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Serpentine, Mélanie Fazi

Inside The Fire – Disturbed (extrait de l’album Indestructible)

L’occasion fait le larron, nous dit fort justement le proverbe. Le larron, dans le cas qui nous concerne aujourd’hui, c’est bien évidemment moi ; l’occasion, c’est la sortie d’une très jolie trilogie de recueil de nouvelles de Mélanie Fazi chez Bragelonne sous le titre de Rêves de Cendre. Le truc, c’est que Mélanie Fazi, c’est un nom qui revient très régulièrement me hanter, de plein de manières différentes. Entre des références très directes dans certaines de mes lectures passées, des hommages récurrents faits à son talent par des personne de confiance ou quelques discussions très intéressantes ou prises de position passionnantes au hasard des réseaux sociaux ; je sais depuis quelques années maintenant qu’il allait falloir que je me confronte à son travail, tôt ou tard, et plutôt tôt que tard.
Sauf qu’entre crainte lancinante de la déception et une PàL auto-régénérante, il a été compliqué de respecter la promesse que je m’étais faite à moi-même. Et puis cette sortie, donc, une très jolie couverture et quelques nouveaux échos supplémentaires ; voilà que j’étais décidé à enfin passer le cap, histoire de savoir si j’allais pouvoir me joindre aux chœurs des louanges ou simplement m’en mettre discrètement et humblement en retrait. Et nous y voilà.
En toute transparence, j’ai sciemment décidé, avant même d’être plongé dans le travail de l’autrice, que je ne l’allais en lire que le premier recueil sur les trois, par pur principe de précaution. Comme ça, en cas de déception, j’allais pouvoir minimiser l’impact ; à l’inverse, en cas de découverte enthousiaste, j’allais pouvoir prendre mon temps et déguster l’ensemble avec délectation. Et dans les deux cas de figure, j’allais pouvoir ne pas trop éroder mon bon rythme de lecture et de publication actuel tout en segmentant tranquillement mon exploration. Voilà pour le contexte.
Maintenant, je peux vous dire que j’ai trouvé ce premier recueil en tout point exceptionnel. Le genre d’ouvrage à partir duquel je vais pouvoir placer un jalon avant/après dans la frise chronologique de mon parcours de lecteur.

Parce que j’ai trouvé ce Serpentine, à l’image de sa nouvelle éponyme, ouvrant le recueil, assez impressionnant ; renouvelant sans cesse ma sensation première à la clôture de ce premier texte, quoique partiellement dépouillée de son effet de surprise, celle me faisant lâcher à haute voix un juron incrédule et un rire à l’avenant. Alors c’est sans doute à mettre sur le compte de mon relatif manque d’appétence pour le registre fantastique en général, et donc mon ignorance globale à son sujet ; mais le fait est que je n’ai jamais lu de textes comme ceux proposés ici par Mélanie Fazi, et surtout avec une telle cohérence d’ensemble, dans le ton comme dans l’approche littéraire.
C’est d’autant plus surprenant à mes yeux que je suis habituellement très difficile avec les personnages trop cassés ou même malfaisants comme ceux que proposent l’autrice dans la majorité de ses textes. J’y vois souvent une tentative maladroite d’aborder un sujet rebattu d’une manière nouvelle ou différente, mais aboutissant trop régulièrement à l’expression d’un jugement moral rance, la faute à une narration ou à une focalisation trop complaisante. La solution est souvent, à mes yeux, en tout cas dans les récits qui ont su me parler et me plaire, d’instaurer une certaine distance avec ces personnages ambivalents via la narration ou d’autres personnages en contrepoint, histoire de faire comprendre clairement le point de vue de l’auteurice et d’éviter les malentendus.
Ici, Mélanie Fazi fait complètement l’inverse, et ça marche du feu de dieu, ce qui j’avoue, me laisse toujours un peu sur le cul. Tous les textes de ce recueil s’appuient sur une focalisation interne complète, suivant le flux de pensée de ses personnages en direct, sans jamais sacrifier ni au style ni à la crédibilité du discours, dans une démarche littéraire que je pourrais penser casse-gueule, avec du recul, si seulement je n’avais pas lu les textes en question pour me contredire. C’est assez prodigieux, parce que c’est à la fois littérairement élégant et efficace, mais c’est aussi singulièrement habité, tout en parvenant à éviter de sombrer dans la moindre forme de complaisance. Ne reste que les textes, leurs forces uniques, et les histoires de ces personnages, passionnantes en elles-mêmes, mais encore renforcées par l’usage que fait leur autrice du meilleur point de vue possible pour les raconter, tout en parvenant à elle même ne jamais se montrer vraiment.

