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L’île de Peter, Alex Nikolavitch

Torch – Black Veil Brides (extrait de l’album The Phantom Tomorrow )

On commence à le savoir maintenant ; mon instinct de conservation n’est pas ma plus grande qualité, au contraire. La preuve en est que malgré une période un peu compliquée (euphémisme), j’ai à tout prix voulu tenir la promesse que j’avais à moitié faite à un auteur pour qui j’ai beaucoup d’affection, et que je m’étais complètement faite, ce qui est aussi très important . Et, puisque vous avez deux sous de logique, vous aurez compris que la promesse en question était de ne pas trop tarder à lire L’île de Peter, d’Alex Nikolavitch.
Manque de jugeotte de ma part parce qu’à priori, si j’ai bien suivi, ce roman a sa petite réputation en tant que pourvoyeur de déprime, ou du moins n’est pas connu pour sa capacité à vous mettre du baume au cœur quand vous en avez besoin. Rétrospectivement, j’avoue que je ne comprends pas vraiment mon acharnement à vouloir faire des choses parce que je m’y suis engagé sans réelle obligation alors que les circonstances devraient m’autoriser à revoir mes plans sans trop de culpabilité. Mais que voulez vous, on ne se refait pas.
Et c’est tant mieux, quelque part. Parce que dans les cas un peu tristes où j’aurais dû m’écouter plutôt que mes principes psychorigides, ça me donne une excuse ; et dans les cas comme aujourd’hui, ça me donne une occasion de saluer encore une fois ma chance insolente d’avoir rencontré et trouvé des auteurices comme Alex Nikolavitch qui font quand même des supers bouquins et me permettent de passer d’aussi bons moments de lectures.
Alors oui, L’île de Peter, il faut bien admettre qu’en soi, c’est pas la joie ; on est pas sur un roman feel-good. Mais pour autant, je ne l’ai pas trouvé si déprimant que ça ; et surtout, j’y ai trouvé une mine de réflexions que j’ai trouvé assez passionnantes. J’ai beaucoup aimé ce roman. Et je vais évidemment vous en parler en détails dans la chronique qui vient.

Un étrange personnage aux allures de marin agite les rues du New York de 2017, revendant d’anciens doublons espagnols pour se procurer des herbes dont l’usage potentiel semble aussi mystérieux que celui qui les achète. Sa présence provoque la curiosité avide de King Joab, étrange caïd local qui se lance à sa poursuite, menant à une improbable collision collective avec Wednesday, policière qui tentait elle aussi de le retrouver. De cette rencontre naîtra un voyage aussi soudain qu’inattendu sur une île inconnue, mais pourtant terriblement familière.

En grandissant en tant que lecteur, je me rends compte que j’aime profondément l’idée qu’aucune histoire n’est sacrée, au contraire de la relation entre chaque lecteurice et ses lectures. D’abord parce que ça permet de considérer chaque récit à l’aune de ce que chacun·e en comprend et en retient, en corrélation avec les intentions de l’auteurice ; mais surtout parce que ça permet de prendre du recul sur ces considérations pour trouver de nouvelles choses à exploiter dans ces récits, que ce soit narrativement, thématiquement ou conceptuellement.
Et c’est précisément ce que fait Alex Nikolavitch dans L’île de Peter, ce que j’ai tant aimé. Il y procède à un complet changement de cadre pour interroger la figure du Peter Pan de James Barrie sous une lumière différente de nos habitudes, mais sans totalement la bouleverser, plutôt la nuancer. Il n’est pas exclusivement question de raconter différemment l’histoire du garçon qui ne voulait pas grandir, il est surtout question de la considérer autrement ; de contester le prisme sous lequel cette histoire a pu être racontée auparavant. Ainsi, plutôt que de se concentrer sur la version canonique du conte populaire, tout en la conservant, l’auteur nous invite à considérer les circonstances qui l’entourent, littéralement : ce qui a pu y amener comme ce qui en a découlé, injecter du concret et du réalisme dans le conte, sans pour autant le dénaturer. Il complète plus qu’il n’ajoute, sans en retirer.

