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Bienvenue à Sturkeyville, Bob Leman

Siren Charms – In Flames (extrait de l’album éponyme)

Le bouche-à-oreille est quelque chose d’assez formidable, tout de même. Combien d’œuvres, ne pouvant, au départ, bénéficier d’une exposition conséquente, ont ainsi pu atteindre un public bien au delà de leur portée originelle ; et combien d’entre elles me sont arrivé, par chance, dont je n’aurais sans doute pas pu entendre parler autrement ? Et le gros avantage d’être aussi actif sur Twitter, de suivre autant de gens cools avec des intérêts divers, c’est bien de démultiplier les occasions d’ouvrir mes horizons à de nouvelles découvertes, et donc les occasions de sortir de ma zone de confort. Et autant dire que le bouche-à-oreille numérique était assez dithyrambique à propos de Bienvenue à Sturkeyville pour que ma curiosité soit allègrement titillée. Je remercie encore chaleureusement l’Opération Bol d’Air pour la chance d’avoir pu mettre la main dessus avec autant de facilité.
Ceci étant dit, il faut bien préciser que j’abordai néanmoins l’ouvrage avec une relative circonspection ; autant pour mes réserves générales sur le genre fantastique, dont je sais qu’il peut parfois avoir du mal à me séduire, que pour me préserver des effets d’échos peut-être trop positifs qui auraient pu me conduire à une inévitable déception. Une rapide lecture plus tard, il est donc temps de dresser un petit bilan.

Nous avons donc ici affaire à un fix-up de nouvelles oscillant entre le fantastique « classique » et l’horrifique, ayant comme dénominateur la petite ville de Sturkeyville, dans les Appalaches du nord, aux Etats-Unis ; Bob Leman fait cependant varier les époques, les ambiances et les personnages, ces derniers n’entretenant que des liens extrêmement distants et indirects les uns avec les autres, ne passant le plus souvent que par la proximité de la ville elle-même.

Comme toujours, le problème principal à mes yeux, lorsqu’il s’agit d’aborder un recueil de nouvelles, est d’abord de déterminer si je dois en parler dans sa globalité ou en faire un détail exhaustif. Dans ce cas précis, le dilemme est double, puisque le nombre des nouvelles est relativement réduit, ce qui suggérerait d’aller d’en faire des analyses séparées ; mais qu’elles se présentent comme un ensemble cohérent et lié, qui suggérerait donc d’en adresser plutôt la totalité d’un même élan. Et c’est ce que je considérerais comme un certain défaut de l’ouvrage qui va me permettre de trancher, à savoir l’idée de Sturkeyville elle-même. Si j’ai été séduit par l’idée de cette ville comme dénominateur commun à toutes ces histoires, j’ai été très déçu par le traitement qui en a été fait par Bob Leman. Car ironiquement, Sturkeyville manque d’âme. Mon sentiment global, et ma principale frustration avec cet ouvrage, c’est que l’idée d’une ville unique comme toile de fonds à toutes ces histoires n’est qu’un prétexte au fix-up, pour donner un semblant de cohérence à l’ensemble, et que les liens trop faibles entre les histoires ne parviennent pas à le justifier pleinement. Rien n’est fait pour donner une aura à la ville et ses environs, quelque chose de spécial qui pourrait donner des pistes d’explication au pourquoi de l’émergence régulière des phénomènes relatés dans les nouvelles. Non, Sturkeyville est le dénominateur commun, et c’est tout ; un joli papier d’emballage qu’on arrache du cadeau avant de l’ouvrir, et qui dès lors, n’en fait plus vraiment partie.

