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Les Nuages de Magellan, Estelle Faye

Written By Wolves – Any Second

De toutes les chroniques, entre celles qui rendent comptent d’une véritable déception de ma part et celles qui sont là comme les vaisseaux de mon enthousiasme, se nichent celles que j’aime le moins écrire : les mitigées, les tièdes. Celles où une fois l’ouvrage refermé, je ne suis ni énervé ou déçu, mais pas particulièrement souriant non plus. Ce sont les chroniques que j’aime le moins écrire, parce que ce sont celles qui me font le plus de nœuds au cerveau ; à la recherche des bonnes formulations, pour rendre compte au mieux des nuances de mon ressenti. À chercher avec abnégation le maximum de positif sans se leurrer sur le négatif – à l’échelle personnelle, toujours – je risque souvent l’hernie mentale, surtout lorsqu’il s’agit de bien expliquer que l’ouvrage en lui-même n’est pas réellement fautif, simplement victime d’une certaine incompatibilité d’humeurs.
Le souci étant sans doute qu’après mes lectures d’Estelle Faye dans l’univers fantasy de Bohen, j’attendais beaucoup de cette découverte de son travail en science-fiction ; peut-être trop, me laissant un peu piéger par la hype et mon manque d’informations sur le roman, ne m’attendant pas, en l’entamant, à un ouvrage catégorisé « jeunesse ». Il va donc me falloir nuancer mon avis au regard de ces éléments, tout en faisant preuve d’un maximum de lucidité et d’honnêteté. Je vais commencer par reconnaître que ma politique consistant à en savoir le moins possible d’un roman avant de le commencer a ses limites. Une chronique sans doute un peu complexe à rédiger, donc. Si vous voulez bien m’accompagner ; après vous.

Dan est serveuse dans un rade pourri sur un planetoïde à peine plus reluisant. Dans les temps suivant le massacre d’employés de la toute-puissante et tyrannique Compagnie par cette dernière, à cause de leurs aspirations au retour d’une certaine liberté et de l’évocation du rêve de la Grande Piraterie ; elle se laisse aller à boire et même un peu plus. Le lendemain, elle est informée qu’elle s’est laissée aller à chanter une chanson en hommage à ces malheureux. Elle devient une cible de représailles pour la Compagnie qui envoie ses sbires à ses trousses. Par chance, elle parvient à s’échapper en compagnie de Mary, une habituée de son bar au passé et à la personnalité trouble. Ce qui commence comme une fuite deviendra un voyage aux implications inattendues.

Commençons par mon principal grief, qui ne l’est que d’un point de vue purement personnel, à savoir l’aspect « jeunesse » du roman. Comme j’ai déjà pu l’expliquer par le passé, je me suis considérablement réconcilié avec le style narratif souvent très direct des romans catégorisés comme tels, car il permet d’éviter certains écueils et longueurs dont souffrent parfois les romans catégorisés « adulte », à vouloir trop en faire. Mais demeure la possibilité, parfois, de souffrir du défaut inverse, à savoir prendre trop de ces raccourcis, tant dans l’intrigue que dans les parcours psychologiques des personnages. Et je dirais que c’est ici le relatif tort du roman ; Estelle Faye m’ayant jusque là habitué à des personnages et des trajectoires aussi complexes que fouillées, la rapidité et la simplicité avec laquelle elle traite les événements narrés m’ont donné une impression de superficialité. Car si le fond a tout pour me séduire, j’y reviendrai ; la forme, quant à elle, m’a souvent laissé un goût de trop peu. Trop peu d’explications, trop peu de détails, trop peu de temps pris pour asseoir complètement l’intrigue et toutes ses implications. Ce rush quasi incessant d’une étape à l’autre, sans remettre en cause la solidité de l’ensemble, ni sa cohérence, pour moi, a mis à mal sa puissance évocatrice et ses possibilités de donner toute la place possible à des personnages prometteurs.

