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Hante-Voltige, Nelly Chadour

grandson – Dirty et Riptide (extrait de l’album Death Of An Optimist)

Je commence doucement à craindre de me répéter, à force. Mais le fait est que mon karma, depuis l’ouverture de ce blog, à l’échelle littéraire, ne semble pas vouloir baisser en intensité positive. Cette fois-ci, c’est un petit concours improvisé par l’autrice elle-même, Nelly Chadour, qui aura été l’instrument de ma chance ; on la remercie au passage, au moins autant que son chat, qui aura eu l’amabilité de me tirer au sort.
J’avais déjà le travail de Nelly Chadour dans le collimateur, entre bonne réputation, relation amicale sur Twitter et autres joyeusetés dont je suis coutumier dès lors qu’il s’agit de faire des découvertes livresques. Le meilleur aspect de celle-ci était qu’en dehors de quelques très menus détails, je n’avais aucune idée de ce à quoi je m’attaquais ; je n’avais pour moi que la relative confiance de passer un bon moment. Malgré, tout de même, l’inévitable doute de voir ma théorie selon laquelle les gens que j’aime bien écriraient des bouquins que j’aime autant, finalement s’écrouler.
Spoiler : la théorie est sauve. Et, comme à l’accoutumée, je m’en vais vous exposer pourquoi. Hop on !

Format de roman court/novella à multiples points de vue oblige, il m’apparaît contre-productif voire risqué de tenter un résumé de l’intrigue de Hante-Voltige, qui friserait nécessairement le spoiler. Je dirais juste qu’on se trouve dans un récit à la croisée des chemins entre la fantasy urbaine et le fantastique, avec comme toile de fond les années 80, se concentrant sur les sujets ô combien difficiles de la lutte anti-raciste et des violences policières. Autant dire qu’on est pas sur quelque chose de très léger, au contraire ; ça tape dur, très dur.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il me faut faire un petit détour, qui, si je conviens qu’il n’est pas nécessairement le bienvenu, me parait pourtant indispensable à l’expression de mon ressenti. J’ai très vite été frappé, pendant cette lecture, par les extraordinaires similitudes entre ce que, faute d’un meilleur mot, j’appellerais le style de Nelly Chadour, et celui d’un de mes auteurs favoris, à savoir Roland C. Wagner. Tellement de croisements de leurs deux faisceaux que c’était impossible à mes yeux de ne pas le remarquer, comme il était impossible de ne pas m’interroger à ce sujet. Je m’en suis ouvert à la principale intéressée, qui m’a précisé qu’elle n’avait jamais rien lu du monsieur avant d’écrire Hante-Voltige. C’est une précision importante pour moi, car elle montre à quel point les origines et les trajectoires qu’elle et lui partagent ont pu forger chez iels des obsessions thématiques et stylistiques similaires. Mais surtout, elle me permet de complètement me lâcher sur les compliments, puisque ce que j’aurais pu ne saluer que comme d’habiles inspirations, aux côtés d’inventions conceptuelles originales, ne sont finalement qu’autant de réussites que je dois ne mettre qu’à son seul crédit. Et si j’aurais été heureux de trouver une autrice qui placerait ses pas dans ceux d’un auteur majeur de mon panthéon personnel, je suis bien plus heureux de trouver une autrice dont les qualités ne dépendent majoritairement, dans le cas présent en tout cas, que de sa propre inspiration et son seul travail, avec le seul mais heureux hasard de voir les grands esprits se rencontrer. En clair, Nelly Chadour ne fait pas du Roland Wagner, elle fait du Nelly Chadour ; et il s’avère simplement que ça évoque du Roland Wagner par certains aspects.
J’espère que vous saurez pardonner la parenthèse, revenons à Hante-Voltige et ses nombreuses qualités.

