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Impossible Planète – Episode 12

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‘Fin je vous dis ça, on faisait pas non plus les fiers pendant les premières heures de vol. Certes, on s’était échappé en beauté, mais on a attendu de voir que personne ne nous suivait avant d’exulter. Et puis on s’est d’abord concentré sur le fait de nous remettre un peu en forme, avant de discuter. L’esprit est rarement à l’aise quand le corps est en vrac ; on savait qu’il y avait un gros morceau à gérer.
Tombal avait un bras en carafe, du coup on a laissé Hector et Burrito piloter les deux vaisseaux en même temps, puisque le premier pouvait largement gérer deux trajectoires simples tout seul, et que l’autre était suffisamment peu amoché pour se permettre de juste l’empêcher de faire des bêtises. On a pris notre temps, tout le monde a fait un tour à l’infirmerie ou à la cuisine, histoire de prendre un petit remontant ou un truc à grignoter ; de se remettre de toutes ces émotions.
Quoique dans le cas d’Andro, c’était un peu différent, évidemment ; il avait besoin d’un tour à l’atelier. Comme d’hab en cas d’embrouilles, il s’était un peu trop mis en avant, avec la confiance de pouvoir être remis en état sans trop de complications. Bon eh bah là, clairement, il avait été un peu trop arrogant, l’amusement de faire tourner nos adversaires du jour en bourrique lui avait fait perdre un peu trop de son instinct de conservation. Son œil était foutu et son bras gauche à 50% de ses capacités tant que Larsen ne mettait pas la main sur du matos pour le réparer.
Le truc relou avec quelqu’un comme Andro, c’est que parfois, il oublie qu’il est humain, à la base, quand même. Sous prétexte qu’il a gagné la loterie Fédérale de bio-ingénierie, il a tendance à se la jouer un peu invulnérable parfois ; sans doute pour compenser, puisque il a été sauvé d’un accident mortel. Je sais pas s’il voudrait vous en parler, donc je vais en rester là. Mais c’est un survivant du type « croquons-la vie à pleine dents, maintenant qu’on sait qu’on peut y passer à tout moment », voyez. Pour ce qui est de la logique de devenir pirate plutôt que peintre ou planet-trotter, vous lui poserez la question hein.
Mais ouais, du coup, on était plutôt dans une ambiance mutique, pendant un bout de temps. Le temps que l’adrénaline redescende, qu’on réalise ce qu’on venait de faire avant d’attaquer l’étape suivante. Parce que se sortir d’une attaque du Consortium, c’est une chose, se le mettre à dos en est une autre. Notre cote allait forcément s’en ressentir positivement, mais entre eux et le commanditaire de notre enlèvement, nos emmerdes augmentaient proportionnellement.
Bref, pardon, je m’égare ; c’était une séquence étrange, cet envol, j’y repense souvent. On était souriant, et en même temps terrifié par ce qu’on venait de faire, et encore plus de ce qui arrivait. Je me dis qu’on aurait pu facilement laisser tomber notre voyage, à ce moment-là, qu’on aurait pu arrêter les frais à bon compte. J’veux dire : Andro était littéralement en morceaux sans moyens de réparations disponibles, Cap’ s’était foulé la cheville, Tombal avait une attelle au bras, Larsen une commotion, et Hector était toujours aussi pénible. Et ce ne sont là que les grosses blessures ; on avait tou·te·s des bobos mineurs dont je vous fais grâce
Tout ça sans compter un très gros contrat sur nos tronches un peu sorti de nulle part. Parce qu’un enlèvement, ça coûte bien plus cher qu’un assassinat, forcément, rapport à la logistique et aux moyens à déployer. Sans compter qu’il y avait des notes de frais assez élevées en jeu, impossible d’envisager que les gugusses du Consortium aillent embaucher de l’intérim local sur leurs propres deniers. Et pour aller embaucher le Consortium avec une telle débauche de moyens, il fallait avoir la trésorerie, et l’envie de creuser dedans.
Donc, quand on s’est enfin posé dans la salle de repos pour écouter Hector nous expliquer ce qu’il avait découvert, on était franchement blasé, mais pas surpris.

