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Fragments – 18

Crédits : Coliandre

Draco-mycologues : 1

[…]

« T’es vraiment sûre de toi ? Parce que ça fait quand même un bout de temps qu’on crapahute, on a toujours rien vu, et je commence à doucement fatiguer moi…
– Y a vraiment que toi pour utiliser un verbe comme crapahuter à l’oral… »
Émilie ne s’était même pas retournée pour vanner Tyra, qui leva la tête et lui tira la langue quand même, par acquit de conscience, manquant de déraper sur un caillou instable au passage. Elle se stoppa et tendit les bras en croix pour retrouver son équilibre, se régalant du bruit de la petite avalanche rocheuse qu’elle avait provoqué au passage.
Pendant qu’Émilie, évidemment, avançait à bonne allure sans lui prêter attention, trop absorbée par le rapprochement présumé de leur objectif, son carnet à croquis déjà sorti, plaquée contre sa poitrine comme pour lui faire un tendre câlin. Elle ne semblait pas souffrir de la chaleur ni de la forte pente, portée par son enthousiasme pour la discipline.
Mais puisqu’elle devinait un peu la lassitude de sa compagne, elle ralentit quelques instants et se retourna en haussant la voix juste ce qu’il fallait.

« On a signalé une vingtaine de départ de feux et formation de fumée étrange au sommet rien que dans les 8 derniers jours. Même pour un été aussi chaud et sec, c’est inhabituel autant qu’étrange. C’est sûr qu’on a quelque chose à trouver, forcément !
– Mouais. Ça peut aussi être des jeunes qui font les cons dans le coin parce qu’iels se font chier à la maison hein… J’ai juste pas envie d’avoir crapahuté 15 minutes dans ce cagnard pour des clopinettes, j’pense que tu peux le comprendre.
– Évidemment que je comprends. Mais c’est Greg qui nous a filé l’info, c’est un gars sûr. Et au pire, écoute, ça nous aura fait une balade sympa, le coin est quand même super joli.
– Oui, m’enfin…
– Si on trouve rien, on dit que je t’en dois une, ok ? »

Tyra fit la moue alors qu’elles s’étaient rapprochées, plus pour embêter Émilie qu’autre chose. Mais avant qu’elles puissent se lancer dans une de leurs joutes verbales habituelles, une petite explosion les fit sursauter. Dans la seconde qui suivit, elles durent précipitamment se baisser, survolées par une pomme de pin enflammée provenant du sommet de la colline. Puis une autre, à peine une seconde plus tard.
Elles restèrent accroupies et figées quelques secondes de plus, le regard tourné vers la provenance des ces étranges projectiles. Puis elles se tournèrent l’une vers l’autre, un grand sourire sur leurs visage, se retenant de trépigner. Elles se firent mutuellement signe de se calmer, rythmant leurs respirations à l’aide de leurs mains, avant de doucement se relever, puis de se diriger à pas de loups vers le sommet, en prenant bien garde à ne pas faire le moindre bruit.
Quelques dizaines de pas leur suffirent pour enfin croiser le sujet de leur convoitise, justifiant très largement cette petite marche sous le soleil de septembre. Derrière une série de buissons clairsemés, au milieu des taillis ça et là noircis par des flammèches sauvages, on trouvait une étendue de terre sèche et caillouteuse, où se tenait un trésor biologique encore trop méconnu.
Tyra et Émilie se tinrent spontanément la main, sans un mot, et se contentèrent de profiter longuement du spectacle, sans rien faire d’autre, oubliant même qu’elles étaient respectivement zoologiste et mycologue. Pour quelques dizaines de secondes, elles n’étaient que des gamines. Émerveillées, et heureuses.
Ce n’était pas un spécimen unique, mais une famille entière, parents et rejeton, toute d’orange et de blanc, de vapeur et de flammes, qui s’ébattait devant elles. On était en plein milieu de ce qui semblait une séance d’apprentissage de crachat de flammes au plus jeune, sur une série de pommes de pin vraisemblablement ramenées sur place par les parents ; puisqu’il n’y avait aucun arbre à proximité immédiate.
Elles sortirent tout doucement leur matériel d’observation de leurs sacs. L’après-midi allait être belle et longue.

[…]

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