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Eden fluide, Alexis Flamand

Two Faced – Linkin Park (extrait de l’album From Zero)

J’aimerais pouvoir parler plus souvent du travail d’Alexis Flamand : parce que j’aime beaucoup Alexis Flamand. Et le truc, c’est qu’ayant découvert sa fantabulomirifique trilogie d’Alamänder avant l’existence de ce blog, et m’en souvenant beaucoup trop bien ; en dehors d’une unique chronique, je n’ai pas pu vraiment développer mon attachement à ce pan de son travail. Certes, il y a eu une incursion en jeunesse, mais peu aidée par sa maison d’édition et n’étant moi-même pas la cible, de surcroit, ça ne compte pas vraiment.
Du coup, quand le sieur Flamand s’est fendu d’une généreuse proposition de SP pour son nouveau roman sur ses réseaux, forcément, je n’ai ni hésité ni perdu de temps à me jeter dessus comme le mort de faim que je suis, enthousiaste et prêt à m’enthousiasmer encore un peu plus.
Et, comme de coutume, après les remerciements de mise envers les généreuses Éditions Leha, nous voici pour le verdict, malheureusement pas aussi joyeux que je l’aurais voulu. C’était chouette. Mais ç’aurait peut-être pu être un peu plus que ça, à mon goût.
Plongeons donc, que je précise ça.

Le capitaine Finn Bellami, anomaliste relativement renommé à l’échelle de l’espace habité, en compagnie de son équipage hétéroclite, est appelé pour enquêter sur une faille particulièrement étrange et inexpliquée, planquée quelque part dans l’espace profond, qui a déjà coûté 7 autres équipages aux commanditaires de son exploration. Face à la promesse d’une telle aventure, de la célébrité qui ira avec, mais aussi pour la perspective de peut-être sauver ces équipages perdus, Finn et son équipe n’hésitent pas. Pour très vite se rendre compte qu’ils ne pouvaient être préparés à rien de ce qui va leur arriver.

M’est venu très vite pendant cette lecture une expression pour y désigner le travail d’Alexis Flamand, qui je pense, résume assez parfaitement sa démarche, explicitant au passage mon sentiment mitigé, et cette expression c’est « Pulp cérébral« . Il me semble que l’auteur, avec ce roman, a voulu, avant tout, se faire plaisir. Du high-concept, de l’aventure, du rythme, et tout plein de trucs qui vont avec en terme de pure invention conceptuelle et de dialogues rigolos ; mais à la manière Flamandienne, c’est à dire extrêmement logique. Du coup oui, on raconte pas toujours que des trucs très fins – voire même on se laisse aller par moment à une certaine beauferie décomplexée heureusement équilibrée par de bons sentiments – mais en terme de pure construction narrative et de world-building, on ne laisse rien au hasard, c’est même très carré et par moments assez technique.
Ce qui donne un mélange assez curieux ; là où des récits de SF de ce style là m’avaient plutôt habitué à des péripéties dictées par la nécessité d’avancer avant tout, sans toujours trop se soucier du-pourquoi-du-comment, Alexis Flamand alterne du coup des passages de pure action débridée avec d’autres passages d’explication et de réflexion permettant de passer d’un côté ou de l’autre de son spectre narratif. Et ce n’est pas qu’il le fasse mal : tout ça se laisse très bien lire sans jamais nous perdre, et c’est toujours assez bien vulgarisé pour rester léger et assez fun. C’est peut-être juste que parfois, je me suis demandé si tout avait été correctement expliqué, justement. C’est assez difficile à verbaliser, mais j’ai ponctuellement eu le sentiment d’un récit un peu étriqué ; comme si certains éléments suppliaient d’être plus largement exposés, mais ne pouvaient pas l’être, faute d’une place et d’un temps suffisant·e·s. Un peu comme si ce roman était un dyptique (ou plus simplement un projet plus large) forcé d’être un stand-alone, forçant une certaine superficialité sur certains aspects qui auraient mérité mieux, à mes yeux.

