pour les secours. Je vous jure. Et en effet, Francis n’a pas songé à aller chercher des ressources autour de chez lui ou à faire appel au moindre bon sens. Oui, Francis est un boulet.
Et cela fait donc 5 jours que Francis nous pourrit la vie.
Il mange sans compter malgré nos remontrances, ne fait attention à rien, répète sans cesse que de toute façon on va tous crever, il en profite pour faire des avances crasses à Fanny qui perd de plus en plus patience et commence même à craindre le pire quand elle va se coucher.
Il reste tout le temps à proximité de nous, ne nous laisse jamais de temps ou d’espace, nous demande sans cesse de faire des trucs pour lui qu’il a la flemme de faire lui même. Et comme ces trucs sont systématiquement importants pour notre confort ou juste notre santé mentale et qu’on ne peut le forcer à rien, on doit le faire nous même. L’enfer c’est les autres. Ou Francis.
J’ai enfin pu prendre un peu de temps ce soir pour écrire à la lueur des bougies, puisque ce gros con est en train de dormir, à cuver son alcool, après m’avoir demandé tout à l’heure – la raison de ma pause – où est ce qu’on planquait la vodka. On n’en a pas mais il n’a pas voulu me croire pendant un quart d’heure.
On ne pensait pas que ce mec serait une telle plaie. On s’aménage des planques, des petits secrets de fonctionnement tous les deux, mais ça ne sera jamais suffisant pour suffisamment atténuer la pénibilité de la vie en commun avec ce trou de balle. On a bien songé à se barrer, mais on a tout stocké ici, et même avec son rythme d’abruti, on en a encore pour facilement deux semaines, on peut pas se permettre de tirer un trait là dessus. Faut qu’on essaie de l’éduquer, d’une façon ou d’une autre.
En attendant, je vais sûrement essayer de me mettre à la méditation transcendantale histoire d’éviter de lui faire avaler son pied de biche. Ou je m’y mettrais après. Mon cœur balance.

Jour 18
Début de Matinée

Je me rends compte qu’en dehors de me plaindre, je n’ai pas écrit grand chose d’intéressant sur ce qui s’est passé ces derniers jours. En vrai, pas grand chose à signaler. Francis ne nous aide pas, il refuse également de nous dire où est sa baraque, donc aucune idée du quartier en question où on pourrait avoir de l’électricité et de l’eau courante, qui ne devrait pas tarder à lâcher chez nous d’ailleurs, en témoigne l’odeur d’égouts qui commence à se faire un peu plus insistante chaque jour. On avance bien sur le balisage à destination d’éventuels autres Oubliés (on a décidé de se baptiser comme ça), on continue à fouiner un peu partout, on se fait un plan plus précis, on précise où on a tout vidé, on se fait un stock d’outils… On a même commencé à constituer un tas de compost, un peu plus loin, dans le parc du campus ! On sait jamais.
On songe à retourner du côté de la Z.I pour voir si l’électricité y est toujours, puisque on n’a pas songé à vérifier la première fois, trop certains qu’elle n’y était pas plus qu’ailleurs, et surtout trop occupés à vomir nos tripes. Mais on a peur d’un mauvais coup de l’autre abruti le temps de notre absence. La solidarité semble avoir ses limites. Et c’est rageant. Il a même osé nous dire qu’on essayait sans doute de le manipuler pour profiter de lui. Sans blague. Une vie entière d’individualisme forcené lui a de toute évidence grillé quelques circuits.
Francis m’énerve, et Francis me fait perdre de vue l’essentiel, parce que je dois passer du temps à empêcher le monde qui est désormais le mien/notre de trop subir son influence néfaste. Francis me fatigue.

Fin de Soirée

La situation a dégénéré bien au delà de nos craintes. On a du partir de notre planque en catastrophe ce matin, on a à peine pu emporter de quoi tenir quelques jours, en se rationnant à l’extrême. J’arrive même pas à croire ce qui s’est passé. Mais ce matin, alors que j’étais en train de réfléchir à ce que j’allais bien pouvoir écrire d’autre dans ce carnet, Fanny a débarqué dans ma chambre, paniquée, ses vêtements en partie déchirés. Pas besoin de dessin. Elle m’a dit qu’elle avait réussi à l’assommer avant qu’il ne puisse aller  »trop » loin.
On ne s’est pas préoccupé de savoir si il allait s’en remettre ou non, on s’est contenté de lui piquer son putain de pied-de-biche. On a rassemblé un maximum d’affaires et de vivres dans le caddie et on est partis vers le centre-ville. On a marché quelque chose comme 2 heures et on est rentré dans un immeuble dont la porte avait été laissée ouverte. On va devoir recommencer presque à zéro. Mais maintenant, on est coincés au milieu des rues, et en plus on doit craindre un putain de fantôme de l’ancien monde.

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