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Le Crépuscule de Briareus, Richard Cowper

Teenage Mutants – Be The Wolf (extrait de l’album Torino)

J’attendais ce roman avec grande impatience, parce que j’étais très heureux d’apprendre la naissance de la Maison d’Edition Argyll, fondée par des gens que je respecte profondément et que j’ai la chance de pouvoir considérer comme des copains; un plaisir magnifié par leurs ambitions affichées. De ce fait, mon statut de petit blogueur privilégié se confirme : j’ai l’immense honneur de faire partie des happy few selectionné·e·s pour recevoir un SP de la vague d’impression initiale des premiers nés, avec tout d’abord cet intriguant Crépuscule de Briareus. Je n’avais jamais entendu parler de Richard Cowper auparavant, ce qui était encore une raison supplémentaire d’être enthousiaste à la réception de l’ouvrage.
Et maintenant que je l’ai lu, vient bien entendu le moment d’en parler. Et le fait est qu’il y a pas mal de choses à en dire. La première étant que je trouve ce choix de première publication assez audacieux ; car aller chercher un texte tel que celui-ci, datant d’il y a 46 ans, ce n’est pas anodin. Mon travail ici va donc surtout consister à donner mon ressenti, complexe, tout en essayant de le contrebalancer par une certaine remise en contexte.
Mais disons-le tout de go, si je suis un peu dubitatif sur certains de mes sentiments, c’est une globale satisfaction qui domine : ce roman est bon, voire très bon. S’il souffre, c’est sans doute du poids des années plus qu’autre chose. Il s’agit maintenant d’expliciter tout cela au mieux.

Au milieu d’une Angleterre dévastée, perdu·e·s dans la neige, Calvin Johnson et Margaret « Skeet » Hardy semblent avoir enfin finalement atteint l’objectif de leur quête. Une quête qui a commencé bien des années auparavant sans qu’iels n’en aient réellement conscience, et dont les aboutissants sont aussi flous pour iels que leurs tenants. Et c’est Calvin qui se charge de nous raconter tout cela, car l’enjeu réel est de taille ; suffisamment pour qu’il doive raconter leur histoire.

J’ai d’abord trouvé ce texte étrange. Car s’il démarre dans un contexte particulier, clairement évocateur d’une ambiance post-apocalyptique, il fait très vite le choix de s’en éloigner pour nous raconter totalement autre chose que ce qu’il semble promettre au départ, se concentrant plus volontiers sur les bouleversements qui y amènent. Se crée alors un sentiment de flottement et d’attente mêlées qui accompagne le récit que nous fait Calvin. Or, curieusement, le fait de savoir partiellement où on va en terme narratif rend le voyage encore plus intriguant, et les pages s’enchaînent sans qu’on y prenne vraiment garde. Puis, au fil des événements, la lumière se fait, avec une certaine clarté, malgré quelques instances rapides mais un peu arides de hard-science. À cet égard, il faut sans aucune doute saluer le travail de révision de la traduction originale par Pierre-Paul Durastanti et l’équipe éditoriale d’Argyll qui a fait un superbe travail de mise à jour ; si le texte file aussi droit jusqu’à son excellente conclusion, notamment dans ses moments les plus techniques, ce n’est pas pour rien.

Mais si la forme est assez irréprochable, il faut maintenant m’appesantir sur le fond, qui revêt à mes yeux l’essentiel du sel du texte, à la fois en tant qu’objet de lecture de « divertissement » qu’en tant qu’objet d’analyse. Et si, comme je l’ai dit, j’ai aimé le roman, je pense cependant que c’est plutôt le second aspect que le premier qui a pris la plus grande part de mon appréciation. Car comme je l’ai précisé, ce texte a 46 ans, et ça se sent ; notamment dans sa façon d’aborder nombre de ses enjeux, qui aujourd’hui seraient très certainement traitées bien différemment, surtout au vu des parallèles thématiques inévitables qui s’opèrent entre ce texte et notre réalité actuelle. Il est amusant de constater par exemple qu’on peut tout à fait avoir des explications scientifiques poussées et très convaincantes sur certains points précis du récit comme on peut avoir des instances plus… intuitives ou spirituelles, dirons-nous. S’il ne nous est pas permis de douter sur beaucoup de choses, il nous est plutôt demandé de « croire » pour d’autres, sans réellement avoir de preuves concrètes, même indirectes ; plutôt des théories qui semblent faire l’affaire le temps de trouver mieux. Un côté un peu old-school qui m’a plutôt amusé, puisqu’il s’agit de composer avec des forces inconnues de notre paradigme et d’essayer de les y transposer malgré tout, l’aveu d’impuissance des personnages à tout expliquer, à cet égard, est plutôt crédible, à vrai dire.

