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Impossible Planète – Episode 13

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Se poser, chez Rex, quand il vous connaît pas, c’est un défi. Comme tous les postes établis sur un astéroïde, il a un filet gravitationnel à disposition, évidemment, histoire de compenser le mouvement giratoire incessant ; la gravité artificiel, ça coûte déjà bien assez cher en intérieur. Mais c’est une précaution d’usage, ça évite la majorité des raids par les équipages à la petite semaine qui n’ont pas la patience ou les compétences pour préparer une trajectoire compensatrice suffisante leur permettant de se poser sans perdre la moitié de leur carlingue au passage.
On aurait pu demander à Hector de tout faire à notre place, facile. Mais Rex nous aurait sans doute accueillis avec une décharge de son Berthold, le gros (très gros) canon laser qu’il a extrait de son premier vaisseau, posé au fond de son atelier, autant par fierté et sentimentalisme que par mesure de précaution. Oui, l’objet est joli, mais surtout, il peut faire un trou dans votre vaisseau en vous vaporisant au passage avant que vous ayez eu le temps de dire « Les mains en Aaeuhouargh ! ».
Et on ne lui en aurait pas voulu, puisque un vaisseau automatisé non identifié qui se pose dans votre garage sans s’annoncer ou donner le code, c’est un acte de menace caractérisé. Donc on a été sage, pour une fois. On s’est mis à bonne distance, et je nous ai gentiment annoncé en donnant le code de la semaine que Rex nous avait vendu la dernière fois qu’on était passé pour faire retaper Andro.
On a eu quelques petites secondes de flottement, le temps qu’il vérifie la correspondance avec son propre calendrier de codes et l’identifiant qu’il nous avait fourni, et puis c’était bon, il nous donnait l’autorisation d’atterrir avec un sourire qu’on voyait à travers la radio. On s’est pas leurré hein, il était content de nous voir parce qu’on lui rapportait un max à chaque fois qu’on passait dans le coin ; on s’entendait bien, voire très bien compte tenu de nos statuts respectifs, mais on était pas potes pour autant. Pas assez pour une remise de temps en temps, en tout cas.
Donc Hector a synchronisé le vaisseau avec l’entrée de l’atelier, et on est entré, avec l’aide du filet gravitationnel auquel on avait droit, ce qui est quand même confortable. Comme à chaque fois, la transition entre notre gravité artificielle et une autre nous a soulevé l’estomac, mais j’étais content, j’ai pas eu de haut-le-cœur, pour une fois. Burrito a vomi, mais c’est parce qu’il a pas l’habitude. Faut bien dire que c’est vraiment pas agréable, comme sensation : un peu comme quand on amorce brusquement la descente sur des montagnes russes, mais en pire. L’impression que les organes sprintent pour retrouver leur place parce qu’ils étaient pas prêts au départ, en foutant le bordel à l’intérieur au passage. Beurk.
Mais bref, comme d’hab, j’ai pas été malade longtemps parce que j’étais saisi par la beauté de l’atelier de Rex. Pas de concurrence immédiate, donc le droit à quelques fantaisies dans la décoration. Des néons partout, des peintures données en guise de paiement ou en gage, des morceaux de carlingue et de matériel dispersé sur une bonne vingtaine d’étagères métalliques, le tout avec un look rétro, et pas une tâche. Pour un endroit où le proprio voit passer tant de monde et de travail à abattre, j’ai toujours été sidéré de trouver le carrelage aussi resplendissant.
Coup de bol, aucun autre client en attente, ou en tout cas sur place : Rex est sorti de son bureau tout de suite pour nous accueillir avec son grand sourire de requin végétarien, en s’essuyant machinalement les mains dans son chiffon sale, alors qu’elles étaient propres avant de s’y frotter. Il a écarté les bras comme pour un énorme câlin à distance avant de s’arrêter juste devant nous pour nous demander quel bon vent solaire nous amenait.
Il avait l’air un peu distrait. Nerveux, même : il en faisait clairement trop par rapport à d’habitude.
