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Fragments – 1

Oasis : 1


[…]

L’image était devenue un mème plus vite qu’elle n’avait eu le temps d’être réellement analysée et intégrée par le grand public, tellement elle paraissait artificielle, tellement elle était, de fait extraordinaire.
Ce n’était pourtant qu’une capture d’écran, un instantané extrait d’un direct journalistique pris dans le tourbillon des événements ; l’image en elle-même, cependant, était trop parfaite pour être ignorée. Elle symbolisait trop de choses, encapsulait trop le zeitgeist pour ne pas parler à tou·te·s cielles qui tombaient dessus au hasard d’un partage sur les réseaux sociaux. Détournée probablement des milliers de fois, si ce n’est encore plus, on pouvait probablement y accoler une infinité de textes censément humoristiques, ultimes politesses d’un désespoir général trop prégnant, dans la plus sobre des polices de texte, blanche, sans fioriture ; nul besoin de sous-texte, tout y était.
Ce n’était qu’un homme, sur un banc, sirotant tranquillement une gorgée de son café trop cher dans un gobelet non recyclable, un casque audio sur les oreilles, porté par dessus un bonnet de laine grise, confortablement emmitouflé dans une grosse veste sombre. La fine vapeur de sa dernière expiration s’échappait au dessus de sa tête. Un homme tout ce qu’il y avait de plus banal, presque désespérément normal, dont on ignorait tout, dont rien ne permettait l’identification, malgré les efforts de tous les journalistes et spécialistes qui s’étaient penché·e·s sur la question pendant des mois.
La blague, dans cette image, c’était surtout la silhouette floue du missile sol-air crevant les nuages de cette terrible matinée d’hiver, qui se dirigeait droit sur lui, ne lui laissant pas la moindre chance de survie. On pouvait souvent lire, collé à la va-vite par dessus, des textes comme « mes factures », « mes deadlines », « l’avenir » ; tous ces concepts tragiques dans une vie de tous les jours depuis longtemps disparue, qui semblaient peu de choses par rapport à la guerre intra-atmosphérique que la Terre devait gérer depuis quelques mois.
On aurait pu s’arrêter sur la myriade d’autres silhouettes humaines disséminées dans l’arrière champ, courant dans tous les sens pour tenter d’échapper à l’explosion imminente, signe implacable d’une panique inimaginable.
Mais on s’arrêtait toujours sur le regard de cet homme inconnu. Braqué sur le missile. La qualité de l’image était assez médiocre, mais il n’y avait aucun doute. Cet homme savait. Il ne pouvait pas ne pas savoir. Et c’était cette certitude qui rendait cette image littéralement incroyable ; qui faisait que personne, dans un premier temps, n’osait penser que cette capture d’écran était réelle. On se demandait de quelle film, de quelle série, elle pouvait bien être tirée, on se demandait ensuite quel génie de l’humour noir et du photomontage avait bien pu tirer une telle absurdité morbide du néant.
Puis on faisait quelques recherches, et on comprenait. Sans vraiment comprendre.
Quelle espèce de lassitude, de désespoir pouvait donc faire se dire à un homme, assis sur un banc, un magnifique matin d’hiver :

« D’accord, je vais mourir. Mais laissez moi profiter à fond de ma dernière gorgée de café, d’abord, vous serez gentil. »

[…]

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