
Innocence – Halestorm (extrait de l’album Halestorm)
Bon alors, je préfère être clair d’entrée de jeu : j’ai plus lu le roman qui nous concerne aujourd’hui par curiosité que par réelle envie. Comprenez par là que si je n’étais pas du tout dégoûté d’avance ni convaincu de ne pas aimer ces Noces de la Renarde avant même de m’y plonger, je ne faisais pas non plus preuve d’un enthousiasme débordant à leur égard. Le truc est qu’après ma découverte convaincue mais quelque peu dépassionnée de l’autrice par ses Oubliés de l’Amas, je me suis dit que je serais motivé à découvrir son travail par la suite, quand même. Et qu’avec la sortie à venir de son Tonnerre après les ruines chez Argyll, une maison pour qui j’ai beaucoup de respect et envers qui je ferai toujours preuve d’une certaine attention, il était assez pertinent pour moi de creuser un peu son travail passé, histoire d’avoir en tête une certaine idée de sa marge de progression, de sa trajectoire en tant qu’autrice. Parce qu’en effet, j’ai eu beaucoup d’échos positifs de la maturation en cours de Floriane Soulas en tant qu’écrivaine ; et c’est un processus que j’aime beaucoup pouvoir constater par moi-même.
Donc voilà, le roman qui nous concerne aujourd’hui, je l’ai entamé avec une attitude aussi positive que prudente : ne pas se créer d’attente, bonne ou mauvaise, histoire de le réceptionner aussi neutrement et justement que possible. Et mon constat est de ceux que j’aime le plus faire. Certes, je n’ai pas été renversé par ce roman, mais étant donné que je n’en était pas pleinement le public cible, et qu’il confirme malgré cela toutes les bonnes choses que j’ai déjà pu trouver chez l’autrice, j’en ressors satisfait, et avec un appétit renouvelé pour son travail.
En 1461, Hikari, kitsune chasseresse attitrée de son clan, se trouve attirée par les humains vivant dans la vallée, au point de susciter la méfiance de certaines de ses camarades et de mettre en péril sa position.
En 2016, Mina, jeune lycéenne, voit sa vie malmenée par son pouvoir de voir les esprits et yokaïs peuplant son quotidien. En dépit de ses efforts pour cacher le pouvoir qu’elle considère comme une malédiction, elle se retrouve entrainée par sa faute dans une enquête à propos de ce qui semble être un démon en maraude dans Tokyo.
Je ne sais plus à quelle occasion j’ai pu en parler déjà, mais vient un moment dans son parcours de lecteur, ou l’expérience peut devenir une sorte de fardeau. Parce qu’à force de lire et de découvrir, on en vient parfois à retomber sur des choses familières, malgré nous : à relire des choses en dépit des nouveautés, parce que malgré elles, ces nouveautés n’apportent pas nécessairement le changement. C’est de la faute de personne, c’est comme ça ; on ne peut pas tout réinventer, tout le temps. Le souci, c’est uniquement quand on semble prétendre complètement inventer des concepts ou totalement découvrir des idées alors qu’une recherche minime et un peu d’humilité aurait pu démontrer que ce n’était pas le cas. Et très souvent, pour des lecteurices un peu tatillon·ne·s comme moi, mais essayant de ne pas être pénibles pour autant, la différence se fera uniquement sur des détails dépendant de la démarche personnelle de l’auteurice dont le travail passe sous nos yeux, et sa sincérité. Et c’est ça que j’attendais plus qu’autre chose, en lisant ce roman : cette personnalité que j’avais ressentie à la lecture des Oubliés de l’Amas, cette sensation que je lisais quelque chose de propre à son autrice. Quoique avec des attentes un poil limitées, forcément, puisque ce roman précis date d’avant, et qu’il se place d’office dans la catégorie des romans YA, donc peut-être un peu moins ambitieux de densité et de d’enjeux, en tout cas sur les métriques qui personnellement l’intéressent le plus dans mes lectures. Sois dit sans offense volontaire au YA, évidemment : je n’en suis plus la cible depuis longtemps, je suis vieux.
