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Ni d’Ève ni des dents – Episode 12

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Jour 56 – 28 Mai
13h30

La nuit a été très longue, et même après avoir pu me coucher, sur les coups de 3h je crois, j’ai eu un mal fou à trouver le sommeil. Je viens tout juste de me lever. La puanteur de l’immeuble m’a, pour la première fois, vraiment saisie à la gorge en me réveillant. Il m’a fallu aérer ma chambre et rompre mon protocole d’économies d’eau en faisant mes ablutions beaucoup plus longuement qu’à l’accoutumée pour avoir l’impression d’être propre. La saleté commence à devenir un véritable problème, maintenant que nous n’avons absolument plus d’eau courante. L’hygiène va sans doute devenir une priorité dans les temps à venir, et des choix vont devoir être faits pour savoir comment nous organiser.
L’attaque n’était pas pour nous, finalement. Pas directement en tout cas. Les trois avions sont passés au dessus de nous, se dirigeant vers l’ouest et l’épicentre probable de l’infection. Ils ont largués des bombes assez loin de nous, créant au loin quelques incendies, dans ce que nous devinons être des petites villes rurales, ou tout du moins peu urbanisées. Ils ont effectués trois passages, avec une heure et demie d’intervalle à chaque fois, en toute logique pour refaire le plein de kérosène et de bombes.
Le gouvernement, ou tout du moins l’armée, agissent donc. Il y a encore une tête pensante pour gérer cette situation, et leur optique de destruction de la menace nous indique la violence et l’ampleur de l’épidémie, ce qui nous conforte encore un peu plus dans la nécessité de contacter les autorités avant d’essayer de les rejoindre. Ceci étant dit, Rebecca, sachant se rendre utile, pour une fois, a suggéré une idée toute simple mais pas dénuée d’intérêt, à savoir effectuer une reconnaissance lointaine du cordon sanitaire. Après tout, nous avons une voiture et des jumelles. Qui plus est, nous pourrons peut être trouver d’autres petites villes non infectées mais évacuées où trouver des vivres et peut être même un endroit où s’installer. Nous pourrions même croiser les doigts pour de l’eau courante et de l’électricité.
Ce qui me fait penser que l’État ou certains de ses représentants les plus intelligents auraient peut être l’idée de surveiller la consommation dans ces villes abandonnées, et donc de pouvoir repérer d’éventuels survivants. Il faudra que je pense à en parler aux autres.
Mais pour l’instant, nous sommes dans cet immeuble, et nous devons y rester tant que nous le pouvons. Eric a souvent été celui qui m’a aidé à m’en sortir dans ce qui reste mon pire moment depuis l’évacuation, et je ne veux l’abandonner que si je suis absolument certaine que son sort est fixé. Mon premier roulement est ce soir. Inutile de dire à quel point je n’ai aucune hâte d’y aller. J’ai peur de le voir dans le même état que Francis, ou pire. Je n’ai pas encore osé sortir de ma chambre, ne serait-ce que pour le risque que les autres m’en parlent. Après avoir regardé les incendies au loin et les allers et retours des avions pendant une partie de la nuit, nous nous sommes mis d’accord pour prendre une journée de repos aujourd’hui, pour nous, tenter tant bien que mal de nous détendre ; ils n’ont donc aucun besoin de moi. Je crois que je ne sortirais que quand j’aurais trop faim ou qu’il sera temps d’aller nourrir Eric. Pour le moment, je manque cruellement de courage. Ce qui est assez ironique quand on considère qu’il y a quelques jours encore j’ai fracassé le crâne d’un infecté qui a tenté de me sauter dessus au détour d’un rayon de supérette avec un pied-de-biche.

