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The Final Girl Support Group, Grady Hendrix

It’s Supposed to Hurt – House of Protection (extrait de l’EP GALORE)

Considérant que j’ai un bon, voire très bon, niveau en anglais, il pourrait être assez surprenant que je ne me consacre ici qu’à des lectures en français, qu’elles soient en versions originales ou des traductions. Le fait est que je ne goûte que peu la lecture anglophone, parce que faute d’habitude, ça me fatigue quand même un peu ; il faut que je reconfigure mon cerveau le temps de la lecture, et ça suggère quelques efforts d’adaptation de ma part.
Si on ajoute à ça que je me vois toujours un peu comme le libraire que j’ai été au moment d’exprimer le moindre avis sur les bouquins que je chronique ici, ça oriente pas mal mes choix aussi. Je suis de fait moins attiré par les gros titres qui n’ont pas besoin de la moindre presse supplémentaire ou par les titres en langue étrangère, qui constituent quand même une minorité du paysage littéraire. Donc si moi spontanément je ne vais pas forcément beaucoup en lire, et que les gens à qui je suis le plus susceptible de donner des conseils n’en lisent pas non plus, j’avoue que j’ai du mal à voir l’intérêt de faire l’effort.
Mais quand c’est ma copine qui a un coup de cœur pour un roman, que je lui conseille un de mes bouquins que j’aime bien en retour, et qu’elle ne passe pas un aussi bon moment, il y a comme une demande cosmique de réparation karmique.
Et donc, ici nous sommes : j’ai lu un bouquin en VO qui, il me semble, n’a pas encore été traduit en France.
Ma copine avait raison, c’était vraiment super.

Lynette Tarkington est ce qu’on appelle une Final Girl : la dernière survivante d’un Monstre, le genre de tueur spectaculaire dont on tire des franchises cinématographiques peuplant notre imaginaire collectif, et malheureusement, la réalité des femmes comme elle. Et de fait, elle n’est pas seule. Elles sont plusieurs, et tous les mois, elles se retrouvent dans un groupe de soutien, pour survivre ensemble à leurs traumatismes et tenter d’avancer plus sereinement dans leurs vies.
Sauf qu’après plus d’une dizaine d’années, l’une de leurs membres n’est pas présente à une de leurs réunions : elle a été tuée. Et pour Lynette, tout indique que quiconque ait voulu sa mort veuille celle des autres membres du groupe.

Alors manque d’habitude de lectures anglophones, vous me pardonnerez je l’espère l’absence de jugements appuyés sur les questions de style en ce qui concerne ce récit ; moi qui ai déjà du mal à en juger en français, je vais pas commencer à m’amuser à tenter des acrobaties en anglais. On se contentera de dire que ça se lit bien, que c’est fluide et clair, quoique virant par moments dans une écriture parfois un peu sèche et trop concentrée sur l’efficacité. Pour tout dire, avec son inspiration très cinématographique, dans les thèmes comme dans le rythme, on a par moments l’impression de lire un scénario de série, avec ce que ça suggère de qualités et de défauts. Certes, ça file tout droit et ça nous dit très sobrement tout ce qu’on a besoin de savoir pour avoir une vision claire de la psyché déstructurée de notre héroïne, ambiance comprise, mais ça peut parfois sembler un peu programmatique, surtout dans la première partie. Je sais que moi ça ne m’a pas gêné outre mesure, parce que j’ai eu mon comptant de fulgurances au niveau humour et chouettes figures de style et que ça dénotait de suffisamment de personnalité et de générosité dans l’écriture pour me sentir rassasié, mais je me dis que pour un lectorat plus avide d’élégance et de panache, ça sera peut-être plus compliqué.

