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U-H-L #63 – Aspects, Ian McDonald

rot – mad routine, Veela & My City Glory (extrait de l’EP insomniac)

« pas de soucis pour t’envoyer un SP, mais sois prévenu, je doute qu’Aspects suscite ton enthousiasme. »
Voilà verbatim la réponse qu’on m’a faite lorsque j’ai demandé un énième SP de l’UHL du jour ; parce que je ne m’embarrasse même plus de savoir ce que les bouquins racontent, je sais juste que je veux tous les avoir, tous les lire. Si je l’ai dit une fois, je l’ai dit une cinquantaine d’autres : j’aime cette collection d’amour.
Et donc nous y voilà, pour savoir si je vais continuer ma série de chroniques où je me sentais mal de ne pas avoir beaucoup de bien à dire des dernières sorties des novellas du Bélial’ ; heureusement que Cuirassés était là pour briser la mauvaise série, me consoler et confirmer que mes mauvaises humeurs n’étaient que ponctuelles. Vous vous doutez bien qu’avec un tel avertissement, je ne faisais pas le malin, déjà à essayer de formuler des excuses suffisantes pour justifier de recevoir les prochaines itérations des belles couvertures d’Aurélien Police.
Et en vrai j’ai bien aimé ? Genre vraiment ? Je comprends complètement l’avertissement qu’on m’a prodigué : je ne vais pas essayer de vous faire croire qu’Aspects est une lecture facile, et par bien des… facettes, elle aurait tout à fait pu tomber dans la catégorie de certains récits UHL qui m’agacent, il est vrai. Mais je sais pas, y avait un truc en plus qui m’a accroché, là dedans.
Je vais essayer de vous détricoter tout ça. Ça va être chaud, mais je vais essayer.

Disons le tout net, Aspects ne brille pas par sa simplicité. Au contraire, avec cette novella, Ian McDonald fait dans le pyrotechnique, dans le foisonnant, dans l’éblouissant. Il fait dans l’ambitieux et l’audacieux. Ça, clairement, on ne peut certainement pas l’accuser de nous prendre par la main et de commettre le péché de l’infodump ou de la surexposition. De fait, l’auteur a plutôt tendance à nous balancer dans le grand bain sans avertissement pour nous apprendre à nager sans leçons préalables, et je peux vous dire que l’eau est froide avant que vous ayez le loisir d’y barboter un peu. Mais si mon côté béotien réfractaire au style à la moindre verbosité s’est senti un poil agressé par les envolées lyriques et les tendances contemplatives du récit, mon côté amateur de vertige conceptuel a été servi plus souvent qu’à son tour. Cette idée d’une civilisation où on divise sa personne en huit personnalités, une sorte de Gallifrey – *Oooh le neeerd* – où la régénération n’est pas nécessaire pour faire cohabiter différents caractères qui ont conscience les uns des autres, cette incarnation vivace de l’idée de Whitman selon laquelle on contient tous·tes des multitudes, pfouah, c’est classe.

Et c’est d’autant plus classe quand on y ajoute une autre civilisation par dessus, avec ses propres spécificités, venant complexifier encore les choses pour le meilleur, éloignant tout le texte d’un potentiel et dommageable anthropocentrisme, prenant au contraire plain pied dans une altérité riche et exigeante. Ian McDonald parvient à ce genre de rêve rare d’un récit réussissant à vraiment nous faire sortir d’un paradigme trop familier pour nous plonger dans quelque chose de neuf et d’original, parce que fondamentalement étranger. Alors forcément, ce genre de petite prouesse vient avec ses coûts ; le récit en question est franchement touffu. Est-ce que j’ai tout compris de ce que j’ai lu ? J’aimerais croire que j’ai capté l’essentiel, au moins dans les lignes majeures de l’histoire, et pour la globalité des détails techniques ; mais comme à l’époque – lointaine – de ma lecture de Diaspora, je préfère faire preuve d’humilité préventive et admettre que tout n’a pas forcément imprimé à 100% dans mon cerveau.

Mais précisément, je crois que c’est aussi à mettre au crédit du travail de Ian McDonald : je crois que ce n’est absolument pas grave. Certes, on a droit à un récit aux implications technico-scientifiques bien velues, à des échanges et des séquences pointues sur des sujets qui peuvent complètement échapper à un esprit non éduqué, notamment lorsque le mot « quantique » est lâché ; mais entre les efforts de vulgarisation bien ciblés de l’auteur et sa capacité à convoquer des images plutôt que des explications, il parvient toujours à faire passer le cœur le plus organique de ses séquences les plus importantes. Exactement comme pour À dos de crocodile de ce décidemment inévitable Greg Egan, on a des concepts mis au service d’une histoire et de ses personnages, dans un rapport symbiotique équilibré. Et du coup, même si pas mal de passages auraient pu me sembler trop verbeux, trop lyriques, trop contemplatifs, plus régulièrement que le contraire, je me suis joyeusement laissé emporter. Chaque petit chapitre de cette très riche histoire m’a fourni sa ou ses petites cartes postales, ses petits moments de grâce et l’essentiel de ce qu’il avait à me transmettre pour gagner en confort et en compréhension pour chaque chapitre suivant.

Est-ce que ce texte est pour tout le monde ? Certainement pas. On est dans de la SF exigeante et bien touffue, mais qui sait exactement ce qu’elle veut faire, et le fait avec maîtrise et un certain brio. Alors oui, chaque séquence aurait pu fournir le matériel à un roman entier, et on doit ponctuellement ronger son frein en acceptant que Ian McDonald ne creusera pas plus loin que ce qu’il a juste effleuré avec un petit bout de sa novella ; mais qu’il réussisse à condenser comme il le fait une telle infinité de concepts dans un autre concept plus restreint, et qu’il parvienne dans le même temps à tenir sa ligne de manière cohérente, c’est balaise. C’est peut-être un poil trop pointu pour moi pour que je sois effectivement enthousiaste, mais j’ai quand même ressenti une petite étincelle d’une forme d’émerveillement assez régulière pour reconnaître que le boulot est fait et bien fait.
Allez, au suivant !

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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