Tout ça pour dire que j’ai retrouvé dans la lecture qui nous concerne aujourd’hui, ces petits détails qui font toute la différence pour que j’arrive sereinement à faire la différence entre le plaisir et la qualité. Concernant le plaisir, il a de fait été limité par le format narratif un peu trop évident à mes yeux, faisant que je voyais trop régulièrement les coutures pour parvenir à être complètement surpris ou à même éviter d’anticiper certains aspects du récit. Pas pour dire que je n’ai pas pris de plaisir du tout, mais juste pour dire que celui que j’ai réellement ressenti n’était pas tant dû au plaisir pur de l’immersion qu’au plaisir un peu moins direct de la reconnaissance d’un travail globalement bien fait, et de certaines ambitions créatrices respectées de bout en bout. Si j’ai pu trouver l’intrigue globalement assez convenue à mes yeux, il n’empêche qu’elle a filé droit tout le long et qu’elle a su régulièrement prendre des petits détours rafraichissants, exploitant assez habilement ce que les personnages créés par l’autrice lui fournissait. Et à cet égard, je doit d’ailleurs saluer ces derniers, que j’ai trouvés extrêmement solides, à la fois dans leurs constructions respectives et surtout dans leur cohérence d’ensemble ; je dois admettre avoir été agréablement surpris de trouver des personnalités pas forcément pleinement attachantes, mais faisant sens à l’aune de ce qui était montré.
Là où trop souvent, on trouve des auteurices prenant des libertés avec certaines qualités ou défauts des personnages pour faciliter l’avancée de l’intrigue, ici, au contraire, c’est bien le récit qui se retrouve à être ponctuellement tordu autour de ces caractéristiques inamovibles, quitte à fournir certaines explications à rebours tant que ces dernières n’avaient pas encore trouvées la bonne occasion de s’exprimer. C’est pas grand chose en soi, mais ça dénote clairement des ambitions de Floriane Soulas à cet égard, et je trouve ça assez cool. Le fait est que même les héro·ine·s ou leurs sidekicks n’e sont pas n’ont aucune raison d’être absolument irréprochables, comme n’importe quel être conscient, et j’apprécie pas mal de trouver ce petit bout de réalisme pur dans mon Imaginaire. D’une certaine manière, ça change, et c’est suffisamment bien fait pour ne pas ruiner mon plaisir à coup de dégoût pour des personnages pénibles à suivre. Au contraire, ça apporte une couche de complexité supplémentaire à l’ensemble, et la complexité, j’aime bien ça.
Et si, effectivement, j’ai pu trouvé ces Noces de la Renarde malheureusement un peu déséquilibré dans sa narration à cause d’une partie en 1461 un peu plus faible à cause d’un personnage principal plus difficile à suivre en toute sincérité et d’un rythme plus soutenu et une intrigue un peu plus moderne en 2016, il n’empêche qu’à la fin, grâce à cette volonté de l’autrice de ne pas trop céder à facilité, encore une fois, je ressors content. Content, parce que j’ai encore une fois pu trouver dans ce roman des graines de ce que je devine être un futur travail encore plus intéressant, nourri par la maturité grandissante de son autrice, humainement et professionnellement.
Parce qu’en dépit de certaine évidences pour mon regard un peu trop aisément blasé, j’ai été surpris à quelques occasions. Des fulgurances régulières, soit dans les idées proposées, soit dans l’exécution impeccable et/ou audacieuse d’autres séquences plus attendues, je ne peux pas décemment dire que j’ai été déçu à aucun moment ; dès lors que j’ai complètement réalisé dans quel type d’œuvre j’étais et quelles étaient les ambitions de Floriane Soulas. Ou du moins, dès lors qu’il m’a semblé être rentré en résonnance avec ce que je lisais, profitant simplement du voyage plutôt qu’à interroger tous les motifs de l’organisation de ce dernier. mais si vous me connaissez, vous savez que cet état d’abandon n’est pas le plus aisé à provoquer en moi, et qu’il est donc un plutôt bon indicateur de la qualité de ma réception.
Je comprends encore un peu mieux l’enthousiasme à propos de cette autrice, décidemment. Alors certes, certains des choix qu’elle peut opérer en tant qu’autrice pourront toujours me laisser dubitatif ou songeur, puisque certaines incompatibilités sont irréductibles, mais je pense pouvoir nettement mieux les appréhender maintenant que je suis plus familier avec son travail. Et cela ne retirera rien à la qualité objective ou dépassionnée de son travail selon moi : si je pourrais éventuellement grimacer de certains destins personnels ou sentiments déployés au travers de la narration, je me vois mal pinailler sur l’exécution pure de cette dernière. Et sincèrement, en considérant le chemin déjà parcouru sur beaucoup d’aspects entre ce présent roman et celui a suivi, je dois dire que ma démarche est pleinement validée : j’ai de fait très hâte de voir ce qui est à venir.
Rendez-vous est pris.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Les Noces de la Renarde, Floriane Soulas”