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Vaisseau d’Arcane T1 – Les Hurleuses, Adrien Tomas

Let ’em Burn – Nothing More (extrait de l’album The Stories We Tell Ourselves)

S’il y a bien une chose dont je ne me lasse pas au fil de mes lectures, chroniques et découvertes, c’est le sentiment de la confiance récompensée. Et s’il y en a bien une autre dont je me lasse encore moins, c’est celui de la surprise qui peut parfois aller avec.
Comprenons nous bien. Depuis Engrenages et Sortilèges, je sais qu’Adrien Tomas et moi sommes très globalement sur la même longueur d’ondes politiques, partageant de fait un goût certain pour l’engagement de nos ouvrages littéraires d’un côté et de l’autre de la barrière. Et depuis Notre Dame des Loups, je sais aussi que cet auteur est capable de vraiment commettre des œuvres qui me parlent, me prennent aux tripes et m’emportent sans que mon esprit d’analyse veuille à tout prix montrer le bout de son nez.
Forcément, j’avais envie d’en découvrir plus : ce que j’ai fait en me portant acquéreur l’automne dernier du premier volume du diptyque Vaisseau d’Arcane, dont il est question aujourd’hui. Et donc, quand je parle de confiance récompensée mais quand même de surprise, ce que je veux dire, c’est que je savais que ç’allait être bien. Mais même en sachant que ç’allait être bien, je ne pensais pas que ce serait si bien. Alors bon, je me doute que ça peut faire un poil vexant comme ça. Mais j’vous jure, c’est rien d’autre que de l’enthousiasme. Parce que Les Hurleuses me semble cumuler les deux qualités des deux ouvrages sus-cités dans une assez fabuleuse synergie.
Attendez, je vous explique.

Sof est une discrète mais efficace infirmière à l’hôpital général de Mithrisias, Capitale du Grimmark. Elle vit dans l’ombre de son frère Solal, éditorialiste et mondain aussi populaire auprès de la population pour ses papiers incendiaires sur l’Édilat qui dirige le pays, que logiquement mal vu par les industriels et politiques qui profitent du système injuste entretenu par ses cibles. Lorsque le sort funeste de l’Arcane s’abat et fait de lui un Touché, effaçant sa personnalité et la majorité de ses aptitudes intellectuelles en échange d’une incommensurable puissance magique qui sera utilisée par l’Édilat à ses dépens, comme tant d’autres avant lui. Sentant que son frère est victime de plus d’une injustice et qu’il n’est pas un Touché ordinaire, c’en est trop pour Sof, qui décide de fuir avec lui aussi loin que possible ; entrainant dans leur sillage des conséquences insoupçonnées.

Disons le tout de suite, ce que j’ai préféré dans Les Hurleuses, c’est qu’Adrien Tomas y est énervé. On ressent à plus d’une occasion une tension dans les mots, dans la façon de raconter le Grimmark et ses pays voisins, les mécaniques de pouvoir d’un Édilat si clairement corrompu à tous les niveaux. Soyons honnêtes, un monde de fantasy tel que celui-là, dans sa construction globale comme dans les mécaniques d’intrigue invoquées par Adrien Tomas n’a rien d’absolument révolutionnaire, en soi. Il n’est pas tant question de créer quelque chose d’absolument renversant, mais surtout de le faire de la meilleure façon possible : solidement. Une démarche qui évidemment, me parle. Mais dans ce ton, précisément, se niche la singularité qui m’a sans doute accroché plus que tout le reste. Ce n’est pas pour dire que le travail de world-building de l’auteur n’est pas bon. Non, certainement pas, j’insiste. Au contraire, il est excellent. Avec une myriade de détails culturels ou technologiques, d’éléments de pure altérité et de logiques étrangères ou peu familières à notre monde, cet univers respire, d’une façon glorieusement organique.
Reste néanmoins que c’est ce que j’ai retenu avant tout, cette rage sous-jacente, éclipsant presque le reste. Parce que malgré tous les moments d’aération de l’intrigue, les changements de point de vue, la capacité d’Adrien Tomas à injecter dans cette merveilleuse tambouille fantasy-géo-politico-techno-thriller de la nuance et de l’auto-contradiction, autant pour brouiller les pistes que pour exprimer la profonde complexité des enjeux, je n’ai jamais cessé de ressentir la colère, la frustration, la lassitude. Une colère puisée dans notre monde et ses abjections, transformée avec exigence et juste ce qu’il faut de pudeur pour la rendre différente, certes, mais quand même foutrement évocatrice. Et d’une certaine façon, oui, belle. Belle parce que refusant la résignation, poussant vers des idées nouvelles, la possibilité d’autre chose, par le simple effet de reflet et la persévérance à chercher du changement plus que de la nouveauté. Quelque chose que la bonne fantasy, à l’instar du reste de l’Imaginaire, sait très bien faire.

