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Fiction n°163 – Juin 1967

« – Tu veux quelle quantité de jaune, sur la couverture ?
– Oui. »

Le matin en allant au boulot, s’il fait beau et que j’ai pas encore choisi ce que j’allais lire dans le rayon ou si je n’ai pas de lecture plaisir en cours, il faut bien que je m’occupe. Alors Fiction.
Voilà.

Thomas l’incrédule, Thomas M. Disch
Frustrant à chroniquer, cette nouvelle, parce qu’elle est à la fois bien et pas bien. Toute une part de sa démonstration autour du pouvoir de la foi et de la croyance fonctionne vraiment bien, notamment du côté technologique de la question, avec un superordinateur calculateur de probabilités auquel la CIA fait beaucoup trop confiance ; ça tient de la clairvoyance quand on voit ce qu’est devenu le rapport à l’IA chez quelques prétendues élites. Mais de l’autre côté on oppose à cette foi dans la technologie une foi dans autre chose, et pour se faire, on se rend chez des sorciers africains, ce qui empoisse une trop grosse partie du récit d’une vision colonialiste à tendance paternaliste et condescendante qui franchement fait assez gravement tâche. De fait, le récit est trop coupé en deux pour réussir à fournir un propos suffisamment cohérent pour réellement me convaincre arrivé au bout. Je mettrais au crédit de Disch qu’il parvient quand même à finalement exprimer quelque chose d’intéressant quand il crée un pont entre la foi et la propagande, mais l’exécution générale est encore trop instable pour que je puisse vraiment considérer ce texte comme une véritable réussite. C’est ok, mais de peu.

Calme plat en enfer, Larry Niven
Que dire. C’est un vieux texte qui se réclame de textes déjà vieux à son époque. Du coup c’est turbo-vieux : technique avant tout. Quasiment pas de concept en dehors de l’exploration technologique d’un potentiel futur où on serait capable d’aller sur Venus. Mais comme c’est super frontal dans l’idée de base et dans l’exécution, et que franchement c’est très honnête dans le côté mécanique et exploratoire, eh bah ça passe pas si mal du tout, au final. C’est pas grandiose, mais c’est certainement pas mauvais non plus ; et le duo de personnages, dans leur relative simplicité, il fonctionne plutôt bien. J’ai passé un bon moment. Pas un grand moment, mais un bon moment.

Le grand zédinn d’Aldénagar, Guy Scovel
Meh-. On sent l’auteur français qui puise son altérité dans l’usage intensif des consonnes : y a du nom d’alien du floux à toutes les pages, et plutôt deux fois qu’une. Je vais lui accorder ça, à Guy Scovel, il essaie. Il essaie même très fort, au travers de la variation dans les points de vue, dans la progression voilée de ce qui s’apparente à son intrigue. Mais de fait, ça manque cruellement de maîtrise et de consistance. Du coup, si le déroulé rend curieux et peut même ponctuellement faire vraiment plaisir, avec cette alliance de circonstance étonnante entre un humain et un alien étrange, les petites incohérences s’incrémentent jusqu’à une chute médiocre et décevante, annulant tristement tous les bons points accumulés jusque là. Du coup dommage.

Trop tôt pour mourir, Tom Godwin
Dans le genre récit old school, avec son humanité à moitié réduite en esclavage et à moitié balancée sur une planète hostile et presque invivable par une race alien très méchante, ça se pose là ; avec ce que ça peut suggérer de bons et de mauvais côtés, dans le charme un brin désuet et dans la lecture symbolique complexe des impensés du récit. Humanité trop forte et éternelle reprise du motif de l’adaptation comme trésor génétique à l’échelle civilisationnelle, aliens crécréméchans, raccourcis scientifiques foireux, morale finale facilement interprétable dans un sens fascisant au pire et discutable au mieux, avec une obsession vengeresse difficile à défendre, c’est chargé en émotions contradictoires, pour le moins. Et demeure malgré tout une réelle efficacité dans la conduite du récit, avec quelques fulgurances conceptuelles et des idées qui fonctionnent trop bien pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Le genre de texte que j’aurais plaisir à décortiquer un peu plus en profondeur pour m’en faire un avis plus définitif, je pense, pour savoir s’il souffre juste de son âge ou d’une gangrène idéologique intemporelle.

La nuit du jeu, Stephen Barr
Je sais pas trop quoi dire, sincèrement. Un jeune garçon et deux personnes à la fois sous son influence et qui lui mettent des coups de pression, dont on ne sait pas trop s’ils sont adultes, aliens, produits de son imagination, font une sortie de nuit et vandalisent des trucs, sans qu’on sache trop pourquoi, à se demander si iels mêmes le savent. Traduction étrange, texte étrange, ambiance bizarre à la limite du glauque involontaire… Pas compris, pas aimé.

