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Fragments – 2

Crédits : @avantigwen

Méchas du Littoral : 1

[…]

Morgan eut du mal à retenir un rictus de mépris, encore plus que d’agacement. Mais regarde les ces deux connards bordel. Il lisait très bien sur les lèvres de la femme de ce couple, alors qu’elle tendait un bras désabusé dans sa direction, en croyant qu’il ne la verrait sans doute pas. Peut-être pas les mots exacts, mais l’idée, il ne la saisissait que trop bien ; il l’avait déjà trop entendue, comme toutes ses variations condescendantes.
Il l’entendait dans sa tête, avec son putain d’accent de la Capitale « C’est dommage quand même, d’avoir ces gros machins dans le paysage, ça gâche l’atmosphère… Ils pourraient pas les faire travailler de nuit, franchement ? »
Bordel, tu crois qu’elles viennent d’où tes plages immaculées, connasse, hein ?
Des journées entières, des semaines de boulot à travailler le paysage, à se tuer les avant-bras sur des commandes raides et archaïques, à respirer les effluves âcres de l’essence d’algue pour que des nantis ingrats puissent tranquillement venir lui pourrir son paysage à lui avec leurs canassons et leurs têtes de cons.
Comment tu penses qu’il n’y a pas une crotte de cheval sur ton parcours, hein ? C’est pas parce que tu ne vois rien pour t’emmerder qu’il y a pas eu du travail derrière.
Il ne faisait pas ce travail parce qu’il avait le choix. Il aurait aimé, comme eux, que les environs soient impeccables, propres et bien fréquentés, mais le monde n’était pas fait pour les arranger, quoiqu’ils en pensent. Il n’arrangeait personne, il suivait son cours, tout simplement. Et il fallait bien que des cons comme Morgan soient là pour essayer de réparer ce qui pouvait l’être. Alors oui, il pourrissait le paysage, il rajoutait au gris morne du ciel le métallique de la carcasse dans laquelle il était engoncé 8 heures par jour, il rajoutait les grincements de la mécanique vétuste aux cris des rares mouettes qui voulaient bien rester dans le coin, n’en déplaisent aux touristes qui avaient le luxe d’un temps auquel il n’avait pas droit.
Au moins, il savait sincèrement qu’il n’était pas jaloux ou envieux. Il était juste désabusé. Il avait son honnêteté pour lui. C’était un boulot de con, mais c’était un boulot utile, dont il était fier et dont il n’était pas le seul à profiter.
Plaignez vous donc de me subir, j’ai ma dignité pour moi, au moins. Ma bière de fin de journée, je la mérite hein. Pas autant que votre balade à cheval, vous l’avez sûrement extorquée d’un montage financier sur le dos de vos employés.
Il s’accorda une petite pause, le temps d’un massage des poignets ; quelques secondes seulement, histoire que la perceuse creuse qui lui servait à renflouer une énième flaque souterraine de sable mouvant refroidisse et ne s’use pas trop d’un frottement trop long. Il aimait bien ces petits instants de calme ou même sa chère Sandbagger semblait prendre le temps d’une courte méditation. Il gueulait, il gueulait mais il était pas malheureux, franchement.
Avec un ultime reniflement, il finit par détourner le regard, il avait mieux à faire.
Et puis merde, je vais pas les laisser gâcher ma journée. Après tout, ce soir, c’est choucroute, faut savoir se concentrer sur l’essentiel.
Son ordinateur de bord lui signala une situation d’urgence mineure pour un petit chalutier à quelques kilomètres de là, à l’extrémité de son secteur. Sans doute Gab’ et ses acolytes qui avaient encore heurté un banc de sable. Couillons. Rien qu’il ne puisse gérer tranquillement.
Ah, si j’étais pas là, franchement.
Il renfonça ses bras dans les manchons de contrôle avec une vigueur et une détermination renouvelée, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres gercées en sentant les vibrations de vie se répandre à travers son Mécha.
En route ma belle, on a du boulot !

[…]

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