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Chien 51 T2 – Zem, Laurent Gaudé

Would? – Alice In Chains (extrait de l’album Dirt)

Bon, soyons honnête, cette chronique c’est un chouïa de la triche.
L’idée, pour les semaines à venir, c’est d’aller chercher des lectures vraiment pas habituelles pour moi, dans l’optique de mieux connaître les rayons de la librairie dans laquelle j’ai tout récemment commencé à travailler, et où l’Imaginaire en tant que tel est pour ainsi dire absent. Pour ensuite, plus ponctuellement, aller retrouver mes amours véritables, et notamment honorer les quelques SP initialement demandés pour le blog, à un rythme qui j’espère me permettra de rester pro sur tous les terrains.
Du coup, pour effectuer cette transition en douceur, qui de mieux que Laurent Gaudé, qui m’a fait en fin d’année dernière l’immense plaisir de sortir une totalement inattendue suite à son Chien 51, un roman qui, honnêtement, a super bien vieilli dans mon esprit et continue toujours à mes yeux de faire honneur à l’ambition restreinte mais honnête de son auteur. Et bon, je ne me fais guère d’illusions sur l’avenir de ce bouquin en particulier dans les rayons, mais autant profiter de l’occasion quand même ; tous les bouquins que je vais lire pour le travail à l’avenir n’auront certainement pas la chance de me parler autant que ceux d’auteurices que je sais aimer et dont les univers conviennent à mon câblage mental.
Mais trêve de blabla : est-ce qu’il est encore bon, ce roman de SF par un auteur qui n’est pas connu comme un auteur de SF ?
Franchement, ouais. Grave. Mais c’est bien parce que c’est Laurent Gaudé, si vous voulez mon avis. Eune autre que lui ne s’en serait peut-être pas aussi bien sorti avec les mêmes pirouettes.
Je m’explique.

On reprend grosso modo là où on s’était arrêté à la fin du tome précédent, et autant le dire tout de suite : on ne traîne pas en chemin. Quelques allusions à peine voilées à quelques événements passés histoire de recoller certains wagons si jamais on souffrait d’une quelconque amnésie, et on repart tambour battant, hors de question de traîner en route. Et basiquement, très basiquement, même, on est dans la droite continuité du tome précédent, avec à peine quelques ajustements dans le ton et dans l’ambiance : je dirais qu’on perd en finesse ce qu’on gagne en action et en spectaculaire. Maintenant que Chien 51 est passé et nous a bien présenté son univers dystopique au travers des prémices de sa chute, il est temps de continuer l’exploration au travers d’une tentative poussive de reconstruction, dans un contexte qui n’est certainement pas glorieux ni réellement prometteur. C’est là que Laurent Gaudé m’a attrapé une première fois : parce que comme je le dis à chaque fichue fois, et j’en suis le premier désolé, le pari d’une suite, c’est de trouver l’équilibre entre continuité et renouvellement. Or, le mec est tellement balaise que quand bien même il s’appuie avant tout sur la continuité, je trouve que c’est précisément parce qu’il le fait qu’il arrive à se renouveler. C’est pas clair, c’est normal.

En fait, ça joue sur deux tableaux structurels, qui se répondent et se complètent. Zem, à mes yeux, est construit en miroir de Chien 51, construisant une sorte de courbe de Gauss d’intensité littéraire. Là où Chien 51 était un crescendo, presque un slow burn de dialogues et de découvertes relativement patientes pour un techno-thriller, menant à sa cavalcade finale, Zem commence très fort sans jamais vraiment respirer, nous livrant l’essentiel de son intrigue et de ses éléments centraux dès le début pour doucement ralentir, et nous faire redescendre avec lui sur la seconde moitié. J’aime à voir dans ce motif général une forme de mimétisme du sentiment comme de l’action révolutionnaire, en résonnance avec le cœur thématique et narratif du texte. Ce que j’ai particulièrement aimé, ici, finalement, c’est le fait que Laurent Gaudé ne s’est pas perdu dans la seule révolte, et a fait un peu comme Adrien Tomas dans son formidable dyptique Vaisseau d’Arcane : au delà de mettre en scène la chute d’un régime, il a voulu interroger sur les suites qu’on peut y donner. Et donc si effectivement on reste dans une enquête policière dans un contexte cyberpunk/grunge – en fonction de vos sensibilités sur la question – avec l’accent plus mis sur l’action que sur la finesse des sentiments par rapport au premier volume, on n’y perd absolument pas au change à mes yeux ; parce que cette insistance sur les motifs les plus âpres de l’univers construit par Laurent Gaudé exprime quelque chose d’extrêmement organique, en évident reflet des turpitudes que vit actuellement le vrai monde de la réalité véritable.

Et alors oui, on revient à l’exact même constat que j’ai dressé lors de ma lecture de Chien 51 ; en terme de SF, pour peu qu’on ait un peu l’habitude de la dystopie et de la pelletée de concepts qui vont avec, ce n’est pas ici qu’on trouvera de quoi éprouver le moindre vertige. C’est toujours assez basique, de fait, à tous les niveaux. Mais ce n’est pas pour ça que ça ne fonctionne pas. Et je dirais même, au contraire, c’est sans doute pour ça que ça marche autant pour moi. Parce que grâce à la relative simplicité de l’intrigue et de l’univers proposé·e·s par Laurent Gaudé, son récit tout entier peut se permettre de fonctionner sur un mode narratif redoutablement efficace, que je qualifierais malicieusement de cinématographique.
Dans ce roman, l’auteur, à mes yeux, écrit en 24 images secondes. C’est nerveux, rempli d’ellipses, mais tellement rythmé à la perfection, que les creux ne se voient pas, automatiquement remplis par notre cerveau, créant la sensation – au delà de l’illusion – de mouvement. Et si on ajoute à ça le toujours exceptionnel style à l’économie de Gaudé, écrivant à l’os mais sachant toujours caser ses formules les plus audacieuses aux moments où elles parviennent à exprimer le plus sans paraître too much, eh bien ça donne un roman qui se lit tout seul, et qui parvient toujours à convoquer des scènes et des flashs sensoriels imparables. Et ce en dépit des quelques moments un poil trop écrits, certes, mais qu’on pardonne parce qu’ils s’inscrivent dans un schéma général plus large, et qu’étant moi-même sujet au fait de parfois un peu trop faire des phrases, je m’en voudrais d’être hypocrite.

C’était donc encore une fois très bien. Même si Laurent Gaudé ne séduira sans doute toujours pas les fans les plus hardcore de dystopie cyberpunk avec ses motifs relativement éculés, je crois que je me laisse précisément avoir avec plaisir parce que je me mets à la place des gens qui contrairement à moi n’ont jamais été biberonnés avec ces derniers. L’immense et incontestable qualité de Chien 51 et de sa suite, c’est à mes yeux leur clarté : on ne peut pas prendre de travers ce qu’essaie de raconter leur auteur, et ce qu’il raconte est parfaitement juste. Le constat central de Zem en particulier, je pense, résonnera longtemps dans ma tête, pas tant parce qu’il est nouveau, mais parce qu’il a été si parfaitement exprimé ici que j’ai envie de le retenir pour pouvoir l’utiliser pour de futures discussions/démonstrations. Et si ça c’est pas une preuve que c’est un bon bouquin, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Enfin, les goûts et les couleurs, j’imagine. Moi, je continue à penser que Laurent Gaudé est scandaleusement talentueux ; j’attends toujours qu’une de ses productions me contredise.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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