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Déracinée, Naomi Novik

Volturian – Forevermore (extrait de l’album Crimson)

J’avais Déracinée dans ma ligne de mire depuis un petit bout de temps. Croisé dans les rayons plus d’une fois, auréolé de quelques prix prestigieux et – pour ce que j’en savais – d’une bonne réputation, je n’ai pourtant jamais passé le cap, faute d’un déclic ou d’une impulsion plus forte que pour d’autres œuvres. Il aura finalement fallu qu’une certaine personne (oui, toi) rentre en jeu et me le recommande plus chaudement pour que je me le fasse prêter et que je me décide à le lire ; avec au bide la petite mais tenace crainte de ne pas être sur la bonne longueur d’onde pour apprécier pleinement le voyage qu’on m’a conseillé de faire. A priori, aucune raison de douter, ceci étant dit ; puisque je demeure friand de fantasy, surtout quand cette dernière semble vouloir jouer avec certains de ses codes les plus enracinés et créer quelque chose de nouveau à partir de ce qui existait déjà auparavant. Et pourtant, comme souvent, il n’est pas tant question d’intention que de réalisation ; et dans le cas présent, comme très souvent, c’est bien plus compliqué que ça.
Allons-y donc pour un bilan aussi exhaustif que possible d’un ressenti terriblement mitigé, et donc excessivement difficile à exprimer.

Dans le petit village de Dvernik, on vit tant bien que mal à proximité du Bois, aussi maléfique qu’étrange. On n’y reste que parce qu’on y tient, et que le Dragon, puissant Mage, en assure la protection. Il n’exige, en échange, que de prélever une jeune fille, tous les 10 ans, afin d’en faire son assistante personnelle, dans la tour qu’il occupe loin de là. Et le moment est arrivé. Tout le village s’y est préparé, comme à chaque fois, et plus particulièrement Kasia. Trop parfaite pour le rôle, le doute n’a jamais été permis, et toute son éducation a été dirigée en ce sens. Seulement voilà, lorsque la visite du Dragon a finalement lieu, c’est Agnieszka qui est finalement choisie. Elle qui n’était prédestinée à rien se retrouve précipitée dans un monde qui n’aurait jamais dû être le sien. Mais il va bien falloir qu’elle s’y fasse. À moins que ce soit l’inverse…

Et comme souvent, arrivé ici, je ne sais pas trop comment enchaîner sereinement. Si j’ai l’habitude de subdiviser mes chroniques en fonction de mes différents ressentis, ici, cela me paraît un peu trop compliqué. En effet, ce roman tout entier, lorsque j’essaie de me le figurer, m’apparaît comme un entremêlement incessant de ses qualités et de ses défauts, qu’il m’est impossible d’évoquer les uns sans les autres. Car si ce roman brille régulièrement par ses inventions conceptuelles, il est aussi régulièrement assombri à mon goût par l’utilisation assez maladroite de clichés dommageables. Mon sentiment à cet égard est qu’à tenter de dépoussiérer la plupart des tropes qu’elle invoque, Naomi Novik a eu les yeux un peu plus gros que le ventre. En clair, toute l’histoire de Déracinée est bâtie sur des bases extrêmement classiques, afin, il me semble, de mieux en déconstruire la plupart de ses aspects. Cependant, pour un cliché savamment diverti et mené vers une idée efficace et bien narrée, je dirais qu’un cliché et demi retombe tout à fait sur ses pattes et efface quelque peu les réussites précédentes. On oscille donc sans cesse entre ces réussites et ces relatifs échecs, qui sont d’autant plus dommageables qu’ils sont encore plus visibles, par un effet de contraste assez impressionnant, car revenant très souvent.

Et on retrouve ce problème de contraste dans son rythme général, oscillant, là encore, entre des scènes et des résolutions allant bien trop vite et d’autres séquences qui prennent bien trop leur temps. J’avais et j’ai encore souvent le sentiment que ce roman était le cul entre deux chaises, hésitant entre un dynamitage punchy des codes du genre et une contemplation bienveillante et épique des canons du genre. Encore maintenant, je ne saurais dire si le roman aurait dû jouir d’un élagage d’une partie de ses sous-intrigues, permettant de faire plus de place à certains de ses enjeux majeurs ; ou s’il eût été bienvenu, au contraire, de le laisser se développer plus généreusement l’ensemble des histoires dans l’histoire afin de donner plus de souffle à l’ensemble, permettant ainsi à Naomi Novik de traiter au mieux toutes ses thématiques. Et il faut sans doute mettre mon sentiment général mitigé sur cette confusion, qui n’a cessé de grandir au fil de ma lecture. J’étais perdu entre ce que je comprenais des intentions de l’autrice et mes impressions d’un cahier des charges à remplir, brisant le rythme, la continuité et la cohérence de l’ensemble.