Car comme souvent, c’est bien la frustration de ne pas voir ce que le récit semblait me promettre plutôt que de me fâcher de voir ce qu’il m’a effectivement donné qui m’anime. La dynamique globale de l’intrigue, tout comme ses personnages et son world-building, aussi bons qu’ils soient, souffrent uniquement du défaut de ne pas être, à mon goût, assez creusés ; mais uniquement dans une optique de curiosité et d’une insatiable envie de plus. Nous avons largement assez d’informations pour comprendre les enjeux, les tenants et aboutissants de cette histoire ; avec un univers crédible, des antagonistes évocateurs, de réelles réflexions autant que de questionnements passionnants. On peut d’ailleurs en profiter pour tisser quelques liens thématiques piquants avec l’univers de Bohen, jouant de concepts originaux et de sujets sensibles, notamment politiques, qu’Estelle Faye écrit toujours avec autant d’habileté et de pudeur. Le seul souci étant que j’ai trop souvent eu le sentiment que, contrairement aux autres de ses romans que j’ai déjà eu le plaisir de lire, la réponse s’écrivait un peu trop souvent en même temps que la question. Car si je partage l’essentiel des idées développées par l’autrice, j’aurais sans doute préféré arriver à ce constat au gré des pérégrinations des personnages et de leurs atermoiements plutôt que par la lecture desdites idées écrites noir sur blanc. C’est là encore une question de sensibilité, en lien sans doute avec ce format jeunesse qui va vite à tous les égards. Je préfère me débattre avec les questions qu’on me me pose au travers du récit pour arriver à mes propres interrogations ou réponses plutôt que de simplement constater celles qu’on me suggère.

Mais que ce ressenti, encore une fois, ne vous détourne pas de l’essentiel : j’ai passé un bon moment de lecture. Le style, comme toujours, est précis, efficace, sachant se faire aussi délicat que cru lorsque l’instant le justifie ; tout comme l’intrigue est solide et a su me maintenir en haleine tout le long : je ne me suis jamais ennuyé, et, comme on dit, ça se lit très bien. Car si leurs dynamiques respectives sont un peu trop précipitées à mes yeux, Dan et Mary, nos deux héroïnes, portent le récit avec force et délicatesse, tout comme ses thématiques principales, autour notamment des questions de la transmission, de la rébellion, de la nostalgie et de l’espoir. Des thèmes qu’Estelle Faye maîtrise à merveille, évidemment, et qui ne souffrent donc ici que de ce relatif problème de rythme, grillant parfois les étapes de réflexions ou de justification qui m’auraient donné plus de grain à moudre, mais qui auraient sans doute alourdi l’ensemble. Et si en effet, mon plaisir de lecture s’en est trouvé légèrement impacté, mon plaisir d’analyse est demeuré intact, puisque le roman demeure riche d’éléments à lire, y compris entre les lignes ; j’ai très vite été en paix avec l’idée que je n’étais simplement pas le public cible.

Un bon roman, donc, avant tout, je veux insister là-dessus, parce qu’il le mérite. Comme souvent, puisque mon ressenti en était plus mitigé, il m’a fallu essayer d’équilibrer mon propos entre qualités me paraissant objectives et griefs subjectifs que je ne connais qu’à force de les avoir croisés et apprivoisés. Je n’ai pas refermé ce roman énervé, mais seulement avec un sentiment lancinant de trop peu qui n’est pas à mettre sur le compte de lacunes, mais bien de choix conscients ; c’est la nuance essentielle de mon sentiment à son égard. Estelle Faye a fait le choix d’aller vite, de raconter son histoire selon un prisme qui n’est pas celui que je préfère, mais j’estime que ce choix n’a pas a être jugé en soi, plutôt à seulement être pris en compte. Car pour le reste, l’essentiel est préservé : personnages, intrigue, thématiques, tout est solide et traité avec le talent habituel d’une autrice dont je sais qu’elle parviendra toujours, malgré tout, à un tant soit peu me parler, même au sein d’un récit qui n’est pas écrit « pour moi ». S’il avait dû l’être, il aurait sans doute fait au minimum 600 pages de plus et aurait été découpé en deux ou trois tomes. Mais ce choix ne m’appartient pas, et quelque part, c’est tant mieux ; car alors certain·e·s pourront découvrir Estelle Faye lorsqu’iels seront au cœur de la cible ; et alors, des Nuages de Magellan, iels pourront aller découvrir le reste de son oeuvre, ce à quoi je vais, personnellement, continuer à m’employer. D’ailleurs, je ne serais pas contre une suite.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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