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Ceux qui vivent du sang versé, Crazy

Killing Joke – Love Like Blood (extrait de l’album No Way Out But Forward Go)

Je vais commencer par un aveu un peu honteux : j’étais vraiment pas serein en commençant sa lecture, celui-ci. Ma théorie selon laquelle les gens avec qui je m’entends bien font des bouquins que j’aime a beau être très solide depuis ses débuts, je me disais qu’il était sans doute temps qu’elle craque. Parce que non seulement il allait s’agir de vampires, concept avec lequel j’ai tendance à prendre des pincettes, mais il s’agissait aussi d’un premier roman ; sans compter que ma chance ne pouvait pas non plus durer indéfiniment. Et même si le travail de Rozenn Illianno a su me rassurer avec son Elisabeta sur la possibilité des bonnes surprises dans le domaine de l’urban fantasy (pour le dire vite), malgré tout, j’avais un peu peur, quand même, d’être déçu, et surtout de devoir expliquer pourquoi ; on ne se refait pas. Et si je continue à me dire que ma théorie va, un jour s’effondrer, c’est que ce jour n’est pas encore venu.
Parce que Ceux qui vivent du sang versé – même s’il m’a fait quelques petites frayeurs – est un bon roman, avec lequel j’ai passé d’excellents moments. Et comme d’habitude, je m’en vais vous raconter tout ça.

Une jeune femme se réveille prisonnière d’une cellule sans trop savoir qui l’a capturée ou pourquoi, même si elle a une petite idée derrière la tête. Elle est très vite rejointe dans la cellule voisine par un homme non moins mystérieux qu’elle, avec qui elle projette de s’évader et d’en apprendre plus sur leurs ravisseurs. Leurs natures respectives se révèlent alors. Elle est un vampire, lui est un assassin, aux dispositions inhabituelles. Et iels vont devoir faire équipe pour s’en sortir.

La première chose que je souhaite saluer, et qui m’a très vite rassuré sur le sentiment que j’allais avoir envers ce roman, c’est le rythme de narration choisi par Crazy. On alterne en effet de façon binaire entre nos deux protagonistes, une façon somme toute sobre et efficace – mais que j’ai rarement croisée – de nous permettre d’en apprendre un peu plus sur leurs pensées et leurs personnalités au fur et à mesure de leurs péripéties ; leurs monologues intérieurs se répondent de fait dans une sorte de dialogue méta, en supplément de leurs dialogues réels. D’un sous-chapitre à l’autre, on ressent les interactions d’autant plus profondément qu’on a les deux points de vue sur ce qui se passe, via les confrontations des deux personnalités de ces personnages qui, de fait, ont du souffle à revendre. Et de fait, à coup de coïncidences, de ressentis bien exprimés ou de petites références pop, on s’attache, mine de rien. À mes yeux, dans ce simple artifice de narration se niche la plus grande réussite du roman, parce que si l’intrigue, par moments, pouvait faiblir, mon intérêt dans les personnages, jamais ; je ne voulais pas tant savoir ce qui allait arriver que ce qui allait leur arriver.

Occasion parfaite pour aborder la question de l’univers dépeint par Crazy dans ce roman, qui contient en germe toutes les qualités et les défauts combinés de ce roman ; on en arrive aux causes des frayeurs évoquées dans l’introduction. Car si l’autrice fait des efforts de world-building conséquents pour détacher son univers des aspects clichés les plus répandus associés traditionnellement à l’urban fantasy (pour ce que j’en sais, du moins), ses efforts la ramènent parfois à son point de départ ; à trop vouloir s’éloigner, paradoxalement, elle se rapproche. L’ambiance techno-triller alliée à un système de familles séculaires vampiriques par exemple, comme le motif général de l’intrigue ou les origines de nos personnages jouissent de leurs réelles originalités, des points de contentement clairs ; mais parfois, on retombe quand même dans des évidences assez attendues. Et si je suis partisan de l’idée que les clichés sont des outils à bien utiliser avant d’être des défauts à part entière, force est de reconnaître que certains axes du roman m’ont un peu laissé sur ma faim ou fait penser qu’il y avait mieux à faire, ou autrement.