Évidemment, la Firme. Fallait au moins ça pour justifier une telle débauche et une telle rapidité pour faire valider un contrat de corsaires par la Fédération. Notre hypothèse, c’est qu’en bidouillant le code d’Hector, ou en le connectant à l’extranet Fédéral, on a dû activer une balise ou un truc du genre, qui a alerté les responsables du prototype ; ou alors le vaisseau avait des mouchards, une merde dans ce goût là.
Peu importe. On connaissait notre commanditaire et notre exécutant, et on était mal barré. Savoir comment ils avaient été capables de nous repérer était utile pour éviter que ça recommence, mais pas le plus important. Le plus important, à ce moment là, ç’a été de décider si oui ou non on allait jusqu’au bout.
De toute évidence, que ce soit le vaisseau automatisé avec Hector dedans, Hector lui-même, Burrito ou l’artefact que lui et ses potes leur avaient piqué, la Firme avait très envie de remettre la main sur tout ou partie de leur propriété initiale. On pouvait tenter de négocier, en rachetant le contrat ou en leur rendant ce qu’ils estimaient être à eux. Mais on avait franchement pas envie, malgré la peur grandissante d’avoir les yeux plus gros que le ventre. On s’était lancé dans un truc extraordinaire, c’était sans aucun doute la chance qu’on attendait depuis si longtemps pour percer et se faire une vraie réputation, une occasion unique de côtoyer la vraie richesse : le pouvoir.
C’est Cap’, encore une fois, qui a tranché. Parce que c’est son boulot, et qu’elle en savait clairement plus que nous, même si elle ne nous en disait rien. On le sentait bien – en tout cas je le sentais bien – mais on lui faisait confiance, et c’était bien l’essentiel.
On allait au bout. Voilà, aussi simple que ça.
Alors évidemment, il fallait s’adapter, on pouvait pas juste repartir comme si de rien n’était, ç’aurait été nous poser un traceur en plus d’une gigantesque cible sur le dos. Style néon, plus grosse que les deux vaisseaux réunis, hurlant vers le vide de l’espace un truc du genre : « Ouais c’est nous vos cibles, viendez nous cueillir ! ».
Faire les malin·e·s, oui, mais seulement quand les circonstances sont à notre avantage, sinon, on est juste débiles. Ou le Consortium.
Je vais pas m’éterniser sur ce moment ni la séquence, c’était chiant, et à vrai dire, c’est un souvenir un peu douloureux, donc vous m’en voudrez pas d’accélérer l’allure. Et puis de toute façon c’est moi qui raconte.
En gros, le plan, c’était de nous séparer. Après tout, on avait deux vaisseaux, autant utiliser ce petit luxe à fond. En nous divisant temporairement en deux équipages, on diminuait les chances de nous faire repérer comme de nous faire alpaguer, et on se permettait également de faire nos derniers ravitaillements relativement tranquillement. Alors oui, c’était chiant, et ça comportait sa part de risques. Sans aucun doute.
Mais c’était ce qu’on avait de plus raisonnable et de plus malin pour parvenir à notre destination finale sans trop d’encombres, qui n’était déjà plus si lointaine, en fin de compte. En avance, en plus, parce qu’on n’avait jamais inclus cette possibilité dans nos plans initiaux, on faisait tout ensemble ; le confort de l’habitude, vous comprenez.
Mais on avait plus le temps de faire des détours ou de ralentir l’allure pour surveiller les alentours du moindre arrêt, il fallait qu’on fasse vite ; notre petite diversion sur le dernier hub ne nous laissait qu’une marge de manœuvre réduite si on voulait arriver à notre point de rendez-vous avec suffisamment d’avance sur la concurrence. D’où la séparation des vaisseaux et de l’équipage : partage des tâches, gain de temps, d’efficacité et de discrétion. Cap’ : la meilleure pour ce qui est de la pensée transversale. Et du poker. Très très forte au poker.

