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Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Lasciami Stare – Måneskin (extrait de l’album Il ballo della vita)

J’ai décidé que ce mois de décembre serait le mois où je me fais plaisir avant tout, et où de fait je ne me prends pas trop la tête à choisir ce que je vais lire.
Du coup, même si ma dernière lecture signée de son nom est très récente à l’échelle du blog : Laurent Gaudé. Il faut juste l’accepter, je suis fan de son travail, et c’est comme ça. Ce qui m’amène joyeusement, quand je fais une de mes rares virées en librairie, à simplement prendre les exemplaires de ses romans qui ne seraient pas encore en ma possession, sur la seule foi de sa plume.
Ce qui nous amène aujourd’hui au Soleil des Scorta, le premier de ses textes que j’ai lu, je crois, qui ne soit pas un tant soit peu marqué du sceau de l’Imaginaire ; j’ai pu lire du Laurent Gaudé touchant au merveilleux, à la proto-fantasy, au fantastique, à la SF, et le succès a toujours été au rendez-vous. Il était plus que temps de tester les eaux de sa mimèsis, voir si je suis définitivement et irrémédiablement mordu.
Oui. La réponse est oui.

Et pourtant, c’était vraiment pas gagné, s’il avait fallu s’en tenir uniquement aux prémisses de cette histoire ; une longue chronique familiale, pour ne pas dire dynastique, sans l’ampleur d’une grande saga, moi qui aime la densité et le développement au long cours, les détails et les personnages profonds et complexes, il faut bien le dire, 287 pages bien aérées découpées en chapitres courts ne promettent pas vraiment ça.
Mais plus je mûris – pour ne pas dire que je vieillis – plus je me rends compte que ma pratique de la lecture ne tend pas tellement à juger ce que je lis selon les idées que j’aurais pu m’en faire en amont qu’à appréhender la capacité des textes que je recense à m’accueillir en leur sein, pour me permettre de m’adapter à leur langage et comprendre ce qu’ils voulaient me dire, ce qu’ils avaient à exprimer. Ça va presque au delà de la question d’une quelconque qualité objective illusoire ou même de mon principe d’évaluer les moyens mis ou non au service d’une ambition donnée, même si ça reste toujours présent, évidemment ; très prosaïquement, ça revient à juste me demander si j’ai retiré du texte ce qu’il voulait que je retire, ou au moins quelque chose d’approchant. Voire même simplement quelque chose. Ça peut n’être qu’une image, qu’une idée, qu’une scène, qu’une formule, que le bon mot au bon endroit et au bon moment : le sentiment qu’il s’est passé un truc et que c’est le bouquin que j’ai entre les mains qui a su me prouver que mon cœur n’est pas encore totalement sec.

Et c’est bien ça la magie de Laurent Gaudé pour moi : tout ce qu’il écrit produit ce genre d’effet en moi. Je n’irais pas jusqu’à parler d’émerveillement ou d’émotion pure, parce que je reste l’indécrottable ataraxique analytique hyperbolique chronique – hic ! – que je suis, mais n’empêche que je retire toujours au moins un truc vraiment chouette des bouquins de cet auteur. Encore aujourd’hui, quand je toaste à la moindre occasion, c’est en disant « que les salauds tremblent », alors que je suis le premier à reconnaître que Chien 51 n’est pas vraiment un pinacle de la SF : n’empêche qu’il m’a positivement marqué pour ce qu’il exprimait au delà de ses composantes individuelles.
Et c’est pareil pour Le Soleil des Scorta. Je ne pourrais pas honnêtement prétendre que ce roman est un des plus grands que j’ai jamais lus, mais en même temps son « Profite de la sueur » va coller dans le dos de mon esprit comme une chaleur d’été pendant un bout de temps, avec son cortège de scènes formidables et d’utilisations parfaites du style ciselé et élégant de son auteur. On est dans ce genre de roman où mon seul reproche valable serait sans doute que j’en aurais pris beaucoup plus avec appétit et délectation ; ce roman ne m’a laissé sur ma faim que parce que je l’ai dévoré en quelques heures en l’espace d’une journée de temps et que je n’arrivais pas à le reposer. Je suis encore et toujours captivé par la propension qu’a cet auteur à parvenir à ponctuellement exprimer des idées complexes par le truchement de phrases ou d’images toutes bêtes, mais avec une vraie concision et une réelle force de frappe, à condenser des démonstrations entières dans quelques mots sans paraître forcer. Je pourrais oser un parallèle avec le style Pratchettien, à cet égard. On en est là.

De fait, Laurent Gaudé partage avec certaines de mes plumes favorites une fabuleuse capacité à écrire entre les lignes, et c’est sans aucun doute le fait que je termine toujours ses romans avec le sourire : j’en ai pour mon argent, si j’ose dire. En première lame, on a une très jolie écriture très évocatrice, avec une économie de style exemplaire, rythmant avec excellence son récit, sans jamais trop en faire, et certainement pas trop peu. En deuxième lame, on a une fresque familiale ample s’inspirant de l’Histoire rurale de l’Italie, ne piochant que peu dans la réalité pour en tirer l’essentiel, s’appuyant légèrement mais sans superficialité sur certains des personnages et des jalons les plus marquants de la trajectoire de la famille Scorta, pour en tirer une sorte de méta-intrigue autour du destin qui découle de leurs parcours.
Et en troisième lame, la plus intéressante à mes yeux, on a surtout tout un discours implicite sur l’idée de clan par opposition à la famille traditionnelle, pour ne pas virer dans l’anglicisme facile ; même s’il m’apparaît clairement que Laurent Gaudé aime beaucoup le motif de la chosen/found family, le semant dans presque tous ses textes, me le rendant extrêmement sympathique. Et avec ce discours, il propose en plus des réflexions assez chouettes sur la question de la transmission, qu’elle soit intra ou extra-familiale, sur la construction d’une identité individuelle au sein d’un flux collectif ; que ce soit celle d’un membre isolé d’une famille, ou celle d’une famille entière à l’échelle d’un village entier. J’aime décidemment beaucoup son écriture parce qu’elle est extrêmement incarnée : il n’explique pas, il raconte, il laisse à son lectorat le choix de l’interprétation des actions de ses personnages sans trop s’appesantir lui-même sur leurs significations potentielles. Ça crée une sorte de triple dialogue entre nous et le texte, et entre nous et nous-même. Et c’est toujours fait toujours avec un panache sobre que je trouve terriblement séduisant.

La série continue. Qu’est ce que j’aime Laurent Gaudé, vraiment ; j’aurais jamais osé parier sur un tel continuel coup de cœur pour son travail. De bonnes, très bonnes histoires, bien écrites, qui expriment de belles choses et posent des bonnes questions : que demander de plus ?
Le reste de sa production, ça me parait évident. Nul doute que ça passera par ici tôt ou tard.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé

  1. Avatar de tampopo24 tampopo24 dit :

    Ayant découvert le monsieur récemment et adoré son roi Tsongor, je cherchais sur quoi rebondir ensuite. J’ai déjà acheté Salina, qui suivra. On m’avait également parlé du Soleil des Scorta, tu confirmes qu’il pourrait tout à fait me plaire à mon tour. Merci !
    Tu as raison c’est vraiment un auteur qui est fantastique pour ce qu’il écrit dans et entre les lignes.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Laird Fumble Laird Fumble dit :

      Très content de partager ça avec toi ! 😀
      (Et oui, son Roi Tsongor est une merveille. D’autant plus en considérant que c’est le premier que j’ai lu et qu’aucun des suivants ne l’égale alors que tout est bon.)

      Aimé par 1 personne

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