J’étais en charge de la transaction à venir, logique, mais je me méfiais pas assez, j’ai mis ça sur le compte d’une passe difficile ou d’une petite envie de nous arnaquer, comme il avait déjà pu tenter par le passé avant que Cap’ le calme et lui inspire un certain respect en voyant si clair dans son jeu. Je me suis dit que de ne pas la voir avec nous lui donnait envie de retenter un truc. J’ai essayé de me donner des airs de capitaine en second pour la mission, même si j’ai jamais été crédible dans les positions d’autorité.
Alors on a juste discuté de ce qu’on avait à lui échanger contre ses services habituels, en lui montrant l’état d’Andro, sans rien en dévoiler de ce qui nous avait amené dans cette position délicate. Ma deuxième erreur a été de croire qu’il se détendait un peu en voyant qu’il n’y avait finalement rien de bien neuf dans nos relations et qu’il pourrait y faire son beurre habituel. Je me suis un peu laissé endormir, j’avoue. Faut bien dire que ça faisait quelque chose comme la cinquième fois de suite qu’on passait là pour la même chose ou presque, c’était presque la routine.
Et effectivement, on a très vite convenu de faire comme d’habitude : on lui refourguait tout ce qu’on avait, il retapait Andro, on pouvait faire nos emplettes dans ses pièces détachées les moins importantes, dans la limite du raisonnable, évidemment, et puis il nous faisait un appoint approximatif en crédits pour qu’on puisse se payer quelques courses dans le coin. Alors on est parti pour commencer à décharger avec Burrito pendant qu’il amenait Andro dans son atelier spécialisé, juste à côté de son bureau, pour faire un premier diagnostic et éventuellement quelques premières réparations faciles.
Et c’est là, précisément, que ça s’est barré en couilles.
Pile quand on a tourné le dos, Burrito et moi, pour nous diriger vers la soute, on a entendu une porte claquer derrière nous, plus loin dans le garage. Je connaissais bien l’endroit, depuis le temps, et j’ai capté que ça venait de la réserve. Or, la réserve est verrouillée de l’extérieur, chez Rex, et n’a aucun autre accès que la seule porte qui venait de claquer sur le mur. Et il la fermait toujours. C’était même un truc sur lequel on le vannait régulièrement ; il nous disait toujours que sa réserve était ce qu’il avait de plus précieux.
Je suis pas toujours une flèche, j’admets, mais là, c’était quand même assez gros pour que je puisse tirer des conclusions rapides et assez irréfutables. Je me suis jeté à terre immédiatement en essayant d’attirer Burrito avec moi, qui a poussé un petit cri de surprise et de peur mêlées. Forcément, il avait pas les bons réflexes, lui. Donc, bêtement – même si je lui jette pas la pierre – il m’a résisté, et il est resté planté sur place pendant deux secondes.
Lesquelles ont suffi pour qu’il se prenne la première décharge de stunner de sa vie : celle qui fait le plus mal, et qui humilie un peu. Parce que la première fois, elle vous relâche tout le corps, qui n’a pas encore intégré le processus. Un peu comme le fait de se retenir de pisser dans vos rêves, vous captez ? Vous captez. Il s’est donc doublement étalé par terre, pendant que je faisais une roulade super stylée derrière une étagère pour éviter la décharge qui aurait dû m’atteindre si je n’étais quand même pas un peu rompu à l’exercice de la fourbe embuscade. Ainsi que doté de réflexes de serpents sous cocaïne.
Le timing de nos assaillants était presque parfait : Andro était sans doute désactivé ou solidement attaché dans un fauteuil pendant que Rex attendait qu’on se fasse cueillir avec Burrito, Burrito et moi on était de dos, complètement relâchés, pile à mi-chemin entre le centre du garage et la soute. Quelque pas de plus, et ils nous cueillaient en plein découvert sans possibilité de nous planquer. Peut-être même qu’en étant moins cons, ils n’auraient pas eu le souci du spectaculaire ; ils n’auraient pas fait claquer la porte contre le mur et ils nous auraient chopés sans coup férir.
