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Série Noire #13

C’est pas simple tous les jours, j’vous jure. Gros morceau, cette série.

Temple de la nuit, S.P. Somtow / Somtow Sucharitkul
119/249
J’étais content d’avoir une excuse pour m’attaquer à un autre bouquin de Somtow Sucharitkul, au point de même anticiper avec enthousiasme le fait de devoir expliquer que j’allais continuer de l’appeler par le nom sous lequel je l’avais initialement découvert, alors qu’il semblerait qu’une bonne partie de sa production en France soit sortie sous le nom de S.P. Somtow, basiquement un autre arrangement de l’exact même patronyme ; je ne peux certainement pas prétendre connaître les nuances présidant à un ordre par rapport à un autre dans la culture thaïlandaise.
Mais bref, j’ai laissé tombé ce bouquin là, et c’est un poil triste. Du moins décevant, parce qu’avec mes autres lectures signées de son nom, mes espoirs de trouver en lui un écrivain rare et précieux étaient hauts ; surtout en considérant l’aspect touche-à-tout un peu génial que les quelques bios que j’ai pu croiser lui étant consacrées renvoient de lui.
Le pourquoi de cet abandon est en quelque sorte bicéphale. D’abord on a l’impression curieuse qui s’est immiscée en moi au fil du bouquin, après un prologue hardcore mais visuellement et sensoriellement percutant, qu’on allait être dans le domaine de l’horreur un brin putassière et volontiers vulgaire ; avec cette vision aussi clichée que réelle de la Bangkok capitale mondiale de la prostitution, où la crasse côtoie la spiritualité, entre tradition et modernité, tout ça… Si le prologue était super prometteur, dès lors qu’on est entré dans le vif du sujet, je sais pas, y a un truc qui collait pas.
J’avais beau savoir que l’auteur étant thaïlandais d’origine et ayant passé sur place une bonne partie de sa vie, et donc que sa présentation de sa ville était pour l’ensemble réaliste et assez juste, il y avait quand même un arrière-goût de sensationnalisme et d’orientalisme malsain dans tout ce qu’il nous donnait à lire, ce qui rajoutait une couche assez désagréable sur le fonds d’une intrigue déjà pas fifolle d’originalité elle-même. Et puis j’avoue, le coup de la jeune fille dont la virginité va être mise aux enchères au centre du récit, dont le destin est tiraillé entre la perspective d’être sauvée par le héros journaliste outrepassant ses prérogatives ou d’être condamnée à l’horreur de tomber entre les griffes du méchant tordu… J’aime pas. Pour tout dire, si le fonds de l’affaire est évident et que l’auteur entend clairement et sans ambages dénoncer le proxénétisme et toutes les abjections qui l’accompagnent, je ne suis plus très convaincu par l’idée que les donner à lire dans toute leur crudité comme il peut parfois le faire, même sans voyeurisme trop frontal, soit le meilleur moyen de les combattre. J’en viendrais à me demander s’il n’est pas temps pour moi de relire Dragon et d’amender mon point de vue à son sujet.
Mais je digresse. En somme, j’en étais à un stade où je trouvais que tout ça était quand même tristement clichetonneux, en dépit d’une écriture efficace et globalement bien rythmée. J’étais prêt à passer outre le côté un brin voyeuriste et spectaculaire de l’ensemble, quitte à lutter un peu histoire d’arriver au bout.
Et puis je sais pas trop pourquoi ni comment, mais j’ai regardé le titre original du roman. The Crow™ : Temple of Night. Ce ™ a provoqué en moi une épiphanie qui, combinée à une saillie transphobe d’un des personnages, m’a convaincu que ça ne valait pas le coup d’insister. Parce qu’après une rapide recherche sur NooSFère, le site toujours prompt à filer le coup de main décisif qui va bien, j’ai compris que ce roman était en fait la quatrième entrée dans une série anthologique de romans consacrés au héros du film éponyme, ou du moins, j’imagine, à la formule de l’histoire du premier film. De là, je me doutais un peu trop de comment tout cela allait se passer, et mon intérêt déjà faiblissant s’est atrophié jusqu’à sa disparition complète.
Parce que j’étais de fait face à un roman de commande, sans doute écrit sans trop de soin ni d’inspiration, répondant plus à un cahier des charges qu’à une réelle envie de son auteur de raconter quelque chose d’important ou qui lui tenait à cœur. Ceci expliquant sans doute cela : dont acte.

