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Ce qui n’est pas nommé, Roland C. Wagner

The Snake – Al Wilson

Lire Roland Wagner, pour moi, c’est à chaque fois quelque chose de spécial. Un auteur que j’ai découvert trop tard, avec le pire timing imaginable. Je n’avais jamais entendu parler de lui, et j’apprends qu’il vient de mourir, alors que je visite les Utopiales. Curieux, déjà, je me dis que le découvrir ne pourra pas me faire de mal, et que l’émotion qui entourait le stand hommage qui lui était consacré ne pouvait probablement venir que de quelque chose, quelqu’un d’unique. Et comment. Alors que j’ouvrai pour la première fois l’exemplaire des Ravisseurs Quantiques (ignorant leur appartenance à une série entière et au complet décalage que j’opérai alors par rapport à cette dernière) que j’avais acheté à cette occasion, je fus saisi d’une fascination et d’une admiration qui ne m’auront jamais quitté depuis. J’ai depuis pris le temps d’en lire plus. Beaucoup plus. Entre Rêves de Gloire ou Les Futurs Mystères de Paris, l’auteur est rentré sans aucun conteste, avec un fracas notable, dans mon panthéon personnel. Maintenant, lire du Roland C. Wagner c’est un plaisir régulier. Un auteur dont il me reste beaucoup à lire, dont je sais déjà qu’il ne me décevra pas ou peu, et que je peux prendre mon temps pour apprécier. Un volume de temps en temps, histoire de garder son goût en tête. J’ai acheté Ce qui n’est pas nommé sur un coup de tête, me disant que je pourrais le lire sans pression, pour me remettre d’une mauvaise lecture ou simplement comme transition entre deux gros ouvrages, profitant à la fois du format de quatre novellas et de mon attachement à l’auteur. Et bien entendu, aucune déception. Voyons cela.

Ce qui n’est pas nommé:
La novella éponyme qui ouvre le recueil nous présente autant la vie d’un jeune homme que le monde dans lequel il évolue, où la parole est sacrée, et où le langage a pour ambition d’être réduit à sa plus simple expression.
Cette histoire m’a instantanément rappelé à quel point j’adore Wagner pour sa plume virevoltante et iconoclaste, dont l’expression même raconte quelque chose de plus que ce qu’elle raconte seule. Le sous-texte politique, comme toujours est prégnant, un cri d’amour à la liberté et à ceux et celles qui veulent vivre pour elle. Le texte manque parfois un peu de clarté et d’enjeux clairs, il faut le reconnaître, de par la volonté de créer une impression d’un langage autre et d’un monde fonctionnant selon des us et coutumes différents des nôtres, mais l’essentiel est préservé par le sens profond et le caractère très philosophique des réflexions menées. C’est joli, c’est malin, aucune raison de bouder son plaisir.

Pax Americana:
Ce deuxième texte s’ouvre dans un contexte de nouvelle guerre froide entre le bloc européen et le bloc des Etats-Unis d’Amérique. Nous y suivons tour à tour, selon divers points de vue qui se succèdent au fil des chapitres les membres d’un groupuscule terroriste préparant une attaque sur le président des USA en visite en Europe, ce dernier, mais aussi le président de l’Europe, le responsable de la sécurité lors de cette visite, et quelque autres personnalités de l’ombre.
Cette novella est probablement ma favorite du recueil, jouant encore sur les forces de Wagner, à savoir des personnages très vite identifiables, des dialogues qui fusent et une histoire à enjeux multiples, tant du point de vue de la narration que de l’analyse. En suivant les différentes focalisations qu’il nous propose, il brouille un peu les cartes et nous fait douter de la moralité des protagonistes et nous donne à voir autant une histoire qu’un monde à part entière. On devine en filigrane des éléments qu’il aura utilisé ou recyclé dans d’autres de ses œuvres, comme La Saison de la Sorcière ou Rêves de Gloire, déployant son goût et son talent pour l’uchronie et ce qu’elle peut raconter et permettre de raconter entre les lignes.
Un contre-pied permanent très amusant et assez jouissif à parcourir, qui nous titille le cortex avec juste assez d’espièglerie pour être attachant mais suffisamment de malice pour nous faire relever le nez de temps en temps, le temps de réfléchir et de se rendre compte qu’il y a une vraie réflexion au delà de la blague. Une belle satire.

Musique de l’énergie:
Une novella qui cette fois ci se déroule aux Etats-Unis, dans le contexte des Futurs Mystères de Paris, qui ferait office de préquelle à certains de ses événements. Nous y suivons un groupe de rockers, poursuivis par un gouvernement puritain et autoritaire après un concert, sauvés par l’esprit du Rock’N’Roll.
Evidemment un immense plaisir de pouvoir relire des choses en lien avec cette oeuvre massive et culte pour moi que sont les Futurs Mystères, d’autant plus quand elle creuse plus loin certaines de ses thématiques et en explique plus précisément certains pans de son intrigue. Ceci étant dit, je pense que ceux et celles qui n’auraient pas lu Les Futurs Mystères seraient un peu dépaysés et manqueraient d’éléments de compréhension qui permettraient de pleinement saisir les enjeux déployés ici, particulièrement la Psychosphère, et donc d’en profiter à fond. Cependant, il serait difficile de nier les qualités intrinsèques de cette novella, qui frappe encore assez fort sur certaines des obsessions de Roland Wagner, son amour de la musique et son pouvoir à la fois unificateur et disrupteur, la puissance de la bienveillance et les maux qui depuis l’aube de l’humanité nous poussent dans les mauvaises directions. Encore une belle lecture, confortée sans doute par mon attachement à l’univers auquel elle participe.

Pour qui hurlent les sirènes:
La dernière novella est quant à elle consacrée aux parcours croisés de deux groupes d’individus aux mœurs très différentes dans une société qu’on devine très différente de la nôtre, sans pour autant avoir beaucoup de détails à se mettre sous la dent.
L’idée est plutôt de se concentrer la question de l’individu par rapport au collectif, et sur l’expression de cette individualité. Encore une fois, Roland Wagner use en majorité du prisme musical et y adjoint une réflexion politique et technique, dont ses personnages sont autant de relais. Ce texte étant le plus direct, il me manque un peu de matériel pour pouvoir en parler sans le spoiler. C’est à mon goût le moins fort du recueil, bien que toujours qualitatif, mais il manque de la qualité de subtilité et de malice qu’on retrouve un peu plus aisément dans les autres.

Etant donné mon profond attachement à Roland C. Wagner et à son oeuvre, il faut sans doute prendre mon avis avec quelques pincettes. Mais force est de reconnaître, qu’encore une fois, sa plume très organique, sa sensibilité politique et son sens aigu de la métaphore m’ont de nouveau séduit. Il fait partie de ces auteurs que j’aimerais pouvoir oublier juste le temps de le redécouvrir, pour pouvoir m’émerveiller encore et encore, autant de sa capacité d’abstraction, de création, de conceptualisation. Peu nombreux sont les auteurs et autrices, dans ma vie, dont j’ai eu le sentiment profond qu’iels avaient crée quelque chose d’unique, qui ne leur appartient qu’à eux, dans le fond ou dans la forme; dont on pourra encore retrouver la trace dans les années, décennies, voire siècles à venir.
Si vous aimez Wagner, foncez, et comme moi, vous ne serez sans doute pas décu.e. Si vous ne connaissez pas, il me semble que ce n’est pas la meilleure porte d’entrée, même si son oeuvre est riche et pléthorique, d’une qualité suffisante pour séduire tout fan d’Imaginaire en quête de sensations et d’idées nouvelles.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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