On commence la section critique de ce Fiction avec une chronique scientifique signée Gérard Klein, titrée Des paroles et des pierres. On y parle tradition orale, transmission des histoires, folklore et tout le toutim. Honnêtement, c’est un brin verbeux, un brin verbeux et le chroniqueur s’y livre à quelques humble brags où il oublie un peu du humble en chemin. C’est certes pas inintéressant, sur le fonds, mais c’est quand même très long pour ce que c’est, je trouve, d’autant plus qu’on dirait une pub déguisée pour une collection à laquelle Klein a participé à ses débuts. Pas passionnant, certainement pas mémorable. Mais c’est mon côté béotien qui parle, sans doute.

On passe à la revue des livres : Démètre Ioakimidis nous parle de La vermine du lion de Pierre Carsac. Et comme à son habitude, en dépit de sa verve et de son talent de chroniqueur, il en dit beaucoup trop pour appuyer son propos, et c’est agaçant. Je sais qu’on a pas tou·te·s la même sensibilité aux spoils, m’enfin quand même, nous balancer tranquillement les morts et destinées de tous les personnages, je trouve que c’est de l’abus. Mais bref, en dehors des angles morts patriarcaux malheureusement attendus des récits de SF de l’époque, il semblerait que Pierre Carsac avait des ambitions décoloniales à faire valoir dans son travail ; ça donne un peu envie.
Au tour d’André Ruellan de nous entretenir de La forteresse de coton de Phillipe Curval. En dehors de la confirmation indirecte que clairement, cet auteur a à mes yeux un gros problème avec le sexe et sa représentation tant son chroniqueur en parle pour parler de son ouvrage et donc, non je ne le lirai pas ; je serais incapable de vous dire exactement ce que ce dernier a réellement pensé du bouquin. La chronique est si pédante, creuse et remplie de contradictions que je ne suis même pas sûr que certaines des phrases écrites par Ruellan soient effectivement des compliments ou des reproches, parvenant à expliquer aux deux bouts de sa recension qu’enfin Curval, en s’attaquant à de la blanche, devient un véritable écrivain, en même temps qu’il aimerait qu’il revienne à son écriture et ses thèmes précédents pour écrire des trucs qui lui plairaient plus. Ça ressemble à un article pondu pour mettre son auteur en valeur plutôt que son sujet.
Et retour vers Démètre Ioakimidis qui passe en cosplay critique assassin pour allonger quelques droites au Bréviaire des robots de Stanislas Lem, ainsi qu’à la collection Présence du futur, qui accueille le recueil, spoils complets des nouvelles qui le composent, évidemment. Sinon c’est pas drôle, j’imagine. Alors certes, ça donne moyennement envie, mais étant donné que déjà que j’aime pas connaître la chute d’un roman en avance, ça ruine encore plus le plaisir de la découverte pour des nouvelles, donc bon. J’ai surtout le sentiment d’un règlement de comptes un peu bizarre et sorti de je ne sais où, avec le retour de ce qui ressemble à un curieux rejet de principe de la présence américaine dans les collections francophones pour des raisons un peu nébuleuses.
Beh. Une section critique pas très inspirée et fort peu inspirante.

Ensuite, une section « Notes de lecture », consacrée à la recension d’un numéro des Cahiers Renaud-Barrault, par Luc Vigan parce qu’on y parle « Fiction et Imaginaire ». Curieux petit article de metachronique, évoquant notamment le traitement de Ray Bradbury. Je ne saurais pas trop quoi dire, n’ayant pas accès au matériau de départ, mais c’est intriguant.
Et enfin, une chronique théâtrale consacrée au Théâtre Panique d’Arrabal. Deux choses à noter : rigolo de croiser le mot « happening » utilisé dans sa compréhension moderne dès 1967 dans une chronique, de un. Et de deux : Jacques Goimard nous propose une lecture entièrement psychanalytique des œuvres qu’il a pu voir. Du coup, merci mais non merci.
Et derrière, mes excuses à Gérard Klein qui s’est sans doute donné du mal pour sa chronique artistique, mais la galerie comme l’exposition dont il est question ne doivent certainement plus exister : je passe.

Et voilà ! Pas un numéro mémorable, mais hey, c’est le jeu.
Je m’amuse toujours à explorer, ça remplit bien les intervalles, c’est chouette. On se retrouve pour le prochain.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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