Killdozer/Le Viol Cosmique, Theodore Sturgeon
50/128///19/175
Oui oui, vous avez bien lu. Sturgeon, le GOAT, dans la Série Noire. Je suis aussi choqué que vous, croyez le bien. Et pour deux textes d’un coup, comme si c’était pas assez la lose comme ça. Même si ironiquement, ça me console peut-être un chouïa ; pour l’époque, les novellas c’était pas très répandu comme format, et la publication de ces deux textes de manière si cavalière, initialement publiés en VO à des années d’écart, me laisse croire que J’ai Lu voulait à l’époque simplement surfer sur les succès des traductions Plus qu’humains et de Cristal qui songe : alors on a fait les fonds de tiroir avec les premiers textes qui venaient, sans y prêter plus d’attention ou de soin que ça. C’est mon hypothèse.
À laquelle on peut ajouter mon sentiment plus sérieux que Sturgeon est probablement bien plus doué pour la nouvelle que pour la moindre élongation de son format de prédilection. Pour tout ce que j’aime profondément les deux romans susnommés, c’est quand même son travail de novelliste et de synthétiseur qui m’a mis les plus grosses baffes narratives et conceptuelles.
Ce qui nous amène à ces deux abandons bien emmerdants.
Le premier est simple : en dépit des quelques fulgurances organiques toutes sturgeonniennes qui émaillent le récit – genre un connard raciste qui se prend des taquets antiracistes – ça reste quand même, basiquement, l’histoire d’un bulldozer tueur possédé par une entité extra-terrestre malveillante dont on nous explique tout dans le prologue externe à la narration. La Chose à la fois en mieux – parce qu’on a des vrais personnages – et en moins bien parce qu’on se fait quand même grave chier et que le mystère est mort-né. Sans parler du fait que c’est un bulldozer tueur. Vraiment, désolé, mais je trouve que ça fait pas sérieux. Y a une démesure dans l’enjeu, je saurais pas dire mieux ; même une tondeuse à gazon (*wink wink*) je pense que je trouverais ça plus crédible, comme machine de mort. Un bulldozer c’est trop gros, trop lent, trop prévisible… Je sais pas. Au fonds, le vrai problème c’est pas ça. Le vrai problème, c’est que Sturgeon nous en dit trop trop vite et multiplie les situations annexes à sa menace centrale ; trop de personnages, trop de digressions, trop de verbiage technique, trop de blabla qui dilue l’action et nullifie la tension avant même qu’elle ait le temps de s’installer. Bref on se fait chier, et ça me fait doublement chier.
Le second est plus compliqué. Honnêtement, conceptuellement et formellement, ç’aurait sans doute pu le faire ; même si à mes yeux le titre a terriblement vieilli face à l’idée que le concept de viol et tout son champ lexical sont devenus piégés et à manier avec beaucoup de précaution pour ne pas verser dans le voyeurisme ou une légèreté de mauvais loi, au moins il fait sens à l’aune de ce que Sturgeon voulait y raconter. L’idée d’une sorte d’organisme alien parasitaire qui vient tenter de nous conquérir de l’intérieur, ce sera jamais une mauvaise prémisse. Et si n’avait été la déception de Killdozer, j’aurais sans doute poussé plus loin sans trop de mal ; j’ai senti un texte plus maîtrisé, plus concentré sur son axe central, en dépit de quelques instances de dilution du texte pour le principe de gagner du volume. Mais le fait est que le premier ratage a corrompu mon lien avec Sturgeon le temps de cette lecture : je sens bien que je ne suis plus dedans. Moi qui normalement retiens sans problème le numéro des pages entre chaque séquence de lecture, je me suis retrouvé à relire un chapitre entier sans me rendre compte que je l’avais déjà lu avant d’arriver à sa conclusion. C’est un signe qui ne trompe pas. Donc on arrête les frais ici et on passe à autre chose. Trop de possibilités de lectures disponibles pour m’échiner longtemps sur un texte que je n’aurais probablement même pas envie de chroniquer une fois terminé, ne serait-ce que parce que je n’aurais aucune foutue idée de comment articuler mes recensions entre mes formats habituels.
Je plaide la flemme seuminatoire. Voilà. Et peut-être l’idée que Sturgeon était surtout implacable de puissance littéraire quand il écrivait la solidarité et la bienveillance, plutôt que la méfiance et la méchanceté. Mais c’est qu’une idée en passant, faut que je bosse la théorie.
Bisous Théodore, sans rancune, promis. T’es toujours le GOAT.