Mais encore une fois, j’aimerais éviter de laisser croire que mon ressenti n’est que négatif. Mon sentiment final a beau être mitigé, il faut bien reconnaître que Déracinée fait la majorité de son travail de façon extrêmement satisfaisante, et il faut sans doute mettre ma propension ponctuelle à voir le verre à moitié vide sur une humeur personnelle difficile ces derniers temps. Car les clichés sont des clichés pour une raison, et leur utilisation n’est pas une erreur ou une faute à proprement parler ; ce n’est que leur utilisation en rapport à une volonté – celle de bouleverser les codes de la fantasy – qui me paraît quelque peu paradoxale ici, que je regrette. Et en effet, si certains m’ont semblé dommageables durant ma lecture, c’était sans doute parce que Naomi Novik a su prouver tout le long du roman qu’elle était capable de les éviter ; c’était d’autant plus décevant de les lire en sachant qu’elle aurait pu faire mieux. J’ai tellement apprécié chacun de ses contre-pieds que j’étais d’autant plus déçu de la voir prendre la route la plus convenue lorsqu’elle le faisait, et encore plus sur certaines thématiques où elle aurait réellement pu faire quelque que j’aurais perçu comme original, ou du moins rafraîchissant.

Car, j’y viens, des originalités rafraîchissantes, ce roman en est littéralement rempli, et c’est sur ça que je souhaiterais conclure cette chronique, plutôt que sur le reste, car je reste persuadé que Déracinée n’a rien volé de son succès ; encore une fois, difficile de déterminer pour moi, en ce moment, si j’ai eu du mal à l’apprécier parce que mon humeur était maussade, ou si j’étais d’humeur maussade parce que j’avais du mal à l’apprécier. À cet égard, le fait qu’on m’ait recommandé l’ouvrage joue sans doute un peu également. Mais oui, il est important pour moi de noter que ce roman arrive très bien à illustrer le concept de pensée transversale, notre capacité à régler nos problèmes de façons novatrices dès lors qu’on sait s’extraire de nos schémas mentaux traditionnels. À cet égard, il faut saluer le système de magie de Naomi Novik, qui, s’il ne crée rien de neuf, repart de bases classiques pour y ajouter de nouvelles dimensions et une certaine poésie que j’ai adoré lire, de même que la relation professionnelle entre Agneszka et le Dragon, sur ces mêmes bases. L’idée de montrer par la force du destin que les choses ne sont, ironiquement, pas prédestinées ; qu’il y a une multitude de chemins vers une même destination est une idée qui me parle et je crois celle qui guide l’essentiel de ce roman. La coopération, l’écoute, la capacité à voir les choses depuis un autre point de vue que le sien sont au cœur de ce roman et de ses intentions. On peut donc aisément considérer que c’est une réussite, malgré, encore une fois, mes nombreuses remontrances, qui n’en sont que parce que l’air du temps et mes propres exigences ont tendance à parasiter mes lectures lorsque certains sujet sont abordés, et d’une certaine façon. Ma tolérance à certains tropes s’est un peu trop affinée pour mon plaisir de lecture, au bénéfice de mes obsessions analytiques je le crains. Mon aversion pour le spoil dans ces chroniques m’empêchant de fait de m’étendre sur ces sujets autant que je le voudrais.

J’ai bien conscience que mon retour, à l’instar de celui d’Un Long Voyage, bien que dans d’autres proportions, pourrait paraître si mitigé qu’il en deviendrait négatif. Peut-être bien. Je me rends compte que j’ai en effet bien plus de reproches à formuler à l’égard de Déracinée que de compliments, bien que ces compliments sonnent à mes oreilles bien plus puissamment que ces nombreux reproches, qui demeurent beaucoup plus subjectifs. L’équilibre à trouver est extrêmement délicat, à l’instar de celui que Naomi Novik a voulu trouver je crois dans son roman, entre constructions classiques et rénovations audacieuses. Si mon ressenti est assez amer, c’est sans doute, comme d’habitude, à cause d’une frustration née de ce qui aurait pu être mais n’est pas, en balance avec ce qui est effectivement ; avec à mes yeux un certain déséquilibre entre innovations et clichés. Mais ces derniers souffrent sans doute de mon goût trop poussé pour l’analyse et une mémoire insolente me rappelant trop souvent ce que j’ai déjà lu, ne me laissant pas le luxe d’oublier pour redécouvrir ailleurs. Le roman de Naomi Novik est nourri de nombreuses influences assez savamment hybridées et de suffisamment de choses lui appartenant en propre pour que je sache en reconnaître les qualités objectives. Il a je crois souffert d’une incompatibilité d’humeurs à la fois ponctuelle et profonde, entre ce que je n’ai pas su y trouver à cause d’une humeur particulière au moment de la lecture, mais aussi et surtout à cause de détails qui m’auraient chiffonnés en dehors de toute contingence extérieure.
Je dirais donc que mon avis n’est pas celui auquel vous devriez en priorité vous fier si vous songiez à vous lancer dans cette lecture. Je ne le recommanderais qu’à certaines personnes dont je connais les goûts et les attentes, sans le même enthousiasme que j’aurais pu avoir pour d’autres de mes lectures. Le roman est bon, mais pas pour tout le monde.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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