Ceci étant dit, si l’unité de lieu est discutable, l’unité de thèmes est elle au rendez-vous et marque, pour le coup, la plus grande réussite du recueil. J’ai beaucoup aimé la confrontation systématique de la médiocrité humaine à la figure du monstre, tant intérieur qu’autre, étranger ou extérieur, comme l’étude globale, quasi clinique, du vieillissement, de la sénescence, de la destruction du corps et de l’esprit. La plume a beau être extrêmement froide, elle gagne en précision ce qu’elle perd en émotion, elle décrit très cliniquement ce qui se déroule dans l’histoire comme dans les esprits, et ajoute à l’horreur par le détachement, même quand elle écrit de façon interne. Moi qui aie plutôt tendance à ne pas aimer les styles trop techniques, manquant de souffle organique au service des personnages, je pense tout de même que c’était ici un choix très intelligent, participant habilement du jeu de doute que j’apprécie le plus souvent dans le fantastique ; le personnage impliqué est-il fou, ou bien est-ce le monde autour de lui ?
Conceptuellement parlant, l’invention est aussi au rendez-vous, créant de belles idées, s’attaquant même à certains mythes fondateurs avec un certain courage et une véritable consistance dans l’effort. Non content de recréer certaines mythologies, de travailler au corps le « bestiaire » classique de l’horreur, ou de leur faire un clin d’œil appuyé, Bob Leman les ancre profondément dans le réel et leur donne donc une toute autre force de frappe, réduisant la distance. Il ne s’agit pas tant de raconter ces choses ou créatures étranges, il s’agit avant tout de leur donner un contexte, une ambiance dans lesquel.le.s s’épanouir avec un maximum d’effet.

Mais l’équilibre global de l’ouvrage, en tant que recueil de nouvelles fantastiques, versant surtout dans l’horreur et le body-horror, est difficile à jauger par mes yeux. Quand il s’agit d’horreur, de frissons ou d’angoisse dans le domaine de la narration, je suis douloureusement indifférent ; c’est fictif, je ne peux pas m’identifier, et je rate forcément une bonne partie du sel censé s’y trouver. Alors j’analyse, et j’interprète, c’est comme ça que j’y trouve du plaisir. Et de ce côté là, je n’ai pas été déçu, pour le coup. Toutes les nouvelles sans exception racontent plus que ce qu’elles racontent et se permettent de figurer un sous-texte ou une interprétation différente de ce que la pure narration suggère, avec divers degrés de profondeur à chaque fois, entre allégorie, parabole ou simple codage des enjeux, notamment au niveau social.

Je crains fort que mon ressenti global n’ai été gâché par la dernière nouvelle de l’ouvrage, la plus rapide et sans conteste la plus faible à mes yeux, qui m’a laissé un goût d’inachevé sur le palais, et qui a malheureusement déteint sur le reste de l’ouvrage. En rédigeant cette chronique j’ai pu un peu faire le tri, et clairement, Bienvenue à Sturkeyville est une réussite. D’abord éditoriale, grâce aux superbes illustrations, très évocatrices, qui ajoutent une couche de cohérence globale, mais aussi littéraire, puisque Bob Leman parvient à créer quelque chose de réellement original, qui sort réellement des sentiers battus. SI je ne suis pas un client très fidèle du fantastique, ce n’est pas pour rien, mais ça ne m’empêchera jamais de reconnaître la qualité là où elle est. J’aurais certes aimé plus de détail et de consistance pour Sturkeyville elle-même pour pouvoir dire que j’ai réellement aimé ce recueil. Je ne l’aurais que relativement apprécié, même si encore une fois, je me retrouve à commettre l’erreur de partiellement juger en fonction de ce qui aurait pu être et non de ce qui est ; mais le manque était trop criant pour mon regard. En demeure, tout de même un ouvrage bien troussé, avec de belles idées plutôt bien réalisées, avec une mention spéciale à Loob, à laquelle va clairement ma préférence, tant dans le concept que dans sa réalisation ; un petit bijou de malice sur lequel je préfère concentrer mes efforts de mémoire, plutôt que sur les aspects les plus décevants d’un recueil qui malgré tout, démontre un grand nombre de qualités. La rencontre ne s’est simplement pas faite avec moi comme j’aurais aimé qu’elle se fasse. Je vous conseille tout de même de tenter le coup, il y a de bonnes chances que cela se passe au mieux.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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