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Les Oubliés de l’Amas, Floriane Soulas

Rules of Play – Rise Against (extrait de l’album Nowhere Generation)

Cela faisait un bout de temps que je voulais découvrir le travail de Floriane Soulas, Théorie à l’appui, comme toujours. J’ai donc logiquement, comme à chaque Imaginales, profité de l’occasion pour me porter acquéreur de son dernier-né, dont il est question aujourd’hui. Et puisque en ce moment j’ai un appétit de lecture assez frénétique, le volume ne m’a pas fait peur. Deux jours après l’avoir commencé, me voilà pour vous donner mon avis sur l’ouvrage terminé.
Je vais le dire directement, on est sur le genre de chronique à chaud où je découvre partiellement mon avis au fil de la rédaction. Parce qu’autant quand j’ai commencé Les Oubliés de l’Amas j’étais enthousiaste, et je le suis resté assez longtemps ; autant maintenant que j’en suis venu à bout, je ne peux pas jurer être aussi positif. Et c’est un sentiment aussi rare que frustrant. Je dirais qu’on est dans ce genre de cas où je dois reconnaître que c’est bon, mais où je dois aussi admettre qu’il y avait la place pour que je prenne bien plus mon pied. Je pense pouvoir parler d’incompatibilité d’humeurs pure et dure.
Dénouons cet écheveau.

Kat est recycleuse sur l’Amas depuis peu de temps, débarquée sur cette étrange prison stellaire orbitant autour de Jupiter pour y retrouver son frère jumeau disparu. Obsédé par l’étrange planète unique dans le système solaire, seul astre ayant résisté aux efforts colonisateurs de l’Humanité, le jeune homme en avait fait son seul rêve. Amputée d’une partie de son âme sans lui, Kat a décidé de ne reculer devant aucun sacrifice afin de retrouver sa trace, quitte à repousser les limites connues de l’humanité en même temps que les siennes.

Commençons par ce qui ne souffre aucune discussion dans mon esprit à la clôture de ce roman, en dépit de tous mes autres doutes : ce roman et son univers ont de la gueule. Je sais que je vais paraître beaucoup plus critiques dans les paragraphes suivants, alors je vais me permettre d’insister maintenant ; Floriane Soulas sait écrire, et même très bien. L’Amas a une atmosphère, les personnages qui l’habitent ont du souffle, et les intrigues qui se nouent au milieu de tout ça ont un feeling littéraire extrêmement cool. Si j’ai dévoré ce roman dans un intervalle très resserré, ce n’est pas pour rien ; j’ai été initialement happé par les aventures de Kat et son tempérament. Entre le rythme, l’ambiance et l’exigence scientifique découlant de l’expertise personnelle de l’autrice, clairement, il y avait là tout ce qu’il me fallait pour satisfaire mon appétit de sense of wonder. J’ai passé et passé les pages avec cette singulière et infinie joie de toujours vouloir en apprendre plus pendant au moins 80 voire 90% du roman. Je notais, forcément, ça et là, quelques petites maladresses ou broutilles titillant mon organe à pinaillage, mais je me préparais à une conclusion à la hauteur de mon enthousiasme initial.

Et c’est là que le bât blesse, je dois le reconnaître, même si c’est avec une grimace de déception. Parce qu’en fait, dans ces derniers 10/15%, toutes ces petits détails se sont transformées pour moi en inconsistances plus gênantes, projetant rétrospectivement une ombre de malaise sur le reste du roman. Et tout tient à Kat et son comportement, en fait, je crois. je vais tâcher de ne pas trop spoiler, comme toujours, mais si je veux exprimer exactement mon ressenti, je vais devoir en dire un peu plus à son propos. Mon problème n’est pas tant sa motivation de départ – absolument louable – mais plutôt la taille qu’elle prend à l’aune de tout ce qui se passe autour d’elle et en conséquences de ses actions. Floriane Soulas, en déployant tout son univers autour d’elle, a créé, je trouve, des enjeux plus importants que ceux que proposent l’intrigue de départ. Ce qui a fait qu’au fil de ma lecture, voir Kat s’oublier complètement au nom de sa quête personnelle, aussi intime soit-elle, devenir une personne presque étrangère à elle-même ou qui je croyais qu’elle était, ça m’a dérangé. Je l’ai lu prendre des décisions et encaisser les conséquences de ces dernières de manières presque incohérentes avec qui elle était censée être. Pas que le roman fasse preuve d’incohérences rédhibitoires à un niveau global, ou qu’il fasse démonstration de valeurs contraires aux miennes (quoique, à certains moments) mais il m’a, surtout sur la fin, donné le sentiment d’être presque perdu en lui-même, débordé par les implications de sa propre existence.

