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Trackés, Christophe Nicolas

Emperor’s New Clothes – Panic! At The Disco (extrait de l’album Death Of A Bachelor)

Parfois l’appréciation ou non d’une lecture, ça se joue à rien. Une malheureuse question de timing peut tout changer. Et avant de vous parler de Trackés et de ce que j’en ai pensé, il faut que je vous en dise un tout petit peu plus sur moi. Promis ce sera pas (trop) long, et ç’a un vrai intérêt.
Je n’aime pas les séries. Ou plutôt, je n’aime pas beaucoup les suivre. C’est sans doute une question de câblage cérébral, quelque chose comme ça ; j’en regarde très peu. De l’ordre de deux ou trois par an, grand maximum, souvent des formats courts. Parce que regarder des séries ou des films à domicile, c’est du temps de pris sur ma lecture, tout simplement. Mais parfois j’ai des pannes de lecture, alors le temps que ça revienne, je bascule sur d’autres formats, pour compenser et passer le temps.
Récemment, j’ai eu une grosse panne de lecture, alors je me suis décidé à binger une des seules séries qui m’avait été bien vendue par ses adeptes et qui me donnait réellement envie depuis quelques temps. Son nom : Person of Interest. Je ne m’étendrai pas dessus ici, ce n’est pas le propos du blog, d’autant que je ne l’ai pas encore finie ; même si je la conseille très volontiers à tou·te·s cielles qui seraient interessé·e·s par la prémisse de Trackées.
Et voilà pourquoi ce roman, pendant un petit moment de ma lecture, a tout simplement joué de malchance ; parce que j’avais l’impression de lire ce que j’avais pu voir quelques heures seulement avant de m’emparer de l’ouvrage. Si je n’avais pas eu ma pause série bi-annuelle, j’aurais sans doute été simplement soufflé par les idées comme leur exécution, mais ce n’a pas été le cas, puisque j’en étais déjà familier. À partir de là, il me fallait donc faire un effort de partition dans mon esprit pour reconnaître au roman ses qualités propres aux dépens de celles d’une série qui, si elle est effectivement très proche dans le concept, n’a finalement pas grand chose à voir dans l’exécution.
Et le résultat final est sans appel, ce roman est excellent. Pour ses idées et ses concepts, forcément, mais surtout pour ce qu’il en fait. Et évidemment, puisque vous êtes là pour savoir de quoi il est question exactement, sans plus attendre, je vous propose qu’on s’y mette.

Dans un contexte de tensions sociales et politiques exacerbées, le journaliste Yannick Diaz se voit alerté par un mystérieux correspondant sur les dérives en cours dans le domaine de la collecte de données et de la surveillance généralisée, avec des liens potentiels entre le privé et le gouvernement. Malheureusement, réceptionner ces informations vont faire de lui une cible privilégiée ; et de ce simple contact vont découler un grand nombre de conséquences aussi terrible qu’imprévisibles.

Techno-thriller oblige, la première chose à saluer, c’est le rythme. Des chapitres aux longueurs aussi variables que parfaitement calibrées, une multiplicité de points de vue et une distillation bien ponctuée des différentes informations nouvelles ; on a affaire à un page turner aussi classique qu’efficace. Mais plus important encore, la spécificité et la force de ce roman, ce sont ses enjeux et ses thématiques. En se posant dans un cadre extrêmement contemporain et réaliste, à coup de clins d’œil et d’allusions à peine camouflé·e·s, Christophe Nicolas évoque notre réalité sans la moindre tentative de subtilité ; les alias n’ont pas d’autres ambitions que de nous faire comprendre au mieux le cœur de son propos.
Un propos assez évident donc, sur les métamorphoses que le monde occidental a subi au cours de ces dernières décennies, menant à une généralisation de la surveillance, à l’emprise des milieux privés sur la circulation et l’utilisation des données personnelles. Autant le dire, le roman se positionne très clairement sur ces questions, et ne se cache certainement pas de ses ambitions politiques. Très franchement, il a prêché un converti sans vraiment m’apporter de choses me semblant nouvelles pendant sa première moitié, j’étais plus volontiers porté par l’envie de voir où allait l’intrigue et le confort d’être globalement d’accord que par un bouleversement potentiel de mes opinions sur les questions qui y étaient abordées.

C’est là que le timing était particulièrement malheureux, parce que pour que les enjeux que se propose d’aborder Christophe Nicolas soient aussi clairs et parlants que possible, il lui faut prendre le temps de l’exposition. Or dans, le cas où ces enjeux sont déjà exposés pour cielles qui s’intéressent un peu à la question, malgré la légère anticipation technologique qui est proposée, l’auteur enfonce un peu des portes ouvertes. Du moins c’est le sentiment que j’ai eu pendant une partie de l’ouvrage, pas vraiment par sa faute mais juste par la faute de la proximité avec Person of Interest, qui brasse sensiblement les mêmes questions avec un angle d’attaque bien plus « américain », axé vers l’action et le spectaculaire, et avec nettement plus de temps et d’espace pour se développer. Ceci étant dit, ce sentiment n’a pas duré, et la comparaison elle même s’est assez vite arrêtée, puisque après le temps de l’exposition est venu le temps de la résolution, qui m’a plus que largement convaincu. Si l’auteur a, à mes yeux trop familiers à la question, enfoncé des portes ouvertes, c’est pour finalement mieux ouvrir les fenêtres et aérer ladite question, oserais-je.

