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La Griffe du Chien, Don Winslow

Gramatik – Satoshi Nakamoto (feat. Adrian Lau & ProbCause)(Extrait de l’album Epigram)

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, je ne veux effectuer aucun jugement de valeur sur les ouvrages que je lis en dehors de leurs qualités intrinsèques. Le genre n’est qu’une donnée parmi tant d’autre qui me permet d’évaluer un texte en fonction de ce qu’il propose, et uniquement cela. Fondamentalement, je crois sincèrement que n’importe quel genre est capable de transcender ses archétypes pour atteindre quelque chose de supérieur, une sorte de quintessence littéraire. Bien évidemment, le genre reste un facteur d’appréciation inévitable, puisqu’il porte en germe des thématiques plus ou moins faciles à transcrire en fonction des événements qu’il raconte – dans le domaine de la fiction tout du moins – mais je confesse mon inconséquence, c’est tout ce que je lis.

Tout ça pour dire que le genre policier/thriller n’a jamais été mon genre de prédilection, la faute à des choix de lecture de jeunesse trop vite portés sur l’Imaginaire et à un manque de curiosité qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour corriger. Mais, à un moment, la lumière s’est faite dans mon esprit, grâce à de bonnes rencontres et tout simplement le fait de grandir. C’est donc presque naturellement qu’un jour, m’a été conseillé la Griffe du Chien de Don Winslow, que j’ai décidé de lire, tout simplement parce qu’il fallait bien que je commence à élargir mes horizons quelque part, et qu’à ce moment là, j’avais déjà lu tous les bouquins de Frank Thilliez qui m’étaient disponibles.

On me l’a, grosso modo, résumé ainsi :
« Don Winslow a fait des années entières d’enquête à la frontière américano-méxicaine, interrogé tous les acteurs du trafic de drogue entre les deux pays, y compris les plus importants, jusqu’aux hauteurs les plus dangereuses et confidentielles, et il en a sorti ça. Un bouquin titanesque qui raconte tout, des deux côtés, sans concessions, à partir des années 80. »
C’était plutôt un bon résumé ; même si il est toujours amusant de voir à quel point des œuvres aussi puissantes que celle ci (oui, spoiler, j’adore ce roman), cultes pour tant de monde autour de moi, sont pour autant relativement anonymes. La question maintenant est donc de comprendre exactement pourquoi, alors que les histoires policières, documentées, particulièrement autour de la drogue, ont habituellement tendance à m’ennuyer.
La réponse est simple. Don Winslow a injecté à sa documentation exactement la bonne dose de fiction. Tout dans cette histoire tourne autour de ceux qui la constituent, et non pas de ce dont elle est constituée au départ. Comprenez bien, il eût été aisé pour lui de simplement rédiger un documentaire exhaustif autour des mécanismes du trafic de drogue dans cette région du monde à cette époque, mais il a préféré se concentrer sur celles et ceux qui ont eu une influence dessus à la place.
Tout est là. Car bien qu’il ait changé quelques détails, l’essentiel du récit est vrai, et s’articule autour des personnages et de leurs motivations, de leurs caractères, plutôt que de se cantonner aux prévisibles luttes de pouvoir. Et des personnages qui auraient pu n’être que des outils au service d’une intrigue se retrouvent les moteurs de luttes qui vont au delà de l’argent et du pouvoir. Et c’est absolument fascinant, car ainsi, tout fait sens.
On se prend à souffrir d’empathie pour des ordures, à s’étouffer d’indignation devant les agissements de chevaliers blancs, mais jamais on ne questionne leurs décisions, car elles sont logiques, inscrites dans la droite lignée de tout ce qu’ils sont en tant qu’êtres humains, avec leurs parts de contradictions et de tourments. On s’attache même à certains, on leur pardonne plus ou moins, mais on comprend toujours.

Cependant, l’intrigue n’est pas en reste, loin de là, et, grâce à la profondeur des personnages, précisément, le sentiment d’immersion est vertigineux. Savoir que la majorité des faits relatés, bien que romancée, est réelle fait régulièrement s’interroger sur le niveau de folie du genre humain et parvient parfois à nous faire douter de l’honnêteté de Don Winslow tant certains passages sont terriblement imaginatifs. Mais quelques recherches et déductions montrent que non. Et alors on replonge bien volontiers, on reprend du rab, sans rechigner. Le style est clair, les rouages tournent, bien huilés, on ne se perd ni dans les machinations ni dans l’annuaire que constitue cette tranche d’Histoire. La construction narrative n’est pas en reste, s’arrêtant parfois à des moments clés, qui si certains arcs nous passionnent moins, sont passés plus vite, simplement par hâte de retrouver les éléments qui nous passionnent le plus.

Donc oui, La Griffe du Chien est à mes yeux un incontournable du genre, parvenant par un miracle improbable à être à la hauteur de ses ambitions démesurées, décrivant par le menu un pan entier de l’histoire commune du Mexique et des Etats-Unis, sans laisser à aucun des deux « camps » le loisir de sortir plus beau que l’autre. On relativise tout, on comprend mieux les enjeux d’un chaos comme celui là, et l’on ne peut que se désoler d’un tel gâchis, tout en saluant avec contrition les rares rescapés qui ont su garder la tête haute.
Ce roman a su me convaincre qu’en Littérature, on pouvait toujours être surpris, et que c’était probablement ça le plus beau.

Au plaisir de vous recroiser,
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles.

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