Alors forcément, c’est assez déroutant, et ça peut même piquer un peu si on est attaché à la version Disney de l’espiègle enfant qui déteste les adultes et leur monde. Une chance pour moi, ce n’est absolument pas le cas, et, malgré mon amour profond pour une autre relecture du conte, je crois même que je partage avec Alex Nikolavitch une certaine méfiance envers le personnage original, pour ne pas dire pire ; je ne peux pas parler à sa place. Mais en donnant plus volontiers la parole à des points de vue extérieurs, en appréhendant cette fameuse île avec des yeux étrangers ou simplement trop discrets dans notre conception admise de l’histoire, on en change les pivots, certains tenants et aboutissants.
Et personnellement, c’est une démarche que je trouve absolument passionnante, parce qu’elle nous invite à nous poser des questions sur l’histoire qu’on nous a racontée et qu’on a intégrée, avec tout ce qu’elle contient finalement de terriblement ambivalent. Il suffit de peu, en réalité, pour se rendre compte que le tableau qu’on nous a peint contient beaucoup de zones d’ombres extrêmement difficiles à appréhender avec sérénité dès qu’on y projette un peu de lumière. Et de fait, si cette histoire-là peut nous faire douter, que penser de toutes les autres du même acabit ? Il ne s’agit dès lors pas seulement d’attaquer le mythe de Peter Pan et de Neverland, mais bien de s’interroger sur la nature des mythes convoyés par ce qui nous est raconté, autant que leurs fonctions, et de prendre les bonnes habitudes à leur égard ; instaurer une saine méfiance, une sorte de scepticisme narratif.

Alors comme ça, ça peut sonner comme un essai plus qu’une fiction ; mais ce n’est pas le cas du tout. Là où j’ai pu trouver mon plaisir de lecture dans un sous-texte théorique convenant à ma vision des choses et nourrissant avec délice mon esprit critique, j’ai aussi pu trouver un récit touchant et rempli d’excellentes idées ; de même que de personnages superbement complexes et pétris de nuances autant que de contradictions bien humaines. J’ai à cet égard d’autant plus aimé l’aspect choral du roman car il démultiplie les prismes de perception et entremêle les enjeux thématiques du roman avec ses enjeux narratifs sans pour autant verser dans la démonstration pure. J’ai eu plaisir à suivre ces personnages, à les découvrir, à les comprendre et à comprendre les implications de leurs parcours, autant que j’ai eu plaisir à découvrir la réalité alternative d’un monde fantasmé auquel je n’avais jamais réfléchi en profondeur. Mon seul regret à cet égard aura peut-être été que le roman prend quelques raccourcis qui, bien qu’habilement justifiés, m’ont quelque peu frustré quant au manque ponctuel de substance ou d’explications plus précises. Mais comme toujours, une envie de plus non satisfaite est toujours préférable à un clair déficit de l’essentiel ; et je ne me suis pas senti floué, juste gourmand.

Un sacré bon roman, encore une fois. Empreint tout à la fois d’une certaine mélancolie qui m’a rappelé les meilleurs aspects des Canaux du Mitan et l’érudition malicieuse d’Eschatôn, L’île de Peter m’a confirmé – si c’était nécessaire – que les œuvres d’Alex Nikolavitch et moi sommes fait·e·s pour nous entendre. Alors certes, il y a là des singularités d’écriture et des choix qui pourront ne pas parler à d’autres que moi ; je pense particulièrement aux réflexions sur l’influence des archétypes narratifs sur cielles qui les lisent ou en sont spectateurices. Il s’avère que personnellement, lire s’entremêler des considérations narratives et des concepts plus théoriques avec habileté, c’est peut-être un de mes plus grands plaisirs, et cet auteur sait très bien y faire. Ceci explique sans doute cela.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “L’île de Peter, Alex Nikolavitch

  1. Symphonie dit :

    Va vraiment falloir que je me mette à la lecture de cet auteur…

    Aimé par 1 personne

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