22h10

Il faut reconnaître un mérite aux situations de crises, elles vous donnent accès à des ressources insoupçonnées. Je parlais ce matin de courage. Je suis restée prostrée dans ma chambre, le regard dans le vide pendant environ trois heures, je crois, à laisser mon esprit vagabonder après avoir écrit dans ce journal. Et soudain, m’est venue l’envie, le besoin, l’idée, je ne saurais vraiment le qualifier… L’inspiration ? Je suis allé voir Daphné. Cette pauvre gamine m’avait l’air encore plus paumée que moi. Ce qui n’a rien d’étonnant. Du haut de ses treize ans, une crise comme celle là doit être encore plus extraordinaire, incompréhensible et terrifiante que pour nous.
D’autant qu’en voyant ses parents et le genre de personnages qu’ils sont, j’imagine aisément que sa vie  »normale » ne devait pas être un paradis non plus. Je m’étendrai plus à l’avenir sur les profiles terriblement caricaturaux de ces deux imbéciles, l’essentiel, c’est elle. J’ai vu très vite dans sa façon d’être des choses que j’aurais pu voir chez moi il y a quelques années, voire il y a quelques semaines, que l’évacuation puis l’infection m’ont instamment fait mettre de côté, par nécessité.
Cette gamine n’a pas eu le temps de vraiment découvrir la vie ni de se construire une véritable personnalité, et voilà qu’elle se retrouve piégée en plein apocalypse. Si elle survit, elle sera la star de son collège. Et je me suis dit que j’aimais bien l’idée qu’elle survive.
Donc, j’ai passé l’après-midi avec elle. Sans la forcer. Mais de toute évidence, elle avait besoin de contacts humains autres que les réprimandes et paroles stressées de ses parents. Je vous jure que rien de positif ne sort de leurs bouches, c’est effrayant. Je veux bien comprendre que la situation ne prête pas à toute la sérénité du monde, mais tout de même, il s’agirait quand même de fournir un petit effort lorsqu’il s’agit de s’adresser à elle. D’autant plus qu’elle fait sa part, sans rechigner ; elle compense même très largement le fait de ne pas aller en chasse avec nous par un travail domestique remarquable. Elle a même suggéré l’idée d’installer une tyrolienne entre notre toit et un toit voisin pour transférer une partie de nos déchets les plus gênants, ainsi que de nous dégotter de quoi installer des toilettes sèches. Fred a l’air de penser que les deux idées sont jouables. Cela pourrait atténuer sans régler le problème d’odeur qui se pose à nous, mais ça ne pourrait pas faire de mal à notre hygiène qui devient de plus en plus déplorable avec le temps qui passe.
J’aimerais pouvoir me dédouaner d’une quelconque façon, trouver une excuse valable au fait que je n’ai toujours pas écrit ici ce que j’avais vu en compagnie de Daphné quand nous sommes allées voir Eric. Mais je n’en ai pas le cœur. Me dire que c’était la première image qu’elle aurait de lui, alors que ce à quoi il ressemble aujourd’hui n’est tellement pas lui. Me dire qu’il s’est Effacé, comme ça, en un rien de temps, après tant de jours sans donner le moindre signe de basculement, me dire que je n’ai rien pu y faire, et que je vais devoir être témoin, régulièrement, de sa décrépitude…
Et voilà que je l’ai écrit, finalement. Pas vraiment, mais assez pour que me hante encore l’image de son corps vidé d’énergie, errant dans quelques mètres carrés sans but, se cognant mollement contre les matelas dressés fixés au mur. Pour le moment, il n’a pas esquissé le moindre geste vers la nourriture que nous lui avons passée par la trappe. Ses yeux comme sa bouche sont ouverts vers le vide. Son âme s’est envolée. J’aimerais que quelques braises couvent encore dans son corps, que le feu qui semblait l’animer puisse encore lui revenir. Mais pour le moment, l’espoir est mince.

Jour 57 – 29 Mai
17h30

Pas de nouveau passage des avions hier soir ou dans la nuit, même si cela ne nous a pas pour autant permis de passer une nuit sereine. Très vite dans la matinée, nous avons décidé de mettre en œuvre le projet de toilettes sèches, en nous maudissant de ne pas avoir eu l’idée plus tôt. Une faute à mettre sur le compte de nos habitudes dans le monde civilisé, sans aucun doute. Nous avons consacré l’essentiel de la journée à en discuter les modalités ; si nous sommes d’accord sur une chose, c’est que la prévoyance et la planification sont les meilleurs moyens d’éviter une erreur malvenue qui dans les circonstances actuelles pourrait très vite nous coûter très cher. Il s’agît de mettre en place un système entier pour pallier à l’absence d’eau courante et d’un circuit de recyclage, après tout.
Nous aurons sûrement besoin d’un certain stock de matériaux spécifiques, ce qui va sans doute nous forcer, à terme, à nous rendre de nouveau dans la zone industrielle, une perspective qui ne réjouit personne.
Nous avons également évoqué la tyrolienne de Daphné, mais ce projet fait clairement moins l’unanimité, sûrement à cause de son aspect un peu  »gadget ». Néanmoins, autant par souci d’évacuation des odeurs que par envie que notre immeuble ne se transforme pas en poubelle géante, je vais tenter de faire en sorte qu’on mène son idée au bout. Qu’elle ait quelque chose dont elle puisse être fière, et s’occuper. Je crois que pour notre santé mentale à tous et toutes, il est nécessaire de devoir se rattacher à des tâches importantes dont nous ayons chacun.e la responsabilité propre. Je vais aller leur en parler tiens. Ça nous fera un sujet de conversation pour le repas de ce soir.

Jour 58 – 30 Mai
01h20

La conversation nous a menés assez loin dans la soirée. Nous sommes tombés d’accord sur le principe d’une répartition des tâches, nous verrons comment ça évolue dans les prochains jours.
Je comptais écrire ça demain matin, mais les avions sont de retour. Je vais suivre leurs opérations aussi attentivement que possible, j’aimerais bien savoir comment ils comptent opérer.

3h40

Toujours les mêmes zones bombardées il me semble de là où je me trouve.
Par contre, des hélicoptères se sont joints à la fête, et ils ne prennent pas la même trajectoire.
Ils se dirigent vers des immeubles du nord du centre-ville.

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