Mais cela n’est je pense qu’une question de goût ou de câblage cérébral, au fonds. Dans un registre plus « objectif », je pense que ce si ce roman devait avoir un vrai souci, fondamentalement ce serait concrètement au niveau de sa structure, découlant de son ambition première, et où il en fait peut-être un tout petit peu trop. Alexis Flamand, je crois, a voulu surprendre, ici, et le faire aussi souvent que possible, dans une sorte de surenchère narrative participant à l’humour du roman, dans un genre d’effort meta. Et pour l’essentiel, ça marche vraiment bien, d’autant plus que certains de ces twists viennent a posteriori ou a fortiori justifier des instances parfois étranges du récit ; c’est une marque de fabrique de l’auteur qu’il faut lui reconnaître, il ne laisse jamais rien au hasard. Le souci, ici, c’est qu’au bout du cinquième ou sixième retournement, personnellement, j’étais un peu fatigué. Pas soulé ou agacé, hein, juste un peu fourbu. Et malheureusement, ç’a fait que j’ai un poil décroché, à un moment, et j’étais un spectateur un peu extérieur aux péripéties de nos personnages, n’attendant plus tellement de voir ce qui allait arriver, mais plutôt, à défaut, ce qui allait arriver après ce qui devait arriver, le deuxième effet Kiss Cool, la surprise derrière la surprise ; le twist venant rebattre les cartes qui m’avaient été distribuées. Et c’est un peu dommage, parce qu’il se passe plein de trucs stylés, dans ce roman, et j’avais envie de savoir où tout ça allait ; seulement, à force de me voir dire « ah bah non en fait, il s’est pas exactement passé ce que tu croyais qu’il était arrivé », je n’avais plus vraiment la foi en rien. J’attendais bêtement que le prochain bouleversement se produise pour lui accorder le peu de confiance qui me restait. Et ce jusqu’à la fin, ne sachant plus vraiment sur quel pied danser.

Mais n’empêche que je suis allé jusqu’au bout, et sans trop de mal, j’insiste ; même avec pas mal de plaisir, contrairement à ce que ce je raconte là pourrait vous laisser croire. C’est peut-être juste que je me suis bêtement accroché à ce qui m’a contrarié qu’à ce qui m’a plu au fil de ma lecture, ne pouvant pas m’empêcher de comparer ce travail de l’auteur avec l’image que je m’en était faite avec le temps. Ce qui expliquerait que j’ai trouvé le personnage de Gary un poil relou, à force, même si je voyais tout à fait son utilité et ses qualités en tant que personnage, de la même manière que l’aspect anti-héroïque de Finn était plaisant dans sa dimension anti-archétypale ; son traitement était juste un poil trop déséquilibré pour que je m’y attache complètement. Et c’est un peu pareil pour tout le cast, finalement : l’intention est toujours bonne, les dynamiques interpersonnelles sont bien pensées et régulièrement bien calibrées, mais pour autant, il y a systématiquement des grains de sable dans les rouages. Pas assez pour vraiment me faire grincer des dents ou me mettre réellement mal à l’aise, mais à intervalles suffisamment réguliers pour m’empêcher de complètement les laisser de côté ou les oublier comme j’aurais pu le faire dans des ouvrages correspondant plus globalement à mon humeur du moment.
Au final, pour ce que je pinaille, parce que c’est plus fort que moi, c’est je crois avant tout une question générique qui motive ma très relative déception. En se plaçant dans un contexte pulp, avec une certaine nécessité archétypale, chez les personnages comme dans la progression narrative qui va avec, dans cette SF un peu old school, Alexis Flamand a opéré des choix tout à fait logiques, mais qui ne correspondent pas complètement avec mes attentes littéraires du moment. J’avais bêtement besoin, à l’instant T, d’un truc un peu plus posé, moins frénétique, moins bourrin, en insistant sur les connotations les plus marrantes et sympathiques de cet adjectif.

En somme, ouais, c’était chouette. Pas parfait, certes, en tout cas pas vraiment opportun pour mes envies du moment, mais c’était quand même chouette. C’est du Alexis Flamand, ça c’est certain : hyper généreux, bourré de bonnes idées et d’une créativité sans bornes, de concepts plus barrés les uns que les autres, sans jamais se départir d’un réel sérieux dans le travail fourni pour que le tout cohabite d’une manière efficace et cohérente. Si je trouve personnellement que l’équilibre global du roman est parfois un poil alourdi par un côté too much, particulièrement du côté des personnages, j’aurais très bien pu trouver à cet aspect flamboyant et foutraque un réel supplément de charme dans d’autres circonstances. Je ne saurais dire.
Peut-être que le mieux à faire, pour vous, c’est de tenter le coup.
Mais je voudrais pas vous influencer, évidemment.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

4 comments on “Eden fluide, Alexis Flamand

  1. Frénétique et bourrin ? J’ARRIIIIIIIVE !

    (je finis Clairvoyants d’abord)

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Laird Fumble Laird Fumble dit :

      Ah bah c’est marrant, Clairvoyants moi c’est maintenant. 😀

      Aimé par 1 personne

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