Mais ce n’est là que tatillonnage par souci d’objectivité, l’essentiel est largement préservé. Car si j’ai crains au début du roman être entrainé dans un récit cousu du fil blanc, en prévoyant d’avance les évolutions et retournements, j’ai très vite compris que l’intérêt n’était pas là. Et surtout que je m’étais fait avoir, il faut bien le dire. Car en s’appuyant d’un côté sur ses personnages nuancés et bien construits, et de l’autre sur les rouages précis et complexes de son univers sans pour autant trop en dire, Crazy construit un roman foutrement divertissant et sacrément bien construit. Sa plus grande force étant à mes yeux une capacité à faire les choses simplement ; plutôt que de créer des rebondissements potentiellement capillotractés ou de mobiliser des idées spectaculaires, elle s’en tient à des choses assez communes mais dont elle soigne au maximum le traitement et les conséquences pour ses personnages.
Avec mon regard de lecteur parfois un peu trop analytique, force est de reconnaître que je me gâche certains ouvrages ; à force de chercher des détails signifiants à toutes les pages, j’en trouve un peu trop, et je devine où on va m’amener un peu trop tôt. Mais il arrive aussi parfois que l’évidence qui se crée alors soit un plaisir, parce que je suis le fil avec un sentiment assez singulier, une sorte de complicité avec l’auteurice et ses personnages, qui nous fait nous dire mutuellement que oui, c’est évident, mais simplement parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. J’aime beaucoup lire des romans qui savent se rendre intelligemment et élégamment inéluctables. Et c’est exactement ce que Ceux qui vivent du sang versé parvient à faire, en sachant parfaitement prendre le temps nécessaire pour mettre en place tous ses effets et ses révélations au travers de ses personnages, avec juste ce qu’il faut de pudeur et de frontalité.

Alors j’ai bien conscience que Crazy a fait des choix qui lui sont éminemment personnels dans ce roman ; je crois pouvoir le penser en tout cas avec ce qu’elle a bien voulu livrer d’elle sur Twitter. Et si ces choix m’ont parlé et séduit, je ne peux sans doute pas en jurer pour tout le monde ; ce récit joue sans aucun doute sur des cordes qui ne sont pas sensibles à égalité dans son lectorat potentiel. Mais si vous aimez l’idée de dépoussiérer le mythe des vampires, ou du moins de tenter de nouvelles choses avec lui comme avec ce qui peut habituellement graviter autour, il faut sans doute lui laisser une chance, parce que c’est bien fait, souvent avec malice.
J’ai passé un excellent moment de lecture, le genre qui me fait oublier de regarder les choses avec une attention parfois exagérée, qui me fait juste enchaîner les pages et attendre de pouvoir lire ce que je veux lire. Alors oui, parfois, je savais parfaitement où j’allais, mais c’était souvent avec un sourire complice ; et parfois, encore mieux, j’étais agréablement décontenancé par une décision d’écriture surprenante de simplicité. Beaucoup de très bonnes choses dans ce roman, et c’est ce que je vais en retenir avant tout, en espérant pouvoir de nouveau accompagner les personnages de Crazy, dans cet univers ou dans un autre.
Comme toujours, je vous souhaite la même chose.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Ceux qui vivent du sang versé, Crazy

  1. Yuyine dit :

    Intéressante chronique. Je comprends parfaitement tes craintes de devoir expliquer pourquoi tu n’as pas aimé le livre d’une personne qui tu apprécies beaucoup. Même si je ne suis pas non plus une grande fana d’urban fantasy et de bit-lit, je reste intriguée et je garde ce titre dans un coin de mon esprit.

    Aimé par 1 personne

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