Mais puisque je suis là pour vous le raconter, une évidence s’impose : le fait est qu’ils étaient très cons. Et qu’en plus, Rex était furax parce qu’ils lui ont niqué la peinture du mur qu’il venait tout juste de refaire une semaine avant. Moi j’dis, c’est le karma.
J’ai juste eu le temps de jeter un œil au travers de deux pièces de moteur avant de me mettre à ramper vers une position plus sûre pour contre-attaquer. C’était deux petits jeunes, sans doute des indépendants qui venaient de se lancer dans le métier, des gosses de riche en manque de sensation fortes et de connaissances du milieu. Beaucoup d’imbéciles pensent pouvoir prendre un contrat au vol et profiter de la récompense ; mais c’est un boulot sérieux, alors la procédure, c’est important. Essentiel, même. On peut laisser filer la première fois, pardonner l’ignorance mais même le Consortium est très à cheval là-dessus, c’est pour dire. Un contrat, quand c’est officialisé, personne d’autre que les cosignataires ne s’en occupe. C’est autant une question d’honneur que de tenue des comptes. Nan parce que sinon on fait des notes de frais de partout, des avenants au dernier moments, souvent rédigés avec le cul, c’est pas possible.
Ils puaient l’arrogance et la bêtise, et j’étais plus rassuré, d’un coup. Ils faisaient trop confiance à leur (super) matos ultra-coûteux, ils prenaient des positions qu’ils pensaient classes et pros mais qui étaient juste ridicules et inutiles. On sous-estime la puissance et l’efficacité de la sobriété. Un vrai pro fera pas de moulinets avec son flingue ou ne sortira pas de one-liner avant de vous buter. Il le fera peut-être après s’il a eu une dure journée ou qu’il est vraiment en sécurité, histoire de décompresser ou de faire marrer les collègues. Mais la moindre urgence ou pression, il va juste vous coller ce qu’il estime nécessaire dans la carafe et se barrer en vitesse sans s’épancher sur votre mort.
Les deux gugusses avaient des armures complètes, et j’ai cru deviner des ceintures à champ de dispersion : merci les parents indignes, mon stunner était inutile. Mais j’étais pas plus nerveux que ça, en vrai, parce qu’on en croise souvent, de ce genre de spécimens, et ça se gère assez facilement. Ce qui m’étonnait, c’est que Rex ait accepté de jouer le jeu ; lui aussi connaissait bien le milieu, et il savait que la moindre erreur de leur part, on leur ferait payer cash.
Et puis là j’ai compris, et j’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire. Aucun moyen pour des blanc-becs pareils de savoir qu’on allait arriver ici ; pas de capacités de renseignement ou de connexions suffisantes dans le milieu. Ils étaient pas là pour nous, ils étaient là pour les premiers pégus à passer dans le coin, pour tenter de se faire un capital de départ, un premier petit coup d’éclat. Rex avait sans doute joué le jeu parce qu’il ne pouvait rien faire seul contre eux. Il fallait juste que je gagne du temps.
Alors j’ai baratiné, j’ai joué la provocation, en comptant sur une adresse toute relative au tir de leur part ; le coup au but sur Burrito n’avait été qu’un coup de chance, c’est facile de toucher une cible fixe dans le dos. J’ai commencé par faire des sous-entendus pas très gentils sur leurs mamans, ou un petit complexe par rapport à leurs papas, ça marche toujours. Je les ai entendus jurer et discuter entre eux, se disant qu’il fallait me faire payer mon impudence (sic). Les petits bourgeois qui se la jouent pirates, ç’a un ego très mal placé, en plus d’être mauvais.
Et puis je me suis relevé en courant vers eux en faisant des zigzags entre les étagères, en continuant à me foutre de leur gueule. Franchement, c’était très rigolo de voir leurs petits visages crispés par le sentiment d’humiliation, encore plus renfrognés à chaque impact de leurs stunners sur le carrelage et les murs. J’ai fini par arriver quelque pas devant eux à peine essoufflé, avec un grand sourire que j’espérais bien provocateur et je me suis planté droit sur mes jambes.