Et c’est bien à de l’excellente fantasy que nous avons affaire ici, donc, et à une superbe histoire avant tout. Parce que pour tout ce que je peux m’emporter joyeusement à propos d’analyse politique d’une œuvre – et bon sang qu’il y a un paquet de bonnes questions posées dans ce roman – j’ai aussi très envie d’applaudir la construction de son intrigue et sa galerie de personnages. Je parlais de nuances, plus haut, ainsi que de respirations. Ce sont des choses auxquelles j’ai de plus en plus envie de prêter attention dans mes lectures, ces derniers temps ; je fatigue un peu de ces récits où tout le monde est sombre, torturé, complexe, où tout le monde peut trahir tout le monde à la moindre occasion au nom de motivations égoïstes ou nébuleuses. J’ai envie de plus de bons sentiments, de personnages poussés par leurs qualités plutôt que par leurs défauts. Fort heureusement, je trouve que pour une bonne partie du récit, j’ai été servi, et bien servi.
Alors certes, je ne peux pas dire que ce récit précis soit un contre-exemple parfait à mes gênes ponctuelles : il s’y passe des choses pas reluisantes, et certains des personnages au travers desquels nous lisons l’action sont tout sauf recommandables. Ce récit est pour une bonne part assez sombre et aime jouer sur nos attentes et certitudes. Mais pour autant, il le fait avec suffisamment de malice, de retenue, et surtout d’humanité, pour équilibrer l’ensemble et le tirer dans une direction qui me parle vraiment. Les personnages sont vivants et dotés d’un souffle d’humanité déroutant, Adrien Tomas sachant par ses focalisations internes nous donner des perspectives uniques et un certain recul sur l’ensemble de la situation qui donne au tout une sacrée puissance narrative, et surtout beaucoup de profondeur. Il ne s’agit pas de sur complexifier les enjeux, mais simplement d’opérer une très maline intrication de simplicités entre la macro-histoire et les micro-histoires qui la composent. Le récit suit son cours, et nos yeux de spectateurs constatent que rien n’est jamais aussi simple qu’on l’aimerait. C’est toujours un sain rappel, surtout dans une histoire dont on a envie de savoir jusqu’au bout où elle va mener.

Et ce sera mon dernier compliment : j’ai absolument adoré me laisser balader tout le long de cette histoire. J’ai certes conjecturé, essayé de faire attention aux détails, suivi du mieux que je pouvais ; mais pour toutes les petites choses que j’ai vaguement anticipé, je me suis complètement fait avoir, du début à la fin. Juste parce que par dessus tout, j’étais pris, embarqué. Je n’ai pas mis mon cerveau de côté, non, j’étais plutôt en transe. Parce que les personnages étaient humains et donc à défaut de systématiquement attachants, au moins toujours intéressants. Leurs dynamiques étaient passionnantes et soulevaient plein de lièvres fascinants, intra comme extra-diégétiques, au travers de dialogues ou de scènes mémorables pour leurs contenus comme leurs expressions par l’auteur. Entre le rythme intelligemment soutenu, les différents aspects de l’intrigue et tous les thèmes traités par Adrien Tomas, c’est un quasi sans faute. Ça se salue comme tel.
Et comme en plus d’avoir de la chance pour récompenser ma curiosité ou ma fidélité, j’en ai aussi avec mon timing ; il me semble bien que le second tome arrive bientôt. Si ça c’est pas formidable, franchement, hein. J’aurais aimé le faire exprès.
Bon par contre, confiance, tout ça, tout ça, mais attention. Après un tel départ, faudra pas rater l’arrivée, je serai intraitable.

On se revoit bientôt pour d’autres compliments, sans doute.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Vaisseau d’Arcane T1 – Les Hurleuses, Adrien Tomas

  1. Lullaby dit :

    aaah vaisseau d’arcane ! une excellente surprise ! surprise, parce que je ne l’aurais pzas lu de moi-même (le côté steampunk), s’il n’avait pas été sélectionné au prix imaginales des bibliothécaires. et ç’aurait été bien dommage ! etant jurée, je l’ai donc lu et j’ai a-do-ré ! vivement le tom 2 !
    (j’avais bien aimé aussi Notre dame des loups)
    (désolée pour les coquilles et l’absence de majuscules, je tape avec une main, tendinite oblige…)

    Aimé par 1 personne

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