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U-H-L #27 – La Chose, John W. Campbell

Ugh – The Warning (extrait de l’album Queen Of The Murder Scene)

Confession facile mais obligatoire d’entrée de jeu : Je n’ai pas vu The Thing. Ce film fait partie de ces incontournables dont j’ai tellement entendu parler, que ce soit pendant mon cursus universitaire, au travers de vidéos aléatoires sur le net ou juste au gré de conversations, que j’ai le sentiment de l’avoir vu par procuration. J’en connais la trame principale, comme pas mal d’aspects de sa conclusion. Et je pense que j’aurais toutes les raisons du monde d’aimer ce film si seulement j’avais encore vraiment envie de le voir, puisque la soif de découverte est pas mal partie, depuis le temps.
Alors que la première version de cette histoire, littéraire, datée de 1938 et publiée dans la collection Une-Heure-Lumière, dont je sais sans trop en savoir qu’elle diffère de sa version cinématographique consacrée ? Là on parle. Là j’ai une vraie chance de me laisser surprendre. Et de conjurer le mauvais sort semblant me poursuivre auprès du Bélial’ cette année, ce qui n’est absolument pas accessoire pour moi. Autant de raisons d’y aller avec un certain enthousiasme, bien qu’avec une certaine circonspection.
Bon. Je vais pas trop tourner autour du pot, c’est encore raté. Pas trop raté non plus, je suis pas aussi agacé qu’à ma sortie d’Ormeshadow, mais raté quand même.

Alors là se pose une question importante à mes yeux : à quel point l’âge de l’œuvre doit-il rentrer en compte dans mon appréciation de cette dernière ? Que ce soit dans une optique négative comme positive, d’ailleurs. Parce que je veux dire ; quand je parle du Temps des Retrouvailles ou de Waldo, ou encore La Main Gauche de la Nuit, par exemple, la distance temporelle qui me sépare de ces textes constitue autant un réservoir à excuses qu’un puits à reproches, toutes aussi pratiques et potentiellement valables les un·e·s que les autres.
La Chose ne fait évidemment pas exception à cette règle, d’autant plus que c’est probablement le plus vieux texte de SF que j’ai lu pour le moment, en faisant d’office un cas d’analyse passionnant, au delà de ses défauts et qualités ; d’une certaine manière, ce que j’en pense est anecdotique en regard de son évidente importance dans l’histoire du genre. Si un texte, après presque cent ans – on est pas à dix ans près – est toujours aussi estimé et nous parvient intact, c’est bien qu’il a réussi quelque chose, au moins un petit peu, et surtout bien avant tout le monde.

Alors voilà, le texte est vieux. Il s’attarde sur des détails techniques qui aujourd’hui seraient sans doute considérés comme tertiaires dans le déroulé de son intrigue, il est beaucoup trop bavard et maladroit dans son exposition, faisant passer beaucoup trop d’informations par des dialogues hyper guindés et fouillis, partagés par beaucoup trop de personnages. Je ne saurais dire si c’est le style de l’époque que le sieur Durastanti a traduit tel quel – en faisant de son mieux, comme toujours -qui rend le tout si bordélique, avec des phrases à rallonge et une narration hachée, ou simplement celui de Campbell qui n’était peut-être pas un écrivain très à cheval sur la clarté et l’élégance ; mais cette lecture a été ardue. Pour être honnête, plus d’une fois, je n’ai pas été sûr de ce que je lisais. J’étais perdu entre des détails clairement superflus énoncés d’une manière laissant penser le contraire et des éléments beaucoup plus importants mais balancés à la va-comme-je-te-pousse ; me donnant l’impression que Campbell avait écrit l’ensemble d’une traite sans vraiment savoir où il allait et d’où il partait réellement en dehors de son concept central. Compliqué.

Compliqué, parce que justement : ce concept central (souligné deux fois avec un stylo rouge). Je pourrais formuler tous les reproches formels possibles. Je pourrais commencer par les personnages complètement couillons et unidimensionnels, l’absence totale de tension dans leurs comportements et dialogues malgré ce que Campbell essaie de projeter d’angoisse en eux, et donc dans le récit lui-même ; comme un cadrage très étrange préférant faire dire les choses aux personnages plutôt que de le montrer, ou même en leur faisant littéralement deviner des trucs. Ce que je fais, donc, parce que j’aime beaucoup trop la prétérition. Mais en dépit de tout ça, malgré le poids indéniable de tous ces défauts sur la narration : 1938, merde.
Pourquoi je trouve ces personnages couillons face à la menace évidente d’une créature sortie d’un sommeil glacé de je ne sais combien d’années ? Précisément parce que toutes les histoires d’horreur que j’ai pu lire ou voir tournant autour de ce concept sont des héritières de Campbell. Si je sais que c’est une très mauvaise idée de ne pas prendre des précautions élémentaires autour d’un extraterrestre avec trois yeux rouges remplis de haine, c’est parce que j’ai été éduqué avec des histoires écrites par des gens qui tenaient cette même leçon de cette novella.

Alors non, je ne peux pas sincèrement dire que j’ai lu ce texte avec plaisir. Non, je m’y suis même assez terriblement ennuyé, parce que je n’ai jamais réussi à y percevoir la moindre urgence, le moindre enjeu palpable en dehors d’une évidence un peu triste et éculée. La Chose est le produit de son époque et des balbutiements d’un genre qui se cherchait encore plus qu’il ne se cherche encore aujourd’hui. John W. Campbell avait un concept, qu’il a exploité comme on le voyait logique à son époque : avec des messieurs (blancs) beaux, baraqués et intelligents, une vision antropocentriste du monde et de l’univers, où quoiqu’il arrive on s’en sortira, parce que les humains c’est les plus forts.
Par contre, j’ai pris beaucoup plus de plaisir à écrire cette chronique, parce que je comprends sans avoir à fournir le moindre effort intellectuel pourquoi les éditions du Bélial’ voulaient avoir ce texte à leur catalogue : il est important. C’est un morceau d’histoire de mon genre littéraire favori. C’est pas rien du tout.
Est-ce que ça sauve ma lecture, non. Est-ce que ça sauve mon année avec mes amis ongulés, toujours pas. Et je le regrette. Mais je ressors de cette découverte avec moins d’amertume que j’aurais pu le croire si j’avais su que cet ouvrage me déplairait.
Et surtout, je ne désarme pas. À la prochaine, donc.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “U-H-L #27 – La Chose, John W. Campbell

  1. Lullaby dit :

    Même déception que toi à la lecture (et je n’ai pas non plus vu le film). Entre les personnages interchangeables, certains passages que je n’ai pas compris (à un moment, un type sort dans le froid arctique mais j’ai pas eu l’impression qu’il s’équipait, je m’attendais à ce qu’il ne revienne pas, mais en fait si ? Sans même une engelure ?), et les ellipses qui cassaient le peu de tension que j’arrivais à éprouver, ça a été une grosse déception.

    Aimé par 1 personne

  2. Parlons fiction dit :

    Le nombre de personnages pour une histoire aussi courte était aberrant 😅 Clairement, au bout d’un moment, je ne savais plus vraiment qui prenait la parole. De mon côté, j’ai apprécié l’histoire (surtout le film de Carpenter que j’ai vu juste après avoir terminé le livre) car je ne connaissais pas son concept. Au-delà de ça, la façon dont il est exécuté n’est pas des plus agréables à lire, je rejoins ton avis sur ce point

    Aimé par 1 personne

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