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Le jardin des silences, Mélanie Fazi

Vicarious – TOOL (extrait de l’album 10,000 Days)

Les meilleures choses ont une fin ; il fallait bien que celle-là vienne aussi. Troisième tome du recueil des recueils de nouvelles de Mélanie Fazi, Le jardin des silences avait fort à faire pour me surprendre ; pour ce qui était de me plaire, honnêtement, je ne voyais pas comment il pouvait en être autrement. Peu d’auteurices auront effectivement réussi à me convaincre aussi vite et aussi définitivement de leur talent que cette novelliste d’exception, démontrant avec une insolence magnifique à quel point la nouvelle est un exercice singulier, répondant à son propre cahier des charges.
Bon, par contre, vous me pardonnerez, on va clairement faire dans la redite : ce recueil est comme les autres, absolument formidable. La bonne nouvelle pour moi, c’est qu’au delà des compliments évidents et redondants, j’ai encore trouvé quelques petits éléments nouveaux à exploiter pour éviter que ma chronique se résume à : « c’est toujours de la bombe, foncez. »

Dans un premier temps, l’évidence renouvelée : vraiment, Mélanie Fazi a compris un truc au niveau littéraire pour écrire des nouvelles parfaitement calibrées et cadrées, avec juste ce qu’il faut de volume et de densité pour chaque fois en livrer exactement ce qu’il faut : je suis admiratif, et d’autant plus content de l’être que je n’ai pas le sentiment de m’abaisser à la moindre hyperbole. De la même manière que je suis également admiratif de son usage du style, à un point me faisant même verbaliser une nouvelle manière d’intellectuellement aborder ce point si contentieux de mon rapport à mes lectures.
J’ai compris avec Mélanie Fazi que le style, ça se méritait autant que ça se travaillait. Comprenez par là que très régulièrement, mon problème frontal avec le style et ses figures, c’est leur usage gratuit et d’apparence prétentieuse ; j’ai du mal avec l’idée de faire des jolies phrases pour tout et n’importe quoi. Trop souvent, en lisant des séquences trop travaillées, je lis l’auteurice derrière plutôt que ce que ces séquences sont censées me transmettre, ce qui mène quasi systématiquement à un échec.
Or, avec Mélanie Fazi comme avec beaucoup d’autres auteurices de talent que j’aime, mais pour la première fois avec une telle clarté ; j’ai enfin compris ce qu’il me fallait pour me faire aimer le style et ses usages les plus audacieux : du rythme, de la clarté et surtout du contexte.

Ce que je veux dire par là, c’est que si certaines formules rencontrées au gré de mes lectures des nouvelles de ce recueil – ou des précédents, d’ailleurs – ont su me toucher et m’éblouir comme elles l’ont fait, c’est uniquement parce que la construction des nouvelles en question participaient activement de leurs efficacités respectives. Les mises en place des éléments les plus importants d’un récit, qu’ils soient émotionnels, purement techniques ou narratifs, doivent converger vers les moments essentiels de ce dernier ; une virgule de décalage ou une mauvaise articulation, et tout peut sonner faux. La formule peut être aussi jolie et ambitieuse que possible, si elle n’est pas soutenue par une préparation à la hauteur, elle ne pourra pas apparaître autrement que comme creuse ou prétentieuse.
Et précisément, rien ne sonne jamais faux chez Mélanie Fazi, justement parce qu’elle sait construire ses récits avec cette densité impeccable qui fait que même ses figures de style les plus osées paraissent tomber en place comme il le faut. Il n’aura fallu que mon esprit un peu vagabond et frénétiquement analytique, à un moment admirant l’excellence d’une séquence sans pour autant pouvoir détacher mon attention première du récit qui se déroulait sous mes yeux, pour me rendre compte, enfin, des bons mots à mettre sur mes attentes, après tant de temps. À quoi ça se joue, hein, franchement.

Et tout ça sans parler, en plus, de la diversité thématique et générique du recueil, démontrant une palette littéraire d’une générosité et d’une variabilité assez exceptionnelle de la part de son autrice, décuplant encore un peu plus mon respect pour elle. De textes très intérieurs passant par tous les spectres émotionnels possibles, à d’autres plus symboliques ou frontalement politiques et engagés, que ce soit dans ce jardin des silences ou dans les précédents recueils de Rêves de Cendre, il y en a pour tou·te·s, avec un standard de qualité et d’exigence que peu d’autres ouvrages peuvent revendiquer sans mentir.
En bref : Mélanie Fazi n’a certainement pas usurpé sa réputation d’excellente novelliste. J’oserais presque même dire qu’on me l’a sous-vendue. Alors évidemment, faut aimer le format de la nouvelle, et il faut aimer le fantastique, présent dans la majorité de son travail. Mais même dans le cas contraire, je pense qu’il y a une bonne chance que votre avis change en la lisant ; elle peut vous faire vous rendre compte que vous n’aviez juste pas trouvé votre compte jusque là. Oui, je suis aussi enthousiaste que ça.
Maintenant, on va aller chercher dans le reste de son travail. Hâte.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “Le jardin des silences, Mélanie Fazi

  1. Celui-ci je le lis actuellement 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Lullaby Lullaby dit :

    Mélanie Fazi est une nouvelliste tellement talentueuse…. tu me donnes envie de relire ses recueils (et de lire celui que je n’ai pas encore lu !).

    Aimé par 2 personnes

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