« Bah alors, les garçons, c’est pas tout d’avoir des gros flingues, s’agit de savoir s’en servir, d’abord ! »

Là dessus, j’ai éclaté d’un rire tonitruant, et je me suis mis en position de combat à mains nues. Là, j’avoue, c’était audacieux de ma part. Je me disais que des petits imbéciles comme ça ne pourraient pas résister à la tentation de me maraver la tronche comme les héros de film d’action qu’ils se figuraient être. Bingo.
Ils avaient sans doute pris quelques cours avec des instructeurs pour riches, des arnaqueurs qui n’avaient aucune idée de la réalité du terrain, et ils se pensaient aptes à me mettre la misère que je méritais après leur avoir manqué de respect. M’ont regardé, se sont regardés, ils ont souri comme les demeurés qu’ils étaient et ils ont lâché leurs armes au sol avant de prendre leurs positions. Très mauvaises et tape-à-l’œil, évidemment. Se sont même pas synchronisés pour le premier assaut. Amateurs.
Celui de gauche, sans doute le grand frère, m’a lancé un direct rapide au menton, j’ai juste eu à me couler sous son bras avant de le saisir et de le briser au coude d’un coup de poing sec à la jonction. Pendant qu’il hurlait de douleur et de peur en fixant l’os cassé qui avait ponctionné sa peau et sa combinaison toute neuve, je lui allongé un coup de pied à la rotule qui a lui aussi émis un joli craquement humide. Et puis d’une élégante rotation sur le talon, je me suis retrouvé littéralement nez à nez avec son frangin tétanisé ; son menton tremblait déjà, et il avait les yeux humides.
La réalité, c’est brutal, ç’a tendance à faire cet effet là sur les esprits naïfs.
J’ai pas pu m’empêcher de lui sourire une demie seconde avant de lui fracasser le nez avec mon front.
Et puis voilà. Comme ça, ils étaient tous les deux par terre, dans les larmes et le sang.

Bon, j’avoue, quand je disais qu’on avait eu des soucis chez Rex, j’exagérais un poil. Mais oh, faut bien vous tenir en haleine, je sais que ça commence à faire long avant d’arriver au vif du sujet ; tout ça est quand même important pour bien comprendre toute l’histoire. Et puis c’était un peu mon moment de gloire ; j’ai même gardé la vidéo de surveillance en souvenir, parce que la manœuvre était quand même super classe. C’est toujours bien de garder des petits moment de bonheur avec soi en cas de coup de mou, ça aide à tenir.
Là dessus, Rex est prudemment sorti de son atelier, avec Andro derrière lui, sur sa chaise, en cours de réparation. Il avait l’air vraiment désolé. Il a vu les deux petits cons par terre, il a hoché la tête d’un air entendu, et il m’a présenté ses sincères excuses, en m’expliquant qu’ils avaient pris une partie de son matériel en otage. Il avait jamais douté de moi, mais il pouvait pas prendre de risque avec son gagne-pain. Je me figurais bien que c’était une histoire du genre ; je pouvais vraiment pas lui en vouloir. Les affaires sont les affaires.
Bon, évidemment, on a négocié un petit supplément sur notre contrat, pour le dérangement et la main d’œuvre, mais tout ça était de bonne guerre. J’ai piqué le matos des frangins comme dédommagement, Rex a appelé les agents fédéraux pour venir les récupérer, on a conclu notre transaction, la réparation et les petites améliorations d’Andro, on a réveillé Burrito, on lui a fait prendre une douche, on lui a filé des vêtement propres sans se moquer, et on est parti.
Nickel chrome.
Et puis voilà. On était en route pour l’étape finale de notre voyage. Celle où les emmerdes commencent vraiment.
Z’avez hâte que je vous raconte tout ça maintenant hein, avouez ?

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