C’est pour ça, d’ailleurs, que ma lecture a été très globalement plaisante, malgré ce qui pourrait ressembler à un reproche important ; il transparaît avant tout de la part de Richard Cowper une volonté de réelle bienveillance, qui, pour le coup, a plutôt très bien vieilli. Si certains événements précis du roman, par leur traitement, souffrent du poids des années, de même que certaines descriptions ou façons de pensée, l’ensemble devient plus un témoin d’une époque et d’un temps passé·e·s qu’un étendard revendicatif. Au contraire même, on peut précisément lire entre les lignes la volonté à peine cachée d’une envie de changement de paradigme, du bouleversement de certains repères sociaux humains pour de meilleurs lendemains. À cet égard, il me faut signaler ce qui m’a sans doute le plus plu dans ce roman. Car si j’ai plus parlé d’un côté old-school général, il y a aussi et surtout, dans Le Crépuscule de Briareus de véritables fulgurances de modernité ; le contraste qui en découle est d’autant plus savoureux. Si l’époque et les mœurs ne sont de toute évidence pas les mêmes, une grande partie des observations de Richard Cowper, tout comme l’essentiel des conséquences des événements initiaux du roman sonnent juste, malgré tout, ce qui n’est pas rien en considérant tous les textes qui ont pu passer derrière lui sur des sujets similaires. C’est un bon roman de science-fiction car il fait le travail qu’on peut en attendre, une adéquation entre ses ambitions et les moyens qu’il se donne ; son cadre pose des questions assez et y répond partiellement d’une façon surprenante mais surtout pas vaine, et encore moins péremptoire.

Là est l’audace à mes yeux. Pour une nouvelle Maison d’Edition, aux ambitions claires et revendicatrices dans leur modernité, aller chercher un tel texte, à mi chemin entre la modernité et une relative ancienneté ; un récit de science-fiction daté par la force des choses, c’est un choix singulier. Mais c’est là je crois que se situe justement tout son intérêt, puisque malgré son statut de récit d’un « futur antérieur », il éclaire encore différemment notre présent. Il ne s’agit pas de juste faire un jeu de mot douteux sur nos chères conjugaisons, mais bien de montrer tout le potentiel de ces textes ne répondant pas nécessairement aux canons littéraires de notre époque. J’aime beaucoup l’idée d’avoir certains de ces témoins du temps qui passe à ma disposition pour pouvoir confronter mes conceptions de certains sujets à ce qui a pu en être pensé par le passé, y compris et volontiers en dehors des classiques les plus largement consacrés. Regarder avec un œil ancien des sujets qui peuvent nous paraître dépassés, c’est aussi trouver l’occasion de voir les choses complètement différemment, ou se rendre compte que certains sujets modernes ne le sont pas forcément tant que ça. Et s’il y a bien une chose que j’aime beaucoup quand je lis, c’est trouver des perspectives nouvelles et des éléments qui me poussent à me remettre en question, voir les choses autrement.

J’avais hâte d’écrire cette chronique, parce que je savais qu’en écrivant à propos de ce roman, j’allais éclaircir mon point de vue dessus. En le refermant, j’étais satisfait, mais il me manquait un peu d’éléments pour exprimer correctement mon opinion, tout simplement parce que je ne l’avais pas complètement formée. Et si, effectivement, je ne peux pas assurer avoir pris un plaisir extraordinaire – bien qu’indubitablement présent – à ma lecture comme avec d’autres de mes lectures récentes, j’ai par contre pris énormément de plaisir à contextualiser mes pensées pour les remettre dans le bon ordre pour ce présent billet. Ce qui ne peut être mis qu’au crédit de ce roman ; lui conférant de fait un certain supplément d’âme comme de qualité. Si son intrigue peut effectivement prêter à sourire par certains de ses aspects les plus « ringards » ou étranges, le fond de sa pensée n’a pas pris une ride et demeure intemporel, comme sait l’être la très bonne Science-Fiction. Et les bouquins qui me collent au cerveau pendant encore quelques heures ou jours après les avoir lus, je ne peux que les saluer avec respect.
Et je comprends d’autant mieux pourquoi mes copains de chez Argyll ont décidé de rééditer le travail de Richard Cowper. Tout simplement parce que ce texte, à l’instar de tous ses autres, je n’en doute pas, a encore des choses à nous dire, sur lesquelles nous pouvons encore réfléchir, à notre échelle comme celle de l’humanité, à l’image de ses personnages.
Le Crépuscule de Briareus est effectivement un très bon texte qui méritait qu’on s’y penche de nouveau, et je suis très reconnaissant à ses nouveaux éditeurs de m’avoir permis d’y avoir accès, parce que j’ai passé un bon moment de lecture en sa compagnie, et un encore meilleur moment de cogitation. Je vous souhaite bien entendu le même.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

8 comments on “Le Crépuscule de Briareus, Richard Cowper

  1. UneBulledefantasy dit :

    Très belle chronique, vraiment très intéressante dans les réflexions que tu apportes dessus. J’aime bien quand une lecture continue de nous habiter quand on referme le livre et qui permet de remettre en question certains de nos paradigmes.

    Aimé par 1 personne

  2. zoelucaccini dit :

    Passionnante chronique ! J’ai beaucoup aimé la remise en contexte que tu fais de ce livre, à la fois dans ses positions à l’époque de sa parution et dans sa publication aujourd’hui. C’est très intéressant ce parallèle.
    Et comme toi, il se passe quelque chose quand je rédige mes chroniques : du fait de mettre dans l’ordre les idées, c’est souvent à ce moment que je m’aperçois en fait de la beauté de l’œuvre et de tout ce qui est construit dedans. Une prise de recul en quelque sorte.

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup !
      Ravi d’avoir pu partager ce sentiment fugace mais ô combien précieux. 😀

      Aimé par 1 personne

  3. Yuyine dit :

    Très intéressante chronique encore une fois. Ce roman, même marqué de son ancienneté, a visiblement beaucoup à nous dire encore aujourd’hui. Je suis très intéressée par ce titre!

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup ! 🙂
      Je confirme, c’est vraiment un très bon choix d’Argyll pour commencer ; ça donne le ton. 🙂

      J'aime

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