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Fumeterre 6.2, Jean Millemann

Jesse James – The Blue Stones (extrait de l’album Metro)

Un autre jour, un autre bouquin à côté duquel je ne pouvais pas passer, quand bien même ma bibliothèque est remplie d’autres ouvrages qui m’ont promis exactement la même chose et que je fais honteusement attendre. Mais bon, au bout d’un moment, je peux quand même de décharger d’une partie de ma responsabilité sur les gens qui savent convoquer exactement les bons arguments pour me tenter et me faire passer à l’acte.
Ici, je blâme donc en premier lieu l’éditrice des éditions Timelapse – salut Marielle ! – qui est allée chercher ce roman pour une nouvelle incarnation et l’a fort bien défendu ; invoquant notamment la proximité formelle du bouquin du jour avec le parfait La Route de la Conquête (qui aura son tour sur le blog un jour). En deuxième lieu, l’auteur dudit roman, pour avoir été fort sympathique et non moins convaincant sur le stand des éditions susnommées lors de l’Ouest Hurlant, ainsi que l’inénarrable Xavier Dollo, qui aura été – si j’ai bien suivi – l’un des premiers à croire dans le travail de Jean Millemann, pour un ouvrage dont j’ai ici lu la quatrième édition, et qui lui aussi m’en a vanté les qualités à au moins une autre occasion.
Et tout ça, bah ça fait quand même un sacré faisceau d’indices portant à croire que le bouquin en question, il est bon. On n’est pas édité plusieurs fois en plusieurs décennies depuis 1994 par des gens de qualité si on a pas effectivement quelque chose d’intéressant à raconter. Du coup, voilà, j’ai craqué, mais c’est pas vraiment ma faute, vous comprenez.
Résultat : ces gens de bien avaient raison. Fumeterre 6.2 est effectivement un ouvrage passablement intéressant. Et de fait : vraiment cool.

Et si vous êtes comme moi un fan du travail de Lionel Davoust, dont j’ai cité le fameux fix-up dans mon intro, vous aurez compris que le bouquin de Jean Millemann est tissé de la même étoffe, et que c’est cet argument qui m’a principalement attrapé. Et fort logiquement, il me sera ici impossible de réellement vous résumer ce livre de façon satisfaisante au delà d’un simple et évident : toutes les nouvelles qui le composent narrent avant tout Fumeterre elle-même. Et puisque son écho m’est plus d’une fois parvenu également, je dois dire que ça va un peu plus loin que les Célestopol d’Emmanuel Chastellière. Pas dans un sens qualitatif, mais dans le sens de la démarche de Jean Millemann avec son roman-monde : certes, toutes les nouvelles qui composent Fumeterre 6.2 sont autonomes et relativement indépendantes, mais elles n’ont réellement de sens qu’en relation les unes avec les autres. L’essence d’un livre comme celui-là, à mes yeux, c’est l’effet de synergie qui se dégage de l’incrémentation de toutes les informations fournies par les différents récits, nous livrant en quelque sorte un méga-récit englobant tous les autres. Les personnages et les trajectoires que nous raconte l’auteur ont de l’intérêt en iels-mêmes, bien entendu, mais on sent que le cœur de toute cette histoire, c’est avant tout Fumeterre : ses origines, son fonctionnement, son devenir.

Et de fait, très vite, si on se passionne sans peine pour les concepts et les destins particuliers créés par Jean Millemann au fil des nouvelles, j’ai personnellement pris un autre bien malin plaisir à guetter les fils communs d’un récit à l’autre, pour créer dans mon esprit la mosaïque générale de Fumeterre. À chaque rappel plus ou moins subtil, à chaque nouvel ajout, je me refaisais le plan mental de l’ensemble en prenant d’autant plus de plaisir que je savais pertinemment que la nouvelle suivante allait soit me dédire soit m’en faire rajouter encore une couche ; avec le délice supplémentaire de voir au fur et à mesure de ma lecture cet univers si singulier gagner en complexité, en profondeur et en personnalité , sans jamais trop en faire.
Et j’utilise à dessein ce mot de personnalité, comme toujours en contrepoint de la galvaudée originalité, puisque forcément, s’agissant d’un planet opera aux arrière-goûts de cyberpunk (surtout) et de western (un p’tit peu) comme celui-là, le lectorat le plus chevronné ne sera pas forcément renversé par une partie des concepts initialement déployé par l’auteur. Mais qu’à cela ne tienne, il compense plus que largement par des petits mais pas simplistes twists fort savoureux, à intervalle régulier, pour nous garder sur le qui-vive.

