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Fragments – 23

Bureau d’Insertion et de Contrôle : 3

[…]

Il ne peut pas s’empêcher de regarder l’heure tous les trois pas. Déjà qu’il est naturellement angoissé à la seule idée d’être en retard, l’insistance de son agent de contrôle sur l’idée d’arriver sur place bien à l’heure voire en avance ne l’aide pas du tout à se détendre.
Et pourtant, il a bien un quart d’heure de battement, facile, et le trajet est clair, sans risque de se perdre, malgré le quartier qu’il ne connait pas du tout. C’est l’enjeu, sans doute, qui joue sur ses nerfs plus qu’autre chose. Il n’y croit pas trop, à vrai dire, mais c’est important qu’il joue le jeu à fond, qu’il prouve sa bonne foi et sa motivation. Et bordel, si se lever un jeudi matin à 5h, traverser la moitié de la ville à pied par 4° pour rejoindre une bande de malheureux·ses comme lui à mendier un pauvre boulot d’intérim au black dans un hôtel de luxe c’est pas une preuve, il ne sait pas ce que ça pourrait être.
Mais faut pas qu’il pense à ce genre de choses, ça va le crisper. Et un lycanthrope crispé, c’est pas vendeur, dans le domaine de l’emploi. Une question de phéromones, de ce qu’il en sait, une espèce d’aura de terreur tout autour de lui. Malgré tout son self-control, les gens ne peuvent juste pas le croire quand il dit qu’il ne faut pas avoir peur de lui, qu’il est gentil. Il peut pas leur en vouloir ; les dents qui poussent, la fourrure épaisse, les yeux qui blanchissent, les grognements sauvages instinctifs, il faut bien dire que ça aide pas.
Il secoue la tête pour tenter de se calmer un peu alors qu’il arrive sur place. Il n’est pas le seul à avoir eu le tuyau, clairement ; tant mieux, ça lui évitera d’angoisser à chercher par où passer ou trouver quel était le meilleur endroit pour attendre. Il se joint à l’attroupement sans se faire remarquer.
Il n’a pas à attendre longtemps, heureusement. Un type en costard, évidemment, puant le mépris par tous ses pores de sa peau, vient à leur rencontre par une porte de service. Il se tient aussi loin que possible, ce connard. Sans déconner, Morgan sent réellement le mépris de ce connard, une odeur âcre qui lui noie le nez. C’était clairement le pire côté de sa lycanthropie : il sent des choses qu’il aurait préféré ignorer. Il s’allume une clope mentholée, comme à chaque fois dans ce genre de cas. C’est pas plus agréable en soi, mais ça lui sature les sens et lui évite de se laisser emporter par ses instincts.
Costard-man avait un bloc-notes avec lui. Putain, même ça, il avait pas pu s’empêcher de foutre des dorures dessus. Ces bourgeois, sans déconner, ratent pas une occasion d’humilier les gens autour d’eux, même – surtout – indirectement. C’en était presque pathétique. Morgan tira intensément sur sa clope et songeait déjà à s’en rallumer une autre.
Costard-man commença à énoncer lentement les postes dont l’hôtel avait besoin, et pour combien de temps. Pas de salaire, évidemment, ce serait les mêmes enveloppes minables pour tout le monde, et s’il y avait la moindre question à ce sujet, c’était la black-list. Le rituel commençait ; Morgan l’avait déjà connu ailleurs, dans d’autres circonstances, il n’était pas dépaysé, finalement.
Un poste, des mains qui se lèvent sans y croire, un ou plusieurs heureux·ses élu·e·s séléctionné·e·s au jugé par Costard-man, juge et parti, seul maître à bord. Des gens la tête basse qui passent la porte derrière lui, sans un mot, même pas un remerciement ; ce n’est pas un service qu’il leur rend. Rien ne tente Morgan, ou il ne se sent légitime pour rien, plutôt.
Jusqu’à ce que soit évoqué le besoin de gardes du corps et de vigiles pour la visite d’une célébrité, ce week-end. Ça c’est dans ses cordes. Il pourrait le faire croire, en tout cas, il est grand et lourd, et la lune approche, il pourra tricher un peu. Et ça doit bien payer, en plus. Il lève la main avec conviction, sa clope encore entre les doigts. Ce qui projette malencontreusement un peu de cendres sur son voisin de droite.
Morgan n’a pas le temps de bafouiller une excuse que le mec le prend personnellement et se jette sur lui pour lui casser la gueule. Il a l’orgueil mal placé ou il est vraiment très à cran, impossible de savoir. Morgan esquive, pare, recule, se contrôle ; il ne veut pas que ça dérape.
Mais le mec insiste, a sans doute quelque chose à prouver. Morgan a pas le choix s’il veut pas prendre un mauvais coup, il peut pas se le permettre. Alors il allonge une droite. Touche à la tempe.

[…]

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