Tout le long de toutes ces nouvelles, j’ai été agrippé, aspiré : fasciné. En quelques paragraphes à chaque fois, mes digues analytiques habituelles ont systématiquement sautées ; je m’en foutais des structures, des intentions, des messages ou que-sais-je encore, tous les trucs avec lesquels je vous bassine d’habitude et que j’identifie normalement au fil de ma lecture et de mes notes mentales. Non, là, on était dans le cas où tout ce que mon cerveau trouvait à me hurler, à chaque fois, c’était « Mais c’est trop bien, avance ! ». À chaque nouvelle un concept de départ alléchant ou une idée prometteuse, avec une mise en place aussi sobre qu’efficace, puis un développement du même tonneau, pour ensuite habiter l’ensemble au travers de personnages dotés d’un souffle rare, dont les personnalités s’expriment ligne après ligne et entre chacune d’entre elles, par petites touches malines et subtiles. Puis enfin arriver à des conclusions logiques dans leur diégèse, parfois avec une fin surprenante, parfois non, parfois spectaculaire, parfois non ; mais systématiquement satisfaisante à mes yeux.
Tout ça sans compter mon approche favorite du fantastique, je crois, celle qui avance masquée sans multiplier ses effets, consistant avant tout à une douce mais inexorable perversion de la normalité, à cette fameuse invasion du quotidien, mais sans gros sabots ni d’efforts spectaculaires dans l’ambition de créer du doute. Ici, ce doute s’infiltre quand la normalité devient étrange, au travers des pensées des personnages uniquement, et non pas via les événements que l’autrice aurait décidé d’inclure dans son récit. J’insiste vraiment là dessus parce que je crois que c’est un des meilleurs exemples que j’ai jamais lus d’une autrice sachant se rendre aussi brillamment invisible, au service de ses textes, plein et entier ; faisant de ses histoires seules les vectrices de ses émotions et sentiments, soutenues par une écriture à la fois ciselée et brute.

Une sorte de miracle, finalement. Je crois que si je devais moi-même me convaincre de lire ce recueil sans avoir aucun autre argument que sa lecture seule, j’aurais du mal, tant je me rends compte qu’il ne correspond en rien à ce que je crois particulièrement aimer, du moins en me concentrant sur chacune de ses parties. Et pourtant, il s’opère dans chacun de ces textes une synergie singulière, une convergence unique d’éléments maîtrisés à la perfection, mobilisant des ressources aussi classiques qu’inattendues, mais toujours avec la même personnalité débordante et un souffle indéniable.
Je crois qu’on est juste dans un ces cas où le talent parle plus fort que tout le reste, et qu’il faut savoir s’incliner avec humilité et gratitude. J’ai bien fait de prévoir une dégustation de Rêves de Cendre au long cours, parce que je ne vois simplement pas comment je pourrais être déçu après un tel départ. Mélanie Fazi n’a certainement pas usurpé sa réputation, et c’est tant mieux. J’ai hâte de pouvoir encore en dire du bien. Très bientôt, sans doute. En espérant trouver un moyen de verbaliser de nouveaux compliments un peu plus précis et moins évidents. On verra sur le moment.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

5 comments on “Serpentine, Mélanie Fazi

  1. Avatar de Lullaby Lullaby dit :

    Les nouvelles de Mélanie Fazi sont de petits bijoux de fantastique ! J’ai lu 2 de ses 3 recueils, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas encore lu le 3e, qui traîne dans ma PAL depuis des années, alors que j’ai adoré ses textes.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Laird Fumble Laird Fumble dit :

      Parce que tu veux déguster ? =)

      Aimé par 1 personne

      1. Avatar de Lullaby Lullaby dit :

        C’est très probablement pour cette raison, effectivement ! 🙂

        J’aime

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