
Standing Next To You – Jung Kook (extrait de l’album Golden)
En toute transparence, il aurait été fort peu probable que ce roman fasse son apparition dans le coin s’il n’avait pas été écrit par son autrice. Betty Piccioli est en effet une personne qu’au delà d’apprécier personnellement je respecte énormément. Et si à cause de mon parcours, de mes goûts personnels et de ma position professionnelle actuelle je ne suis que très peu porté vers la littérature jeunesse ou YA, il n’empêche que la vue du présent texte dans un bon de commande pour la fin d’année m’a empli d’une joie sincère. Il m’aura en effet suffi de tenir en mains Blood Over Bright Haven pour savoir que même si je ne suis pas spécialement le cœur de cible du label Calix, leur travail est soigneux et qualitatif : Betty mérite au moins ça. Alors je me suis dit que j’allais faire un petit geste, tenter le coup et voir ce que ça donne, histoire d’envisager sereinement de défendre le titre ici et en boutique, parce qu’il ne s’agit pas que de moi.
Mais ça reste mon blog quand même, alors ce qui suit sera mon verdict, qu’on pourrait résumer ainsi : je suis effectivement trop vieux pour un roman pareil, mais je pense que Calix a absolument raison d’autant y croire.
En avant.
Iléna vit dans le petit village de Sablé-sur-Ailette, où elle travaille comme enchanteuse de puzzles, dans sa petite boutique, attenante à la taverne tenue par son père et son oncle. Son quotidien tranquille est un jour bouleversé par la visite surprise de la présidente de la Fédération Internationale des Puzzles Enchantés, qui suite à la défection de son fabricant usuel, six semaines avant les championnats du monde organisés dans une grande ville voisine, vient solliciter les services d’Iléna pour fournir l’événement.
Je crois que c’est Grant Morrison qui disait – apocryphement – que les adultes sont infiniment plus difficiles à satisfaire que les enfants en termes narratifs, parce qu’ils se posent trop de questions et exigent trop de préalables à leurs histoires. Si je ne devais me baser que sur ma propre expérience, je dirais qu’il a entièrement raison, et que c’est bien triste. Parce que force est de constater que quand on a un cerveau câblé comme le mien, un peu trop analytique, un peu trop porté sur le comment et pas assez sur le quoi, on se retrouve régulièrement à appréhender certains textes de la mauvaise manière.
Je sais très bien que la littérature cosy c’est pas vraiment ma came. J’en aime l’idée, mais je sais ne pas trop en aimer l’expression ; c’est d’ailleurs pour ça que j’en lis si peu. J’ai souvent le sentiment que ça manque d’enjeux suffisants pour vraiment m’intéresser ou me happer. Ce qui est assez ironique, quand on on considère à quel point je suis en appétit devant de bonnes fictions paniers, et à quel point j’appelle de mes vœux une réduction de la domination des modèles de littérature plus conflictuelle et pessimiste. Mais demeure qu’à mes yeux en toute chose l’équilibre est roi, et de fait, si je n’aime pas les excès de noirceur, les excès de lumière peuvent aussi à leur manière m’aveugler. Ça c’est pour le préalable à ma lecture de ce roman, histoire de situer d’où je partais : sans être particulièrement méfiant, ma curiosité était mâtinée de circonspection.
À l’arrivée : qu’est ce que c’est choupi, dites. Oui, forcément que mon œil d’adulte désabusé a tout vu venir à des kilomètres, évidemment que mon esprit qui suranalyse tout a trouvé que ça manquait de subtilité, bien sûr que mon cœur de pierre n’a pas beaucoup vibré à l’unisson des sentiments de tous ces gentils personnages à qui il arrive des choses somme toute normales à l’aune de leurs vies et de leur univers chatoyant ; oui, à ma manière, bien entendu, je suis « trop vieux pour ces conneries ». (« Conneries » ici n’étant qu’un terme purement référentiel et pas un réel jugement de valeur à propos de l’histoire concoctée par l’autrice, je précise ; normal ne veut pas dire que ce n’est pas sérieux.)
Mais il faut savoir faire la part des choses. Interroger, en quelque sorte, plutôt que l’adulte de façade, l’enfant intérieur. Qu’est ce qu’il a à dire, lui qu’on enterre trop souvent au fond de soi ? Eh bah il a kiffé, ma parole ! Et comment faire autrement, pour lui, je vous le demande. Dans le livre, y a des puzzles qui changent de couleur et de forme, et même des qu’on peut manger. C’est trop bien. J’étais pas particulièrement fan de puzzles dans j’étais petit, mais j’aimais bien ça : je peux vous parier que la perspective de puzzles enchantés et de tournois impliquant ces derniers aurait pu me rendre tout à fait déraisonnable.
Et d’un autre côté, si je me projette en quelque sorte en parent de moi-même, je dois aussi dire que c’est un bouquin que je me mettrais volontiers entre les mains pour sa positivité et son inclusivité, sa mise en avant de la solidarité et de l’empathie comme qualités humaines cardinales, au sein d’un joli arc-en-ciel de consciences et de personnalités. Mention spéciale, à cet égard, à l’anxiété de l’héroïne, un trouble extraordinairement difficile à rendre à l’écrit, parce qu’il paraît toujours répétitif et redondant à la lecture, alors qu’il est encore plus présent et pénible dans la réalité, même pour quelq’un comme moi qui en suis maladivement atteint au quotidien. Je ne vais pas prétendre que lire les angoisses d’Iléna était plaisant en soi, parce que c’était parfois un peu too much, mais ça fait quand même plaisir de se sentir un peu représenté ; et c’est trop bien fait pour que je me plaigne vraiment. En somme je me dis que Au puzzle enchanté est un roman qui fera forcément plus de bien qu’autre chose à une grande partie de son lectorat le plus jeune et le plus sensible, parce que c’est un bon roman, qui sait parfaitement à quel public il s’adresse, et se met à son niveau, sans complaisance ou condescendance, ni trop d’exigence.
Super chouette. Obligé de constater que ce genre de texte n’est plus vraiment pour moi mais je me console en imaginant une génération de jeunes lecteurices initiée avec ce genre de romans lumineux et intelligents. Ca recharge un peu la réserve à espoir, on en a bien besoin en ce moment.
Et tout ça sans parler de l’écrin réservé à Betty Piccioli par Calix, il faut le dire. Un très bel objet pour une très belle histoire. Ca fait plaisir aussi ; ça magnifie l’expérience. Entre le hardback sensation toilée, le jaspage avec les pièces de puzzle qui rappellent les décors intérieurs, les coupures de journaux en interlude ponctuelles, le bon doggo en tête de chaque chapitre : *chef’s kiss*.
Moi content.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

J’avais repéré ce roman, car les puzzles c’est un de mes péchés mignons et comme j’ai la cosy fantasy…
Ton retour sincère me donne encore plus envie de craquer à sa sortie !
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*j’aime la cosy fantasy (désolée pour le tronquage du mot ^^ »)
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