Parce qu’en fait, ce roman est presque coupé en deux moitiés déséquilibrées dans sa construction, entre l’Amas lui-même, ses habitant·e·s et son fonctionnement d’un côté, que j’ai donc absolument adorée ; et de l’autre, cette seconde partie finale dont je ne dévoilerai rien mais dont vous pouvez deviner quelques aspects au moins, qui m’a assez salement laissé sur ma faim. Mon sentiment final me laisse à penser que mon problème avec ce roman est comme souvent un souci de cadrage et de choix. Floriane Soulas a fait des choix dans ce qu’elle désirait raconter, son récit me donnant initialement une impression qui s’est avérée mauvaise, d’où ma relative déception. Je pensais qu’avec tous les éléments à sa disposition, et compte tenu de ce que je croyais savoir d’elle, Kat prendrait d’autres décisions, orientant l’intrigue dans une direction qui m’aurait plus volontiers convenu, parce que me semblant sans doute plus organique, moins artificiellement scénaristique ou peut-être convenue, je ne saurais pas jurer de l’exactitude des termes que j’ai choisis ici.

Demeure que je suis allé au bout sans mal, tout de même, et que je n’ai pas eu le sentiment de croiser beaucoup des défauts qui habituellement me font grincer des dents. Si je ne peux pas dire que j’adhère à tous les choix opérés par Floriane Soulas, je les comprends, au moins partiellement ; son roman a des ambitions et se donne énormément de moyens de les atteindre, même si je trouve que ça tombe parfois un peu court, je ne peux quand même que le respecter. Si je suis un peu amer, c’est principalement parce que j’ai le sentiment d’une relative déconnexion entre le début du roman et sa conclusion, manquant peut-être d’une partie centrale opérant mieux la transition entre les enjeux de départ et ce qu’ils deviennent, de consistance d’ensemble. Comme je crois avoir décelé quelques concepts et idées sous-exploitées ou glissées de façon discrète dans le roman, que j’aurais beaucoup aimé voir traitées avec plus de soin ou d’insistance, mais je ne peux jurer de rien, là non plus. Comme toujours avec moi, ce n’est pas tant un problème avec ce qu’il y a sous mes yeux qu’avec ce qui n’y est pas. En bref, c’était bien, mais ç’aurait pu sans doute être tellement meilleur. Parce que Floriane Soulas a pris des décisions scénaristiques dont je n’ai pas vraiment aimé les implications dans l’intrigue.

Pas une rencontre littéraire dont j’aurais pu rêver, j’en conviens, en la considérant de façon exhaustive. Mais comme toujours, j’essaie de tempérer ma déception par mes motifs de satisfaction, et ils sont nombreux pour la majeure partie de ce roman. Si la conclusion n’était pas à la hauteur du reste à mes yeux, si la chute m’a semblé douloureuse, c’est bien qu’il a fallu qualitativement s’élever dans un premier temps. Ce roman est bourré de qualités me laissant très volontiers croire que mes futures rencontres littéraires avec Floriane Soulas s’annoncent sous d’excellents auspices ; et si je devais à l’avenir simplement saluer une excellente autrice dont les romans ne sont simplement pas pour moi, je l’accepterais avec le sourire.
Mais pour le savoir, il me faudra en lire. J’ai connu pire perspective.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Les Oubliés de l’Amas, Floriane Soulas

  1. Lullaby dit :

    Pour ma part, j’ai complètement raté ma rencontre avec ce livre…. je l’ai trouvé trop long, et j’ai fini par sauter des paragraphes. Après, je l’ai lu dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires, et je ne pense pas que je l’aurais lu de moi-même sans cela. J’ai déjà eu de très bonnes surprises (par exemple Vaisseau d’Arcane, je ne l’aurai pas lu s’il n’avait pas été dans la sélection, et j’ai eu un gros coup de coeur !), mais là… (et j’ai détesté la fin des Oubliés de l’Amas).
    Il y a beaucoup de gens qui ont aimé, donc c’est sans doute que je n’étais pas le bon public.
    Je vois que de ton côté l’expérience fut plus agréable, ce qui confirme mon sentiment que ce livre n’était tout simplement pas pour moi.

    Aimé par 1 personne

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