Mais fi de ces considérations subsidiaires ! Le fait est que j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, et je m’en vais vous expliquer pourquoi. Comme je le dis de plus en plus, parce que je suis ce genre de philistin : des fois il suffit d’une bonne histoire, et de bien la raconter. Et, vous l’aurez compris, c’est exactement ce que fait Grady Hendrix ici, avec un bon gros paquet de malice.
Ce qu’on a avec ce roman, c’est un évident hommage XXL au genre du Slasher, écrit par un fort probable amoureux du genre, confinant au pastiche. L’intelligence et la force de l’auteur, je pense, c’est d’avoir su parfaitement mélanger et doser le travail référentiel, son intrigue et son niveau de métalepse incidente. Très vite, on comprend que nos différentes héroïnes ont vécu de tristes et sanglantes aventures directement inspirées de sagas tirées de notre monde auxquelles on peut s’amuser à les relier : une héroïne est par exemple la survivante d’attaques perpétrées par un certain « Ghost » ayant inspiré la saga Stab. Grady Hendrix ne fait même pas semblant, et je pense que c’est pour le mieux ; il n’est pas là pour trop faire le malin et essayer de nous faire croire qu’il va révolutionner le genre. Non, il est là pour s’amuser avec nous, c’est à dire le lectorat et les fans de Slasher, voire les deux en même temps. Il dissémine ainsi tout un tas de clins d’œil ludiques dans l’intrigue et entre chaque chapitre, avec des extraits de matériaux critiques autour des films existant au sein de l’univers du roman, dans lesquels on peut même trouver quelques indices quant à l’avancée et le devenir de l’intrigue.

Et c’est sur cette dernière, je trouve, que le succès du roman repose pour l’essentiel. C’est juste, encore une fois, une super bonne histoire. En elle-même, avec cette course poursuite incessante en forme d’enquête/fuite dans laquelle est embarquée Lynette, empruntant parfois au thriller plus qu’au film d’horreur pur et dur, mais aussi comme travail au long cours autour des thèmes récurrents du slasher, avec ses codes et les disruptions qui vont avec. Alors forcément, si vous ne goûtez pas aux slashers ou à l’horreur de base, vous allez pas mal perdre au change, puisque quelques vannes discrètes ou certaines des réflexions autour des mécaniques du slasher et de son héritage vont vous passer au dessus, mais ça ne retire rien à la super construction en slowburn du récit.
Puisque Lynette, notre héroïne et narratrice directe, elle nous apparaît très vite comme pas totalement fiable. Parce que terriblement traumatisée, évidemment : paranoïaque, psychorigide, sujette à l’hyperfixation sur certaines idées qui de l’extérieur peuvent paraître un peu fantaisistes… Et elle parle à sa plante verte. Ce qui ne serait pas tant anormal que ça si ladite plante ne lui répondait pas. Mais au delà de la blague, c’est vraiment chouette de pouvoir suivre le parcours de cette héroïne très imparfaite, toute cabossée, aussi attachante que ponctuellement agaçante, tellement concentrée sur ses angoisses et ses routines qu’elle en oublie parfois de regarder devant elle.

La grande réussite de ce texte est, comme tous les bons textes de ce genre, de ne jamais se perdre. Toutes les informations qu’il nous donne servent à quelque chose, que ce soit pour nous donner des indices valables ou nous induire en erreur. C’est le genre de récit qui se termine de façon ultra satisfaisante à mes yeux, où tous les cercles se referment parfaitement, avec ce sentiment d’une parfaite honnêteté dans l’arnaque, que tout était là depuis le début, et que si j’avais su prêter attention à tous les détails qu’on m’avait fournis, j’aurais capté l’astuce plus tôt que quelques paragraphes avant que la narration m’étale la solution sous les yeux. Comme je disais plus tôt, c’est une question de dosage, et ici, je trouve qu’il est proche de la perfection, avec un suspense bien tenu et un twist pas trop attendu ni trop capillotracté, fidèle à ce que l’histoire racontait jusqu’à son dénouement, se permettant même le luxe de quelques réflexions transversales.

J’ai, d’abord et avant tout, passé un excellent moment. C’est fun, c’est malin, c’est rythmé, et en plus ça rend hommage avec passion, enthousiasme et générosité à tout un pan de cinéma que j’ai appris à adorer précisément grâce à celle qui m’a prêté ce livre.
Quitte à virer dans l’anglophonie jusqu’au bout, j’oserais dire que cette séquence de lecture était toute pleine de full circle moments. Et c’est super méga chouette. Voilà.
Il paraît que ce bouquin et un autre de l’auteur sont considérés pour des adaptations en film ou en série : je vote pour.
To be continued…

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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