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Troie T2 – Le Bouclier du Tonnerre, David Gemmell

From Ashes To New – Wait For Me (extrait de l’album Panic)
Shinedown – Enemies (extrait de l’album Amaryllis)

Le principal souci avec les sagas, même aussi (relativement) courtes que les trilogies, c’est qu’elles vous engagent. Pour peu que le premier volume soit bon, très bon et/ou prometteur, vous voilà condamné·e à lire la suite pour avoir le fin mot de l’histoire. Et si j’ai parfois le goût de m’embarquer dans des voyages littéraires au long cours, dévorant un cycle entier, roman après roman, sans faire de pause ni de détour ; plus régulièrement, je préfère attendre. Je ne saurais pas exactement dire pourquoi. Le plaisir de l’anticipation, peut-être, le goût de l’attente et de l’expectative, ou l’envie de me perdre pour mieux retrouver le sentiment d’altérité, de nouveauté, en me replongeant dans l’univers littéraire en question ; mystère.
Soyons honnêtes, dans le cas du Troie de David Gemmell, c’était un oubli autant qu’un choix. Trop de nouveautés, de curiosités en tous genres qui m’ont happées tout le long de l’année séparant ma lecture du premier et du deuxième tome. Pourtant, les dieux savent à quel point Le Seigneur de l’Arc d’Argent m’avait convaincu. Mais pour autant, je n’étais pas si pressé que ça de me lancer dans sa suite. Peut-être ai-je cru trop savoir à quoi m’attendre désormais, ou m’étais-je déjà trop rassasié, peu importe.
L’essentiel, c’est que ce deuxième tome, désormais, je l’ai lu. Et quel deuxième tome. On passe de très bon à exceptionnel. Il y a des réputations d’excellence qui ne sont pas usurpées, celle de Troie est bien de celles-là.
Et maintenant c’est le moment où j’arrête de parler dans le vide et où je fais tout plein de compliments.

Première très bonne surprise, un pas de côté narratif. Si on reprend le récit à peu près là où il s’était arrêté, on le reprend d’un point de vue différent. De trois, même, pour être précis. Trois nouveaux protagonistes en guise de nouvelle introduction, et autant de nouveaux points de vue à explorer pour David Gemmell, ce dont il ne se prive pas, nous offrant le luxe de reprendre le fil du premier tome tout en le liant à celui de sa suite sans la moindre anicroche. Après un an, je craignais de ne pas tout me rappeler ; et si je n’ai pas fait le malin pendant quelques dizaines de pages, j’ai très vite retrouvé mes marques au sein d’un récit d’une incroyable fluidité malgré sa non moins incroyable densité. Une tapisserie d’une complexité rare, dont rien ne nous échappe grâce à la démultiplication des focalisations, passant d’un personnage à l’autre pour ajouter des détails à la narration sans jamais perdre en naturel ou en souffle, se justifiant habilement par des micro-analepses et des petits décalages narratifs qui souvent changent notre perception des choses et enrichissent la narration.

Dans la continuité du premier volume, l’idée est de ramener l’Iliade à une échelle plus humaine, reléguant les dieux à l’arrière-plan, se concentrant sur les enjeux bassement terrestres qui agitent la Grande Verte et ses rivages, Troie au centre de toutes les attentions, y compris les plus discutables. La très grande force de ces romans, c’est bien de tout nous présenter en infinies nuances de gris ; si bonne partie de ses personnages sont attachants, tous ont leur part d’ombres et leurs démons intérieurs à combattre. Personne n’est parfait, ce qui rend les moments de bravoure, de sagesse et de bienveillance d’autant plus frappants qu’ils dénotent avec la crasse ambiante dans laquelle il semble si facile de se vautrer.
À cet égard, je ne saurais dire quel personnage m’a le plus fasciné par son souffle et sa profonde humanité, tant le choix est profus. Je pourrais sans doute parler d’Ulysse, qui s’est imposé d’office comme ma version favorite du mythe, tant par son intelligence fracassante ou sa profondeur, de Banoclès, hallucinant de sympathie bonhomme malgré sa bêtise et ses évidents défauts, d’Hector, qui malgré sa présence limitée dans ce volume, s’est montré comme un homme exceptionnel, un véritable héros, ou encore d’Andromaque, de sa classe phénoménale et sa puissance évocatrice. La densité déployée dans ce roman aurait pu être un hubris ; tenter d’écrire autant de choses sur autant de monde en attaquant de front un monument tel que l’Iliade, malgré la réussite du premier tome, aurait juste pu être un acte d’auto-sabotage. Or, c’est le contraire ; l’adaptation, à mes yeux, transcende l’original.