À cet égard, je crois qu’il me faut évoquer ce qui pour moi constitue le plus gros point fort de l’ouvrage, à savoir sa langue. Et plus particulièrement sa variété et sa vivacité. À chaque nouvelle sa narration, sa focalisation, son registre et son vocabulaire, avec tout ce que ça peut suggérer de diversité, et donc de rythme à l’aune du fix-up entier. Alors bon, je suis obligé de pinailler ici sur les deux ou trois nouvelles écrites selon le régime du « je parle à mon interlocuteur sous forme de monologue m’obligeant à formuler ses questions comme si je les répétais à chaque fois à voix haute » qui a le don de prodigieusement m’agacer parce que je trouve ça terriblement artificiel et que ça me sort à chaque foutue fois de ce que je lis ; mais c’est uniquement par souci d’équité envers d’autres bouquins auxquels j’ai pu le reprocher. En vrai, même dans ces nouvelles là, c’est suffisamment discret pour que j’accepte de faire abstraction, et le reste du discours est suffisamment organique et soigné pour que ça passe tranquille. Mais voilà, je le dis quand même, je pense qu’il existe pléthore d’astuces formelles pour parvenir à garder la même focalisation sans en arriver à ça.
Et pour garder la positivité du reste de la chronique, j’en rajoute sur le style, parce que c’est quand même extrêmement réjouissant à lire, un bouquin aussi varié dans son oralité comme ses séquences les plus littéraires, trouvant toujours un juste milieu entre une certaine familiarité et un ton qui fleure bon la culture locale et l’argot fait maison. Là encore, ça participe avec beaucoup de panache à la vie de Fumeterre qui s’incarne entre les lignes et les nouvelles, finissant par engloutir tous les textes sous la poisse urbaine de cet endroit si spécial qu’il déborde de toutes les pages. Pour tout dire, alors que la grande majorité des textes écrits par Jean Millemann dans ce recueil suintent d’une cruauté maladive, d’une sournoiserie implacable, nous racontant un monde pour de bonnes parts assez abject, je n’ai pas pu m’empêcher de le trouver assez paradoxalement réjouissant.
Est-ce que ça tient aux inexpugnables morceaux d’optimisme et de lumière planqués çà et là sous les couches de crasse de Fumeterre, à la simple excellence d’exécution de l’auteur, enthousiasmante en elle-même, par la régularité de ses punchlines et de ses jolies formules, un mélange des deux ou encore quelque chose d’autre que je n’aurais su verbaliser ; je ne suis sûr de rien. Mais n’empêche que j’ai pris mon pied du début à la fin. Et c’est bien ça le plus important.

Sans surprise mais avec ravissement, une très bonne lecture, donc. Qui justifie pleinement sa réédition et la longévité qui va avec. Fumeterre 6.2 est une totale réussite conceptuelle et un grand plaisir littéraire, qui brille autant par ses ponctuelles audaces que son sens de la retenue au fil de son dévoilement. J’ai kiffé, et puis voilà.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

6 comments on “Fumeterre 6.2, Jean Millemann

  1. Eh bien j’espère kiffer autant lorsque je le lirai !

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Emmanuel Chastellière Emmanuel Chastellière dit :

    « Pas dans un sens qualitatif »

    J’espère bien ! :p
    (Je plaisante, bien sûr)

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    1. Avatar de Laird Fumble Laird Fumble dit :

      Ah comment t’es au taquet ! 😀

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  3. Avatar de Emmanuel Chastellière Emmanuel Chastellière dit :

    Disons que pour une fois que je suis cité quelque part, j’en profite pour réagir. 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Laird Fumble Laird Fumble dit :

      Quand on parle de bon fix-up fictivo-urbain, je suis obligé de parler de toi. Même si bon, j’avoue, c’est quand même affreusement spécifique.

      Aimé par 1 personne

      1. Avatar de Emmanuel Chastellière Emmanuel Chastellière dit :

        Effectivement ! ^^

        Aimé par 1 personne

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