Pendant les deux premiers tiers, j’étais en terrain connu, et j’étais certain de voir où tout cela allait se diriger ; je me contentais parfaitement de la conviction de ne pas être réellement surpris, prenant plutôt plaisir à lire une exécution maîtrisée, crédible et cohérente. Sauf que l’intention de Christophe Nicolas me semble être finalement toute autre. Au delà des péripéties attendues dans un ouvrage du genre, il illustre plutôt des idées politiques et philosophiques, convoquant des figures connues et pertinentes dans le champ du sujet qui nous occupe pour en déplacer les jalons les plus attendus, repousser les limites habituelles. Et ça m’a, pour le coup, très agréablement surpris, parce qu’il est parvenu, avec ce dernier tiers, à complètement me retourner, en bouleversant les attentes créées jusque là. On assiste en effet à une translation des enjeux, passant d’une certaine immédiateté d’action à une anticipation des idées ; posant des questions notamment politiques et philosophiques qui, pour le coup, ont su bousculer mes certitudes. J’ai d’ailleurs été d’autant plus convaincu par ces idées et leurs implications qu’elles s’accompagnent de révélations narratives aussi surprenantes qu’intelligentes.

Et je crois que finalement, c’est pour ça que j’ai tant aimé ce roman ; pour l’intérêt qu’il porte avant tout aux articulations des événements qu’il raconte, plutôt qu’aux événements eux-mêmes. Certes, la péripéties de nos héro·ïne·s sont travaillées et précises, donc plaisantes à suivre, mais c’est à mes yeux surtout leurs implications qui sont les plus passionnantes à considérer. Parce que si les questions sont assez fascinantes, les réponses ne sont pas du tout celles que j’aurais vues comme évidentes. D’autant plus que Christophe Nicolas expose très habilement les tenants et aboutissants des situations qu’il construit, dont les reflets réalistes magnifient la portée et nous tendent un miroir à peine déformant. Ce livre n’est pas tant une histoire qu’un avertissement construit et convaincant, bien que pêchant nécessairement par une vision partisane ; si je la partage très largement, je ne suis pas certain qu’un lectorat situé politiquement plus à ma droite y sera aussi réceptif, malheureusement. Tout comme je me demande si la conclusion que nous propose Christophe Nicolas, et donc le constat final, oscille plus du côté de la naïveté ou celui du cynisme désabusé ; j’aimerais croire qu’il est simplement lucide, un juste milieu d’autant plus satisfaisant qu’il n’était pas évident à atteindre.

Fait amusant, pendant la rédaction de cette chronique, j’ai eu la confirmation ce ce que je pensais sans oser l’affirmer ; la proximité thématique de Trackés avec Person of Interest n’est qu’un pur hasard, puisque l’auteur n’a pas vu la série. Plus impressionnant, le roman a été écrit il y a près de deux ans. Ce qui confirme et amplifie mon ressenti comme les compliments qui s’imposent en conséquence. Il n’aurait pu ne s’agir que d’un roman d’alerte militant, mais la précision du diagnostic, à mes yeux, en fait plutôt le témoin privilégié d’un vicieux changement de paradigme en cours qui pourrait bien surprendre un paquet de monde. Trackés est le genre de techno-thriller que je préfère, qui flirte habilement avec la ligne de l’anticipation, brouillant les cartes entre le pur réalisme et la création conceptuelle, pour nous amener à douter de notre réalité plutôt que de sa science-fiction. Or questionner ma réalité, c’est un exercice que j’apprécie beaucoup, malgré les coups que je peux me prendre au passage. Christophe Nicolas a frappé très fort, et je l’en remercie, parce qu’au passage, il m’a fait repenser quelques choses sur lesquelles j’avais des certitudes différemment. Et je ne peux décemment pas lui en demander plus.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

4 comments on “Trackés, Christophe Nicolas

  1. Ce qui est marrant, c’est qu’avec cette couverture la, je n’aurais JAMAIS pensé à un techno thriller xD

    Du coup j’ai lu ton avis de façon un peu survolé parce que ça m’intéresse et que je veux connaitre le moins d’éléments avant de possiblement le prendre ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      J’espère que ça te plaira ! 🙂

      J'aime

  2. Yuyine dit :

    Je ne connais pas la série, mais je suis extrêmement tentée par le roman maintenant!

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      À la bonne heure ! 😀

      J'aime

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