En faisant preuve d’une telle ambition, en racontant les choses avec une telle audace dans sa sobriété, en tirant cette légende du ciel pour la ramener au niveau du sol, je dirais que David Gemmell, paradoxalement, lui rend de sa grandeur. Il est facile d’être un héros quand on a les dieux à ses côtés et pas une once de personnalité, quand on est finalement que le jouet du destin. Quand il s’agit de faire les choses au mieux dans un monde sans dieux ni morale, de composer avec tous les aspects les plus sales et désespérants de la politique ou de la guerre, il y a là un véritable héroïsme à conquérir, qui prend bien d’autres formes que la conquête ou la ruse. L’auteur intériorise beaucoup de ces luttes et leur donne une sacrée épaisseur qui confère des enjeux supplémentaires à presque toutes les strates de la macro-intrigue qui plane au dessus des personnages ; les luttes autour de Troie sont donc encore plus prenantes car elles prennent d’abord des reflets humains.
L’équilibre entre la macro-histoire et les micro-histoires est d’ailleurs une autre de ces grandes réussites, dépendant tout à la fois de contingences politico-économiques et de décisions purement personnelles, souvent du fait de personnages plus difficilement attachants, qui nous serviront d’antagonistes, comme Agamemnon. Tout s’entremêle sans confusion (ou presque), ce qui est assez fort tout de même quand on considère le tableau dans son ensemble avec toutes les allégeances et inimitiés qu’il suggère à l’échelle de la moitié de la Méditerranée, sans parler des rapports humains précis dépendants d’un nombre croissant d’événements et de discussions.

Et c’est ce dernier point qui a achevé de me convaincre autant que de me séduire. Les personnages de David Gemmell parlent. Ça peut sembler très bête, dit comme ça ; mais c’est assez symptomatique d’un souci narratif que je pense croiser un peu trop souvent dans l’architecture des conflits en littérature, qu’ils soient internes ou externes aux personnages, le manque de communication. Or, ici, quand une situation suggère une incompréhension, une rancune ou quoi que ce soit qui impliquerait une possibilité de conflit, la plupart des personnages vont tacher d’en discuter avant de tirer des conclusions ou d’avoir une réaction irréfléchie. Et quel plaisir. Car de fait, tout le récit est sous-tendu par une sagesse et une bienveillance bienvenue dans un récit tel que celui-ci ; le contraste entre la patience, les efforts de compréhension des personnages les plus positifs et les leviers malfaisants qu’y voient les personnages les plus malsains est d’autant plus saisissant, et agréable. Les conséquences, parfois, demeurent terribles et tristes à lire, mais c’est en toute connaissance de cause, ce qui crée d’autant plus d’empathie avec des personnages qui ont fait de leur mieux pour éviter le pire. Le destin n’est plus une excuse, il est une réelle tragédie, l’écho traditionnel des dieux déguisé en turpitudes humaines totales. C’est subtil sans être invisible, et encore moins pédant ; c’est brillant.

J’aime ce récit parce qu’il lie à la quasi-perfection les qualités performatives des récits anciens, vecteurs désormais d’une moralité adaptée à une époque différente, attachant des bannières morales à des personnages imparfaits mais terriblement attachants, se débattant avec leurs privilèges, droits et devoirs avec une confondante humanité. L’adaptation est ambitieuse, totale, parvenant à instiller à un récit qu’on pouvait penser indéboulonnable des enjeux nouveaux avec une force évocatrice décuplée, des émotions palpables et un souffle épique que je n’ai pas beaucoup croisé ailleurs. Je m’y sens investi comme dans peu d’autres récits, car il a su changer intelligemment les perspectives, me faire douter de ce que je crois acquis ; créer des origines nouvelles à la légende sans pour autant la trahir. Je dirais même plutôt qu’elle s’en trouve magnifiée.
Si le récit souffre, si peu, mais tout de même, de sa très glorieuse ascendance, et de quelques transitions textuelles maladroites et précipitées qui parfois demandent un petit supplément d’attention ; il en demeure absolument extraordinaire par tous les autres aspects. Un exemple parfait de moyens conséquents mis à la disposition d’une noble et incroyable ambition ; un tour de force, ni plus ni moins.
Nul doute que je mettrai moins d’un an à conclure cette trilogie qui s’impose déjà comme un des fleurons de ma bibliothèque, et que je prendrais au moins autant de plaisir à en dire du bien qu’à la lire.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Troie T2 – Le Bouclier du Tonnerre, David Gemmell

  1. L'ours inculte dit :

    Et tu attends pas un an pour lire le 3 hein !!!

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Ah non non, t’inquiètes !
      Seulement 6 mois.

      J'aime

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