Aucune terre n’est promise, Lavie Tidhar
63/336
Bon bon bon. Un chouïa honteux, celui-là. Je vais admettre ne pas avoir attaqué ce roman avec les plus nobles des intentions. Lavie Tidhar, c’est un auteur compliqué à appréhender pour moi, depuis la relative déception de Central Station, et encore plus depuis celle assez claire d’Une espèce en voie de disparition. Avec les discussions et échanges subséquents à ma première chronique mitigée et à la seconde amère, j’en étais venu à la conclusion qu’en dehors de quelques textes courts bien précis que je pourrais croiser un jour, je devais juste tirer un trait sur notre relation littéraire. Mais il me restait quand même Aucune terre n’est promise en stock, à tenter un jour, au cas où. Et bon, je me suis décidé dans un moment de relative démotivation et de tristesse, à me lancer. Le raisonnement était simple : si c’est bien, c’est la bonne surprise dont j’ai besoin pour me relancer, et si c’est pas bien, c’est une munition pour boucler cette Série Noire. Je ne suis pas parti avec les meilleures intentions, c’est vrai. Mais je jure que j’y suis quand même allé avec mon honnêteté coutumière.
L’idée d’une uchronie établissant un Etat juif en Afrique plutôt qu’à l’emplacement actuel d’Israël, surtout établie de manière aussi transparente par l’auteur dans son avant-propos, franchement, je dis oui, sur le papier.
Et pour être tout à fait honnête, si j’ai reconnu dans le style un brin ampoulé et contemplatif de Lavie Tidhar des marqueurs d’une part de mon inimité envers son travail, les 19% que j’ai lus auraient pu tout à fait faire le travail et me convaincre de continuer sans mal : ça se laissait très bien lire, sincèrement.
Mais deux problèmes.
Le premier est évident et ne me pose pas de problème à exprimer tel quel : le cadrage et les premiers jalons narratifs de ce roman sont les mêmes que dans Une espèce en voie de disparition. Pas similaires, pas ressemblants ; les mêmes. Le protagoniste, un auteur venu de Berlin, débarque dans un pays où il ne vit pas, surveillé par le narrateur. On suit son histoire à la fois au travers des fruits de cette surveillance, racontée de manière tantôt omnisciente, tantôt externe, et à la fois au travers des interrogatoires menés par ce même narrateur, qui joue de l’ironie dramatique pour nous teaser les éléments à venir dans son histoire ? On a même le coup du protagoniste qui discute avec quelqu’un, part dans une autre pièce, et revient pour trouver le quelqu’un en question mort ? Du cadrage à la narration au rythme à l’éclatement chronologique en passant par l’évocation évanescente d’un pays entier par des descriptions légères, j’avais sincèrement l’impression de lire la même histoire, c’était choquant. De fait, je le confesse, grosse flemme.
Le deuxième point est autrement plus gênant, et pour être honnête j’hésite à l’exprimer tel que je l’ai pensé. Mais tant pis. Je vois pas très bien l’intérêt de créer une uchronie aussi massive que l’implantation du peuple juif par autorité coloniale britannique au milieu de l’Afrique pour ensuite en tirer des éléments – initiaux tout du moins – qui sont basiquement les mêmes que la réalité contemporaine du conflit israelo-palestinien. Y a un côté essentialisant et fataliste qui me fout vraiment en rogne là-dedans, avec cette Palestinia entourée d’un mur, agissant en colonialiste elle-même, condamnant les réfugiés africains des pays voisins à vivre dans des camps de réfugiés autour d’un mur d’enceinte géant, avec attentats suicide en prime. C’est très bien, de mon point de vue, certes, de critiquer les énormes défauts colonialistes de l’Israël moderne au travers de cette mise à distance de la réalité ; mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y avait mieux à faire. Plus subtil, plus lumineux, moins nihiliste, je n’en sais trop rien ; mieux.
Y a clairement un côté thérapeutique pour l’auteur, bouquin après bouquin – bon j’en ai lus que trois, mais quand même – dans l’interrogation de sa judéité, de son origine israélienne, de son trauma générationnel, et de son rapport subséquent au monde. C’est tout à fait sa prérogative de la mettre en scène dans son travail, d’autant que ces sujets ont un poids conséquent dans le contexte du boxon terrible du XXIe siècle ; mais en tant que lecteur, mettant de côté toutes les implications politiques, métaphysiques et morales de ces questionnements, je dois bien admettre que ça manque de transversalité et de réelle distance, littérairement parlant. C’est un truc assez personnel, mais je n’aime pas vraiment les lectures où je sens trop fortement la présence de l’auteurice dans ses personnages sans le filtre de la fiction ; je n’aime pas lire des thérapies auto rédigées. Y a un côté voyeuriste, un dévoilement trop cru de l’intime, qui me met mal à l’aise. Je ne saurais pas l’expliquer, mais au moins, ça dédouane un peu Lavie Tidhar ; ce n’est pas tant lui en tant qu’auteur qui me gêne, c’est juste les motivations de sa démarche d’auteur.
Bon, clairement un aveu de faiblesse de ma part, mais au moins c’est fait. J’ai essayé. Je sais.

Gros morceau, disais-je. Allez, à plus tard.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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