Et pour une fois, bien que je sois obligé de commencer par les – excellents – personnages que Nelly Chadour a crée à l’occasion de cette histoire, c’est les dialogues qu’elle a signés à leur intention que je voudrais tout particulièrement saluer, d’un organisme et d’un souffle rare. Entre le franglais magnifiquement approximatif de Byron l’irlandais (du nord), les envolées lyriques et précieuses de la Santeria, ou les menaces de Papy Pantoufles, ces dialogues sont un délice de tous les instants, qu’on se prend facilement à entendre autant qu’on les lit, tant ils débordent de vie et d’authenticité. D’autant plus appréciables qu’ils participent à l’atmosphère globale de l’ouvrage, dans un délicat mais merveilleux équilibre entre des questions excessivement sérieuses et le besoin d’insouciance d’une génération singulière. On oscille sans cesse entre des situations et réflexions graves et des répliques ou autres situations plus légères ou gentiment absurdes, sans jamais perdre de vue la boussole de la réalité et les enjeux que la novella se targue de traiter ; avec une certaine frontalité qui, franchement, fait autant de bien à lire par sa pertinence que de mal par une modernité qu’on aurait parfois aimé oublier.

Au gré des changements de point de vue, Nelly Chadour nous dévoile une autre vision du Paris des années 80, morceau par morceau, jouant de son intrigue comme d’un puzzle malsain. On progresse dans nos connaissances de la situation alors que nous en découvrons les acteurs et actrices, et leurs diverses implications dans la situation qui nous est narrée par leurs différents yeux. Il faut aimer être mené par le bout du nez et ne pas tout comprendre tout de suite, mais le rythme et le volume jouent en la faveur de cette formule, qui confère à l’ouvrage de réelles qualités de page-turner, puisqu’on découvre et comprend au fil des pages. S’il m’a fallu, je l’admets, un léger temps d’adaptation à l’entame, dans l’intervalle nécessaire pour me faire à un style parfois un peu trop descriptif et à ces instances d’informations n’appartenant qu’aux personnages ; j’ai été d’autant plus ravi de donner ma confiance à Nelly Chadour qu’elle ne l’a jamais déçue lorsque les occasions se présentaient. Tout est distillé avec malice et intelligence, jouant sur l’ironie autant que sur la tension dramatique.

Autant le dire sans détour, j’ai pris mon pied. Autant pour le plaisir de pouffer aux blagues potaches de ces personnages si attachants que celui de m’inquiéter pour eux lorsque la situation se faisait plus tendue, ou encore de m’amuser du charisme extraordinaire d’un personnage aussi génial qu’absurde nommé Papy Pantoufles. Et si j’aurais aimé éviter de rapporter le travail de Nelly Chadour à celui de Roland Wagner pour ne pas prendre le risque de le placer dans son ombre, je suis finalement content d’avoir effectué ce détour, car il m’a permis, je crois, de conférer au premier le mérite d’exister pleinement à côté du second sans le moindre risque de perdre en luminosité. Je m’excuse d’insister, mais c’est un aspect trop important de mon ressenti pour que je fasse l’impasse dessus, et ça ne se veut rien d’autre qu’un compliment ; je l’aime trop pour ne pas y penser. Mais si je suis heureux d’avoir trouvé quelqu’un qui, à mes yeux puisse produire quelque chose de similaire, je le suis d’autant plus qu’il me semble que cette similarité a le luxe de n’être qu’un hasard, avec ce que cela implique de fraîcheur et de différences pour n’avoir à faire ce rapprochement qu’une fois. À cet égard, j’espère avoir été assez clair sur les qualités de Hante-Voltige : c’est malin, original, aussi prenant qu’amusant, ça trace les lignes d’un univers qu’on devine riche et complexe, et ça a un sacré goût de reviens-y, en se payant, de surcroît, le luxe de frapper fort sur des problématiques pas évidentes. Une indéniable réussite donc. Nelly Chadour reste sur mon radar, mais avec une nouvelle faim pour m’animer, celle qui sait à quoi s’attendre, et qui a hâte. Très hâte.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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