Moi, j’suis parti avec Andro et Burrito dans le vaisseau automatisé. En compagnie d’Hector, bien sûr, mais on a tenté un truc avant de nous séparer. Faut dire que malgré ses lubies et son humour douteux, c’est une excellente IA hôte, et l’avoir dans notre vaisseau était un vrai plus, stratégiquement parlant (sans parler de l’ambiance). Alors on l’a laissé se dupliquer lui-même. C’était son idée, notez bien. Selon lui, il allait pouvoir nous aider des deux côtés, du coup, apprendre deux fois plus, et juste re-fusionner au moment des retrouvailles, pour redevenir notre cher Hector, avec l’expérience cumulée.
Il avait l’air de savoir ce qu’il disait et d’être confiant, on n’a pas regardé plus loin. Belle naïveté.
Mais j’y reviendrai plus tard, lorsque sera venu le moment de vous narrer lesdites retrouvailles, parce que ça vaudra le détour ; promis. Par souci de clarté, faisons plutôt les choses dans l’ordre.
Notre mission à tous les 3 et demi, c’était de nous rendre sur un petit astéro-shop clandestin de notre connaissance, un type à la cool qui avait déjà retapé Andro plus d’une fois sans jamais poser de questions gênantes, qui acceptait même le troc et les arrangements un peu tordus. Et ça tombait bien, puisqu’on avait pas mal de marchandises pas très légales à lui refourguer, dont les fameux cristaux de flux qui nous avaient mis dans la merde sur le premier hub, et tout ce qui allait avec qu’on avait pu redécouvrir en examinant un peu mieux ce qu’on avait en soute. On allait sans doute pouvoir trouver un deal mutuellement bénéfique, dans la bonne humeur, pour remettre le copain en état et faire le plein de pièces détachées, et peut-être même faire quelques courses d’appoint dans les environs.
On avait tablé sur trois semaines avant notre rendez-vous, avec un seul arrêt prévu de notre côté avant de repartir. Au bout de la première semaine, on avait donc notre arrêt prévu chez Rex, orgueilleux petit patron sans imagination de l’astéro-shop « Rexparations ». Heureusement qu’il était meilleur en mécanique que pour trouver le nom de son entreprise, sinon il aurait sans doute tué Andro quand il s’est occupé de lui les premières fois. Ça vous donne une bonne idée de l’état de la Fédération qu’un atelier clandestin se dote d’un nom et puisse même se faire des campagnes de pub sur l’infopool sans risquer de se faire démanteler du jour au lendemain.
Il avait son petit astéroïde à lui, qu’il avait repéré quelques années plus tôt, au sein d’une large ceinture sauvage, sans propriétaire, trop éloignée d’une planète ou d’une corporation pour être rentable à l’exploitation. Il y avait investi toutes ses économies, issues des innombrables petites combines minables de sa jeunesse ; il avait fait tous les travaux lui-même, c’était sa grande fierté. Et franchement, il avait le droit. Pour un bouge construit à partir de rien, son atelier avait de l’allure. Et de la clientèle, ce qui était aussi à mettre à son crédit ; tout le monde n’est pas capable de sa bâtir une réputation telle que la sienne en plein milieu du vide.
C’était incongru, comme endroit. Une espèce de touffe de cheveux métallique, plantée au milieu d’une calvitie rocailleuse, signalée par un gigantesque enchaînement de flèches holographiques tape-à-l’oeil. Comme un doigt d’honneur brillant à la Fédération, qu’on laissait sans doute tranquille parce que même pour les agents du gouvernement, ça devait être bien pratique d’avoir une solution de repli en cas de pépin au milieu de nulle part.
Rex admettait bien volontiers que son surnom était une preuve d’arrogance, mais c’était bien son seul défaut, si on peut parler de défaut. Après tout, il était bien le roi du petit coin qu’il avait conquis à force de sacrifices. C’était plus une exception à la règle de sa bonhomie et de son humilité, rien ne lui faisait peur en terme de réparations et améliorations de matériel, de recel ou d’achat, mais quand il sentait sa limite arriver, il vous le disait sans hésitation ni acrimonie. C’était un choix évident pour remettre Andro en forme et pour éliminer notre stock restant comme pour refaire le plein en toute tranquillité avant de repartir.
Et alors, comment dire. « Tranquilité », c’est un peu l’antithèse de ce qui s’est passé quand on est arrivé sur place.
Mais vous vous en doutiez un peu, je me trompe ?

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